Le monastère de Kerbénéat

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17 - Sources des informations

Localisation

carte

Kerbénéat, au milieu de la carte, en haut. Sur la commune de Plouneventer.

Si nous ne sommes plus à Pont-Christ ni à La Roche-Maurice, on ne s'éloigne pas du sujet. En effet, plusieurs familles de Pont-Christ fréquentaient autrefois le monastère pour la messe du dimanche. De plus, Albert Le Roux, châtelain de Brezal, fut oblat de Kerbénéat et un des moines, Hervé Quioc, devint recteur de La Roche en 1956 et 1957.

Résumé de l'histoire de Kerbénéat

1876  Le 14 août, achat de Ker-ar-C'here : 16 ha de landes et de terres labourables appartenant à la famille Rodellec du Portzic de Kerantraoñ en Lanneuffret.
1878Le 30 novembre, célébration de la première messe au sous-sol du nouveau monastère en cours de construction.
1888Achèvement de l'église.
1894Le 29 septembre, érection de la statue de St Benoît à l'entrée de la propriété, tout près de la route et en dehors de la clôture régulière.
1900Le 30 août, bénédiction et intallation d'une cloche (voir article de presse).
1902Election du premier abbé, Dom Joseph Bouchard.
1903Le 10 avril, ordre d'expulsion suite à la loi sur les Congrégations. Les moines s'exilent au pays de Galles.
1914Rachat du monastère par l'évêché pour 60.000 francs. Il avait été vendu par adjudication à une dame Radane de Morlaix, pour 26.000 francs.
1914Réquisition du monastère par l'administration militaire pour héberger des prisonniers allemands, en attendant de recevoir des internés civils.
1919Libération des lieux
1922Le 21 novembre, retour des moines
1945Le 12 décembre, le père Colliot est élu abbé et reçoit la bénédiction de l'évêque de Quimper. La communauté compte 36 membres, un peu à l'étroit.
1950Le 5 août, la décision de ressusciter Landevennec est prise.
1958Le 7 septembre, inauguration de Landevennec. Kerbeneat retourne au silence.
1958Les Soeurs du Bon sauveur de Caen y ouvrent une école secondaire.
1971Les religieuses sont remplacées par une école d'éducateurs spécialisés, dépendant de la Sauvegarde de l'Enfance.
1976Achat du monastère par les soeurs bénédictines de Notre-Dame du Calvaire de Landerneau. Kerbeneat est redevenu la "maison de saint Benoît".
2002En juillet, les bénédictines quittent Kerbénéat.
2003Après le départ de la communauté, l'ancienne prieure restera encore quelque temps à Kerbeneat pour veiller sur l'édifice... et le monastère accueillera ponctuellement des groupes de passage.
2017Le 7 octobre, une quinzaine de soeurs de la Métropole orthodoxe roumaine d'Europe occidentale et méridionale s'installe dans les lieux.
Approché dès 2016 par les communautés orthodoxes de Brest et de Morlaix, l'évêque de Quimper avait mis le monastère à disposition de cette communauté par un bail emphytéotique.

La création du monastère


Blason de Kerbeneat
Ta louange jusqu'aux
confins de la terre

Au 19è siècle, il n'y avait plus de monastère dans notre département : les abbayes de Landevennec, du Relecq en Plouneour-Menez et celle de la pointe Saint-Matthieu étaient abandonnées et ruinées. Cette situation contrariait grandement le nouvel évêque de Quimper de Léon, nommé à cette fonction en 1871. En effet, avant de devenir évêque, Dom Anselme Nouvel de la Flèche était moine bénédictin au monastère de la Pierre qui Vire dans le Morvan. Mais, il était resté moine dans l'âme et d'ailleurs il avait gardé pour exercer ses nouvelles fonctions de prélat, l'habit noir des bénédictins qu'il portait déjà. C'est pour cette raison qu'on l'appelait "an eskop du".

Notre évêque encouragea donc la création d'un monastère dans le diocèse. Déjà deux prêtres diocésains, présents à La Pierre qui Vire, les abbés Louis Guérin (père Maurice), originaire de Gourin, et Jean-Louis Le Guen (père Corentin), de Plouvorn, désiraient établir un monastère dans le Finistère. Un troisième, Jean-Marie Picart (père Arsène), né à Bodilis et recteur de Plougar veut se joindre à eux. C'est lui qui est chargé de chercher un lieu d'implantation favorable.

Ce lieu favorable, il le découvre à Ker-ar-C'here au sud de Plouneventer, non loin du pont de La Roche-Maurice : 16 ha de landes et de terres labourables appartenant à la famille Rodellec du Porzic  de Kerantraoñ en Lanneuffret. Le domaine est acheté pour 10.000 francs.

X René François de RODELLEC du PORZIC, né le 14/11/1736, St-Pierre-Quilbignon, décédé le 17/8/1805, St-Pol-de-Léon (à 68 ans).
Marié le 27 septembre 1779, Guipavas, avec Catherine Flore de KERSAUSON de GOASMELQUIN, née le 24 septembre 1748, Trebabu, décédée le 15 mai 1820, St-Pol-de-Léon (à 71 ans), dont

Dom Joseph Bouchard
 

Le 14 août 1876, l'acte de vente est signé et les travaux de construction du monastère peuvent commencer, sous la direction d'un moine de La Pierre-qui-Vire et qui se révèle un architecte de talent. Le 30 novembre 1878, la première messe est célébrée au sous-sol du nouveau monastère en cours de construction.

Dès 1878, commence la construction de la chapelle sur le modèle de celle de la Pierre-qui-Vire, et sous la direction du même maître d'oeuvre, le Frère Maur, un ancien charron qui, devenu moine, s'était révélé, architecte de talent. Avec lui, souvent absent, car d'autres chantiers l'attendent, il y a 45 ouvriers. Les moines ne sont que deux, le père Corentin Le Guen et le père Maurice Guérin.

Le recensement de 1881 (voir plus bas) citera le nom de Kerbeneat et notera la présence des pères Guérin, Le Guen et Picart. En 1886, les moines sont au nombre de 6, dont un nouveau postulant qui vient d'arriver, le frère Yves Penarguear de Plouider ; âgé de 28 ans, il y restera 63 ans, jusqu'à son décès en 1948.

L'année suivante, année de la mort de Mgr Nouvel, un nouveau Superviseur est donné à la communauté, le père Léandre Lemoine, grâce auquel Kerbeneat va connaître un nouvel essor.

En 1888, l'église est achevée. Une quinzaine de jeunes gens, dont un certain nombre resteront ensuite au monastère sont accueillis et instruits. Le gagne-pain est assuré par la culture et la vente des asperges, la fabrication d'un fromage. Le 30 novembre 1894, est bénie la statue de saint Benoît que l'on voit toujours à l'entrée de la propriété.

En 1902, Kerbeneat élit son premier abbé, dom Joseph Bouchard. C'est vraiment désormais une "abbaye" indépendante, forte d'une quarantaine de membres.
 

L'expulsion des moines

Le 1er juillet 1901 paraît la loi relative au contrat d'association, avec notamment plusieurs articles concernant les Congrégations. Le 23 septembre, en conséquence de l'obligation de déclaration, le "Supérieur Général" des Bénédictins, Dom Léandre Lemoine, avait déposé au ministère de l'Intérieur et des Cultes une demande en règle, accompagnée de deux exemplaires des statuts avec un état des biens et des membres de la Congrégation. Le même jour, il avait fait remplir les mêmes formalités spécialement pour Kerbeneat, à la préfecture du Finistère (Voir Pax n°19).

Le Conseil municipal de Plounéventer est appelé par l'administration à donner son avis sur le monastère. Le maire mène son enquête pour répondre à cette demande. Le 8 décembre 1901, le Conseil municipal se réunit et développe, dans son compte-rendu, un long texte qui fait des "éloges bien mérités" sur les moines de Kerbeneat  . Le sous-préfet de Morlaix dans son rapport du 11 avril 1902, n'hésite pas à conclure lui aussi : "Il y a lieu d'accorder l'autorisation sollicitée". Après avoir énuméré les ressources des moines, il précise que la communauté comprend 24 membres, dont 18 prêtres et 6 frères convers "qui n'ont attiré sur eux l'attention du public que par leurs bonnes oeuvres".

X

Publié dans la Semaine Religieuse de Quimper et de Léon du 17 janvier 1902

Éloges mérités. - Le Conseil municipal de la commune de Plounéventer, sur le territoire de laquelle est situé le monastère des PP. Bénédictins de Kerbénéat, appelé, conformément à la loi du 1er juillet 1901, à donner son avis au sujet de cet établissement, a pris la délibération suivante qui, en rendant aux moines un juste hommage, fait le plus grand honneur aux dignes chrétiens qui l'ont rédigée et signée. A ce double titre, nous tenons à la reproduire in extenso.

L'an 1901, ce jour 8 Décembre, le Conseil municipal de la commune de Plounéventer, s'est réuni, sur convocation spéciale de M. le Maire, en totalité de ses membres, au lieu ordinaire de ses séances. Le maire donne lecture au conseil d'une lettre datée du 29 octobre dernier de M. le sous-préfet, provoquant l'avis de la municipalité au sujet de la demande d'autorisation formée par la congrégation de Kerbénéat en la commune. Le Maire expose à l'assemblée que d'après l'enquête à laquelle il a, en conformité des termes de la lettre sus-relatée, dû longuement se livrer, il a recueilli les renseignements qui suivent :

I. - L'origine de l'établissement est dû à l'initiative de Mgr Nouvel, ancien évêque de Quimper. C'est sur sa demande que deux ou trois Bénédictins de la Pierre-qui-Vire sont venus, vers 1878, s'installer dans le bâtiment qui avait été construit pour eux et qui fait partie de l'établissement actuel.

II. - Le rôle de l'établissement est de servir de lieu d'habitation auxdits religieux dont les agissements consistent à célébrer l'office divin de jour et de nuit, à cultiver les sciences selon les traditions de leur ordre (leur bibliothèque, que nous avons visitée, est immense et particulièrement curieuse) ; à aider, d'autre part, les prêtres des paroisses qui les demandent pour des services soit réguliers soit extraordinaires ; à se livrer à des travaux d'agriculture. Leurs oeuvres à cet égard sont d'une grande utilité pour la région. Les Pères ont organisé une laiterie, se sont livrés à la fabrication du fromage qu'ils expédient en diverses parties de la France, à Paris, voire même jusqu'en Algérie. Cette industrie constitue une ressource des plus précieuses pour les fermiers qui y écoulent tout le lait dont ils peuvent disposer, et il en résulte une aisance relative sans précédent, principalement dans les petits ménages. Une bonne partie des bénéfices résultant de cette industrie est consacrée à des oeuvres de bienfaisance et a soulager de nombreuses infortunes.

III. - Les moines de Kerbénéat ont établi leurs bâtiments à leurs frais ; leur jardin et leur potager avec leurs propres ressources et leur travail personnel sur un terrain inculte, landes et marécages sans rapport. Jardin et potager peuvent recouvrir une superficie de près de 4 hectares, dont la moitié sous asperges. Une contenance de 8 hectares environ, occupés autrefois par des landes ou de mauvais taillis, est aujourd'hui sous culture. Les tenanciers ont même, l'an dernier, au concours de la Société d'Agriculture de Morlaix, obtenu une médaille en vermeil (hors concours) pour leurs travaux culturaux. Les religieux, tout en s'acquittant d'autre part, comme les autres contribuables de la commune de leurs journées de prestation, ont en plus créé ou réparé par leur travail environ 2 kilomètres de chemin de service public qu'ils entretiennent à leurs frais.

IV. - Les moines se proposent, au fur et à mesure que leurs moyens le leur permettront, d'entreprendre de nouveaux défrichements ; poursuivre l'essai d'acclimatation dans le pays des arbres fruitiers qu'ils ont entreprise ; améliorer leurs terres par les méthodes rationnelles ; faire profiter l'agriculture du fruit de leurs recherches et de leurs travaux. Il est certain que tout ce à quoi ils ont jusque lors touché, est entièrement transformé ; qu'au lieu et place d'un terrain que nous avons connu entièrement nu, l'oeil est actuellement réjoui par le spectacle d'une végétation de toute beauté.

V. - La chapelle, très visitée, est reconnue par l'autorité diocésaine comme d'utilité publique pour les habitants d'alentour, lesquels sans cela, assez éloignés qu'ils se trouvent des bourgs, seraient, particulièrement en la saison d'hiver, privés, les dimanches, de messes matinales. Placés ainsi qu'ils le sont dans un quartier excentrique de la commune, les Pères sont aussi souvent appelés le jour et la nuit près des malades éloignés du presbytère, et ce avec la pleine approbation de l'évêché et du clergé de la paroisse.

  

VI. - Les membres de l'établissement sont tous Français, la plupart même du Finistère. Aucun d'eux n'a, à notre connaissance, attiré sur lui, pour un motif quelconque pouvant étre interprété d'une manière défavorable, l'opinion publique. Ils se sont, à toute époque depuis leur arrivée, gardés avec un soin particulièrement jaloux, de se mêler de près ou de loin aux questions d'administration, ou de politique locale ou départementale. Quant aux biens occupés par la communauté, ils appartiennent à une société civile. La valeur des immeubles tels qu'ils étaient au moment de l'entrée en possession nous paraît assez exactement représentée par le chiffre de 14.000 francs, porté à l'inventaire du dossier qui nous a été produit par la sous-préfecture. Nous sommes personnellement assez contemporains de l'époque de la création de la communauté, pour savoir que le terrain était tout aride et sans valeur. Les constructions monastiques occupent une superficie que nous évaluons à environ 15 ares. Certes, l'exécution des bâtiments existant actuellement n'a, tant s'en faut, pas été réalisée pour la somme de 15.000 francs. Mais ia valeur vénale pour une destination autre quelconque que celle en vue de laquelle les bâtiments ont été construits, est si peu appréciable, qu'il nous est matériellement impossible de venir exprimer une évaluation quelconque, même à litre approximatif.

VII. - Les membres de l'établissement de Kerbénéat vivent en commun du produit de leur travail manuel, de leur industrie et des honoraires de messes qui peuvent leur être alloués. Ils préparent des sujets pour la fondation et l'entretien de la mission française d'Abou-Gosch, près Jérusalem, à eux confiés par le gouvernement de la République.

A la suite de l'exposé que vient de faire M. le Maire, plusieurs membres du conseil, dont quelques-uns, résidant dans le voisinage même du monastère, prennent successivement ta parole. Ils ne tarissent point d'éloges sur la charité inépuisable des moines. Ils font remarquer que la porte de ces derniers est ouverte à tout venant : les étrangers de passage de même que les malheureux trouvent gratis, à l'établissement, le vivre et l'hospitalité.

Les mêmes déclarent en plus que l'industrie laitière et fromagère, créée par les Pères, constitue une véritable ressource pour les fermes à portée du monastère. Les méthodes de culture de ces religieux qui font naître des récoltes en des terres qui jusque lors n'en avait jamais produit, sont d'ailleurs des plus instructives pour la région.

Le voisinage de leur chapelle, située en un lieu isolé de la commune, est aussi très apprécié par la population de la contrée quant à la messe matinale et aux offices du dimanche, il en est de même de la présence des Pères auprès des malades la nuit, par suite de l'éloignement du presbytère des habitants de ce quartier.

Aussi est-ce d'un concert unanime que la municipalité en entier vient demander le maintien des Pères, considérant leur départ comme un deuil général pour la contrée, les malheureux et les ouvriers qui vivent du monaslère. Le conseil nourrit donc le ferme espoir que sa supplique sera favorablement accueillie par les pouvoirs publics. Ainsi délibéré et voté à l'unanimité et totalité des membres, les jour, mois et an que dessus. Comme on le voit, les moines bretons de nos jours sont les dignes héritiers de ceux qui, jadis, ont défriché et civilisé notre pays.

 Emile Combes caricaturé

Mais, au niveau supérieur, l'administration est inflexible et rejette la demande d'autorisation.

Le 9 avril 1903, le commissaire spécial de Brest, assisté du commissaire de police de Landerneau, va notifier à Kerbeneat le refus d'autorisation avec un délai de 15 jours pour évacuer les lieux. Ils avaient compté sans la résistance populaire. Le commissaire trouve devant l'église du monastère un groupe de femmes avec M. de Dieuleveult fils. L'attitude du groupe est calme mais on commence à entasser des chaises devant l'entrée. Plus tard, un groupe d'hommes vient renforcer les manifestants. Néanmoins, les moines avaient déjà décidé de partir, quelques-uns n'étaient déjà plus là.

L'administration prend les mesures, elle alerte les brigades de gendarmerie des environs et concentre des forces de police au pont de La Roche le 28 avril pour éviter toute manifestation le jour où le commissaire vient constater le départ des moines et apposer les scellés.

En fait, quand le commissaire spécial arrive à Kerbeneat, il trouve les scellés en place !! Pourquoi ? La veille, le 27, s'était présenté à Kerbeneat le juge de paix de Landivisiau, et son greffier. Il agissait en vertu d'instructions que lui avait adressées le procureur de la République d'Avallon (département de l'Yonne, où se trouve l'abbaye de la Pierre-qui-Vire, la maison-mère de nos Bénédictins) à la demande du liquidateur judiciaire de l'ensemble de la congrégation.

Le juge de paix apposa les scellés sur toutes les portes extérieures de la chapelle, des cellules et les couloirs. Au dehors, on entendait gronder la colère des habitants de la région, qui montaient la garde autour de l'abbaye ; et, pour contenir la foule indignée, il a fallu toute l'autorité des religieux (Dom Bouchard resté seul avec 2 autres moines) prêchant le calme et laissant entrevoir l'espérance de leur prompt retour. Le père Corentin explique aux paysans que les Bénédictins ont des intérêts à sauvegarder, notamment en ce qui concerne leur maison de Jérusalem qui est sous protectorat français ; que si des troubles graves se produisent à Kerbeneat, ils pourront être rendus responsables.

Il n'y eu pas de troubles majeurs à Kerbeneat contrairement à ce qu'a pu écrire la presse, et particulièrement la presse parisienne.

Cependant, le manque synchronisation entre les administrations pour l'apposement des scellés remonta jusqu'au président du Conseil, Emile Combes lui-même. Il envoya une lettre à tous ses préfets pour les exhorter à se concerter avec l'autorité judiciaire afin d'éviter de tels désordres.

Les moines de Kerbeneat s'exilèrent donc au pays de Galles, exception faite provisoirement du père Corentin qui avait trop d'intérêts de toutes sortes en Bretagne pour les suivre. Les Pères, excellents agriculteurs, regrettaient vivement de ne pouvoir récolter leur moisson avant de prendre le chemin de l'exil.

Déjà une nouvelle épreuve vint les accabler : le naufrage du navire quittant Morlaix pour Plymouth, où la Communauté avait chargé les caisses contenant les livres, effets et linges personnel des moines, tous les calices et ornements liturgiques, des matelas, couvertures et même deux autels en bois sculpé... Heureusement, les journaux d'Angleterre annoncèrent leur perte ; en quelques jours dons en nature et argent arrivèrent de tous côtés (Pax n°20).

L'achat de Kerbeneat par Mme Radanne

Après le départ des moines, Emmanuel Frétaut récupère la fromagerie de Kerbeneat pour l'agrandir et l'exploiter. Mais dès 1905, il doit quitter ce lieu en conséquence de la loi sur la séparation de l'église et de l'état qui déclenche confiscation du domaine et sa mise en vente.

Le 29 mai 1905, le domaine est mise à prix sur enchère publique pour 12 000 francs. Mme Eugénie Radanne, professeur de piano à Morlaix, épouse divorcée d'Ernest Marcillet, l'achète pour 26.000 francs. Mais au mois de juin de l'année suivante, L'écho paroissial de Morlaix publie un article qui insinue que les nouveaux acheteurs de biens religieux méritent d'être excommuniés. Mme Radanne intente un procès à ce journal car son article lui a fait perdre ses élèves qui appartenaient à la bourgeoisie de Morlaix.

Mme Radanne "essaya vainement de tirer parti de son acquisition. Les cultivateurs regardaient d'un très mauvais oeil cette gretchen qui se rendait à Landerneau en voiturette entourée d'une meute terrible" (source Pax 1956 n°28). Les extraits de presse collectés (voir plus bas) montrent, en effet, qu'elle possédait de nombreux chiens.

Elle resta à Kerbeneat jusqu'en 1914 et se décida à quitter le pays. La vente publique du domaine, toujours aux enchères, eut lieu le 15 avril 1914. Voir la description du domaine dans l'Ouest-Eclair  . L'évêché réussit à l'acquérir, mais en déboursant une forte somme de 50.000 francs, plus les frais.

X

Ouest-Eclair du 5 avril 1914. Etude de Me Le Gac, notaire à Plestin-les-Grèves (C. du N.) A vendre par adjudication publique et volontaire, en l'étude et par le ministère de Me Le Gac, notaire à Plestin-les-Grèves. Le mercredi 15 avril 1914, à deux heures. L'ancien monastère de Kerbeneat et ses dépendances, situé en la commune de Plouneventer, à 2 km de la halte de La Roche-Maurice (ligne Ouest-Etat) et à six kilomètres de la ville de Landerneau, consistant en :

I - Le monastère proprement dit, comprenant divers bâtiments de construction récente, tous couverts en ardoises et en bon état, d'une superficie totale de 2.000 mètres carrés environ dont :

. . . . . . . . Mur de la chapelle . . . . . . .
Deux bâtiments élevés sur caves qui ont servi de fromagerie, de deux étages divisés en 40 chambres, d'immenses greniers au-dessus.
Un autre bâtiment composé d'un rez-de-chaussée divisé en 6 vastes pièces : d'un étage comprenant 12 pièces desservies par 2 escaliers ; et un grenier dans lequel notamment 3 pièces mansardées.
Autour intérieur de ces bâtiments, une galerie vitrée.
Une ancienne chapelle avec entrée monumentale par deux escaliers sous portique.
Deux bâtiments ayant servi, l'un de conciergerie et l'autre de buanderie et d'atelier de menuiserie.
Une serre plantée de chasselas donnant cent kg de raisin par an.
Une fosse d'aisance desservant tous les étages des bâtiments.
Entourant ces bâtiments : Jardin potager clos de murs ; verger planté de 130 pommiers en plein rapport et de pêchers et pruniers ; terres sous labour, prairies, taillis et futaies, allées de sapins et d'ifs.
Très bonne carrière de pierre et de sable.
Puits et pompe.
Tout ce que dessus couvrant une superficie totale de 3 hectares environ, d'un seul tenant, forme la réserve du propriétaire qui peut en céder la jouissance au gré des amateurs.

II - Au nord-est des immeubles ci-dessus dont elle est séparée par un chemin d'exploitation, une ferme comprenant :

Bâtiments d'habitation, chambre à four, granges, vacherie, écurie, porcherie, grand séchoir, vastes remises. Le tout de construction récente et à l'état neuf.
Puits et pompe. Carrière de pierre et de sable. Terres sous labour, prés, taillis et lande, d'une contenance totale de 12 hectares environ, plantées de 108 pommiers à cidre en plein rapport. Nombreuses sources d'eau dans la propriété.
Facilité d'augmentation sensible des revenus. Conviendrait à toutes industries. Mise à prix : 36.000 francs. Faculté de traiter de gré à gré, soit pour le tout, soit pour la réserve seulement. S'adresser, pour visiter, au propriétaire, et, pour tous renseignements et traiter, au notaire.


Le plan ci-contre représente l'utilisation d'une partie du terrain en jardin dit "militaire".
 

Il provient de la collection de documents légués par Jean-René Gourvil, poilu mort en 1918, qui s'était aussi illustré dans les champs de patates.
À Kerbénéat, bien rangé, bien ordonné, le champ. Avec des carrés parfaitement délimités réservés aux carottes, aux pommes de terre, au rutabaga, à la betterave... De la rigueur militaire comme atteste l'étonnant plan de ce jardin potager (exploité à l'époque par un régiment d'infanterie en stationnement à la caserne de Landerneau).

Sources :
1 - Texte :
     Télégramme 11/11/2010
     d'après Cahier Dourdon N°2.
2 - Photo : AD29.


GOURVIL Jean René Marie, né le 04/07/1882 à Morlaix, décédé le 13/09/1918 à Morlaix de broncho-pneumonie double

Ajourné en 1903 et 1904 - Services auxiliaires en 1905 pour « faiblesse » - Service armé par la commission spéciale de réforme de Brest le 05/11/1914 - Affecté au 19è RI le 07/12/1914 - Classé service auxiliaire par la commission de Brest le 22/02/1916 - Entré à l’hôpital de Morlaix le 06/09/1918 - Sur livre d’or de Ploujean.
Source Ploujeanpatrimoine

L'occupation du monastère pendant la grande guerre de 14-18

 Internés civils : chambre 43, dortoir pour les Autrichiens - 7/3/1916

Pendant la guerre, il a fallu trouver des lieux de rétention pour les prisonniers de guerre, mais pas seulement. La question s'est posée, aussi, de décider du sort des étrangers de nationalité ennemie présents en France, surtout les Austro-Allemands. Dès 1914, ils sont privés de liberté et regroupés dans des camps. De plus, des Français et ressortissants de pays neutres, « suspects au plan national » et indésirables dans la zone des armées, les y rejoignent tout au long de la guerre. On les a appelés des "internés civils. Pour quelles raisons les a-t-on internés :

On a donc « concentré », pendant la durée de la guerre, dans 70 camps, environ 60.000 étrangers, suspects et indésirables. Ces camps sont principalement situés dans les zones littorales de l’Ouest et du Sud-Est, dans des lieux éloignés et faciles à surveiller.

Kerbeneat, bien qu'appartenant à l'évêché de Quimper et de Léon, se trouve contraint par l'administration française d'héberger des prisonniers de guerre et des internés civils. On pourra voir de nombreuses photos de ceux-ci dans le diaporama, et lire dans la revue de presse quelques événements relatifs à cette période.

L'état des lieux avant la création du camp

A la demande du préfet du Finistère, un état des lieux est réalisé, le 24 janvier 1915, avant l'ouverture du camp. Par suite de son inoccupation depuis plusieurs années, la propriété présente à l'extérieur un aspect d'abandon complet. A l'intérieur, les bâtiments sont loin d'être en bon état ; les enduits sont mauvais ou malpropres, les cheneaux et corniches font eau ; les vitres manquent ou sont brisées ; les fenêtres, portes, ferrures, serrures fonctionnent mal ; les cheminées ont besoin d'être ramonées. Par contre, les toitures, en ardoises de montagne et ardoises d'Angers, paraissent s'être maintenues en assez bon état. Voir cet état des lieux avec un plan des bâtiments à cette date  .

Malgré cet état des lieux plutôt dégradé, le premier lot d'internés arrivera à Kerbeneat dès le 1er février 1915, comme l'indique le rapport n° 1.    D'ailleurs ce rapport montre clairement que l'administration compte bien sur les prisonniers pour réparer leur lieu de résidence forcée.

Les internés

1/2/19161/2/191720/9/1918
I. Allemands226148
  - Allemands proprement dits220
  - Alsaciens-Lorrains2
  - Polonais sujets Allemands1
II. Austro-Hongrois140
  - Autrichiens proprement dits70
  - Hongrois47
  - Polonais sujets Autrichiens4
  - Tchèques1
  - Trentins et Triestins9
  - Sujets Autrichiens d'autres nationalités2
III. Ottomans - Bulgares
  - Ottomans0
  - Bulgares0
Total :  356366

Le nombre d'internés a pu varier de façon importante parfois en fonction de transferts de masse.
Par exemple, en janvier 1916, un accord entre les gouvernements français et allemand a permis le transfert en Suisse d'internés âgés et souffrant de maladie. 15 internés de Kerbeneat furent ainsi transférés en Suisse.
En janvier 1917, 70 détenus de l'île de Sieck sont dirigés sur le dépôt de Kerbeneat.
En novembre 1918, le département Sureté générale internés civils du Ministère de l'intérieur demande le transfert de 390 internés de l'Ile-Longue vers les dépôts de Kerbeneat et de Vire.

Les camps d'internés civils en Finistère :
- Brest-Crozon (Kerret)
- Ile-Longue
- Kerbénéat
- Fort de Lanvéoc
- Île de Sieck

L'encadrement

 1 gestionnaire civil
 1 sous-lieutenant
 3 sergents
 6 caporaux
48 soldats

Ce sont les effectifs à la création
du camp. Mais ils ont légèrement
diminué au fil des années.

La liste des tâches réalisées par le sous-lieutenant provient d'une lettre du gestionnaire civil à l'administration, lettre où celui-ci essaie de convaincre ses supérieurs de ne pas supprimer ce poste. En effet, l'ensemble de ces tâches deviendrait de sa responsabilité.

Le gestionnaire civil s'occupe principalement de l'administration et du service du ravitaillement, en même temps qu'il concoure avec les militaires à la bonne tenue et au service intérieur dans le camp.

Le sous-lieutenant, chef de poste, dirige le dépôt et s'occupe des questions suivantes :
- organisation intérieure et appels des internés,
- rapport des chefs de groupe qui lui soumettent les cas divers concernant leur groupe,
- désignation des chefs de groupe et des membres des comités de secours, proposés par les groupes,
- réception, contrôle, levée et transmission des lettres,
- surveillance, avec le gestionnaire, des distributions des repas,
- rondes, de jour et de nuit, dans l'intérieur du camp,
- service de ravitaillement, fait par un militaire et le fermier,
- surveillance du service de vidange des tinettes dans les champs voisins,
- surveillance des internés, punis de cellule, pendant leur promenade de 1 heure,
- assistance d'un militaire gradé, aux visites faites aux internés par leur famille,
- envoi du courrier à La Roche et service des colis postaux à la gare de La Roche,
- délivrance et contrôle des colis postaux,
- fouille des internés à leur arrivée et à leur départ du camp,
- fouille minitieuse des internés lors de la formation des convois,
- conduite des convois d'internés et d'isolés à Landerneau... etc

 +

Autres fonctions

Personnel des cuisines :
- 4 hommes cuisiniers et 2 comptables,
- aidés par le chef de poste qui supervisait le service de ravitaillement, fait par un militaire et le fermier (voir plus haut).
Avec un exemple de facture de la Grande Brasserie Flamande.

Quelques compléments d'information sur la vie des internés

1 - Equipements divers (en janvier 1917) :

Superficie totale des
cours et des promenades ...
6.279 m2
Réfectoires, salles de jour ...467 m2 - La chapelle sert de réfectoire et de salle de réunions
Lavabos, bains, douches ...2 lavabos. Eau coulant continuellement.
Projet de douches à l'étude.
Eau chaude pour les soins corporels distribuée tous les matins par les cuisines.
Mode de chauffage ... ... ...Charbon et poêles dans les chambres les plus grandes ou les couloirs.
Mode d'éclairage ... ... ... ...Lampes à pétrole
Provenance de l'eau ... ... ...Trois pompes prenant l'eau dans un puits

2 - Les chambres (tableau non daté) :

Places
Maximum
OccupéesTravailleursDispo.
...............
3 29 22 2 5
4 24 12 2 10
5 7 3 1 3
...............
7 5 5 0
8 4 4 0
9 4 4 0
10 4 4 0
11 14 9 5
11a 4 3 1 0
11b 4 4 0
11bis 25 13 6 6
11ter 7 6 1 0
12 4 4 0
13 4 4 0
14 5 4 1
15 51 29 10 12
16 4 4 0
17 14 11 1 2
18 4 3 1
Places
Maximum
OccupéesTravailleursDispo.
19 4 4 0
20 3 3 0
20bis 7 4 3 0
21 6 3 2 1
22 7 4 3 0
23 4 3 1 0
24 4 3 1 0
25 17 15 1 1
26 4 4 0
27 4 3 1
34 4 3 1
...............
35 4 4 0
36 4 3 1 0
37 4 4 0
38 4 3 1
39 4 3 1
40 4 4 0
41 4 3 1 0
42 4 3 1 0
43 47 32 8 7

Totaux :
- Places maximum = 360
- Occupées = 256
- Travailleurs = 46
- Places disponibles = 58

Ce tableau n'est pas daté.

On peut penser que les numéros de chambre absents correspondent aux chambres non dédiées aux internés, mais plutôt aux encadrants.

Les travailleurs : ce sont des internés qui ont accepté d'aller travailler, souvent en groupe, dans des fermes pour une période. Il faut donc leur réserver de la place pour leur retour.

Le nombre de places maximum pour les internés est de 360.
On a vu que le 1/2/1917 il y avait 366 internés.


Surveillance des camps

Pour s'assurer que les internés soient bien traités, des organismes extérieurs venaient visiter les camps. Ce fut le cas, par exemple, en août 1915 où l'ambassade des Etats-Unis envoya 3 personnes à Kerbeneat, et deux autres en avril 1916. En juillet 1916, ce sera deux délégués du gouvernement suisse. En février-mars 1916, Edouard Brissy sillonne la Bretagne, pour visiter les camps et réaliser une centaine de photographies, dont 16 à Kerbénéat (voir le diaporama).

Il y avait à chaque fois plusieurs réclamations de la part des internés, ces réclamations provenaient souvent des mêmes personnes, et parfois sur des faits personnels et très particuliers. Néanmoins, certains points ressortent assez clairement :
- présence de puces et insuffisance de produit pour les éradiquer,
- nourriture insuffisante ou de mauvaise qualité (surtout pour les lentilles avec présence de charançons),
- manque de lavabos et d'eau chaude pour la toilette,
- difficulté dans la correspondance avec les familles des internés,
- corvée de tinette : elle devrait être faite par le personnel ou donné lieu à récompense (supplément de vin) aux internés volontaires pour cette tâche... etc.

En avril 1916, lors de la visite des délégués de l'ambassade des Etats-Unis, le chef de poste note à l'intention du préfet : "L'impression que je garde de cette visite n'est pas mauvaise, sachant bien qu'il est difficile de donner satisfaction aux 332 internés du camp".

En novembre 1916, M. Barnett Felhian, attaché à l'ambassade des Etats-Unis, est "enchanté de sa visite. Le camp de Kerbeneat est, d'après ses dires, un des mieux qu'il ait vu en France. Chambres confortables, cuisines spacieuses et propres, cantine bien achalandée à des prix raisonnables, infirmerie offrant des ressource suffisantes pour les malades peu graves, jeux en plein air, aucun puni dans les cellules, tout a produit la meilleure impression. Monsieur Barnett Felhian aurait simplement voulu voir une installation de douches chaudes et quelques isolations en bois sur le pavé des lavabos... ", ceci d'après le rapport du commandant du dépôt au préfet.

L'exil des moines

1 - Pembrey-house, comté de Carmarthen (Carmarthenshire), tout au sud du pays de Galles, sur la baie de Bristol
2 - Glyn-Abbey, près de la rivière de Gwyn-Draeth et la gare de Kidvelly, sur la grande ligne de Carmarthen
3 - Caermaria, dans la propriété de Noyadd-Wilynn, sur la commune de Llechryd, près de Cardigan

1 - Pembrey-house

C'est le dimanche soir 22 février 1903 que le premier contingent de Kerbénéat, parti le 18, arriva à Pembrey-house. Lord Ashburnam, seigneur catholique offrait sa maison, avec 2 hectares de terres, comme demeure provisoire pour les religieux.

Nous avons quelques détails sur la vie monastique dans cette première résidence, grâce surtout à la relation du Père Corentin dans le Feiz-ha-Breiz de 1903, rédigée à l'occasion d'un bref séjour là-bas. Les moines étaient une vingtaine environ, on mangeait à la cuisine. On célébrait la messe dans la plus grande chambre.

Le peuple du voisinage, ainsi que nous le rapporte la Semaine religieuse du 22 mai 1903, témoigne un vif intérêt aux Bénédictins bretons : il n'est point du tout hostile. L'assistance des protestants gallois au service religieux est très considérable, et quelquefois le dimanche soir deux ou trois cents personnes se présentent pour admission à la célébration des offices. Tout le monde aime le chant des moines. Le Père Kervennic a travaillé comme quatre, et déjà se fait comprendre en gallois aux naturels du pays. Il a déjà prêché un ou deux sermons en gallois et en breton ainsi qu'en latin. La plupart des catholiques sont originaires d'Irlande, d'Italie ou d'Allemagne, venus en Angleterre pour gagner leur vie. Le père Athanase leur prêche en anglais. Le 12 juillet, le Père Siméon lit son petit sermon en gallois, à la suite des vêpres, chantées dans la grange devant un auditoire de 150 personnes dont les deux-tiers sont protestants.

2 - Glyn-Abbey

Cependant, après un séjour de six mois environ les religieux de Kerbénéat ont dû abandonner leur résidence de Pembrey pour un logis plus spacieux : à l'automne de 1903, l'ensemble de la communauté se trouvait réuni à Glyn-Abbey.

Le père Corentin a laissé une pittoresque description de cette ancienne maison cistérienne réduite à l'état de ferme dans un paysage de verdure bien différent des charbonnages de Pembrey. La maison, bâtie avec des pierres de l'abbaye fermée par Henry VIII quatre cents ans plus tôt, est une "vraie ruine". Mais il y a de la place dans les communs, et surtout 10 hectares de pâturages, le tout en location avec l'autorisation de mettre en labour trois hectares.

La vie régulière s'organise. le Père Mariannus Cann arrive de France le 5 octobre 1904. Le Révérendissime père Abbé dom Bouchard confère les ordres mineurs à trois moines de choeur.

Le travail va bon train également. On décide de reprendre la fabrication du fromage ; des débouchés sont assurés à Londres et Cardiff ; on prend en location une pièce de terre voisine pour étendre la culture des légumes et on fait l'achat... d'une vache. Bientôt la ferme comptait neuf vaches, quelques porcs, deux chevaux... La vie reprenait comme à Kerbénéat.

L'installation à Glyn-Abbey n'était qu'une étape : on ne pouvait se décider à acheter cette propriété pour y faire les réparations nécessaires. Ce fut tout au moins une situation d'attente qui permit de se livrer à des recherches méthodiques en vue de trouver un autre logis. Dès le 20 octobre 1904, le choix de la communauté se fixa sur la propriété de Noyadd-Wilynn, près de Cardigan, "pour y établir définitivement un centre de mission pour l'Evangélisation des Gallois hérétiques". C'était le futur Caermaria, où Kerbénéat devait résider pendant quinze ans, jusqu'à la veille du retour dans la patrie bretonne.

3 - Caermaria

Au début de 1905, la communauté y est enfin installée au complet. Cette belle propriété (achetée au prix de 70.000 francs, une somme à cette époque !) comptait, avec les dépendances, une superficie de 50 à 60 ha. La maison d'habitation était entourée d'un jardin anglais, par lequel on accédait à un vaste potager. Une immense prairie et plusieurs champs étaient d'un seul tenant.

Le dimanche 16 juin 1905, raconte un frère nouvellement arrivé, étaient présents au monastère douze moines de choeur, sept frères convers et cinq alumni : l'espoir du monastère était reconstitué.

Les bâtiments étaient disposés en quadrilatère ouvert sur une cour intérieure avec son petit jardin. Au rez-de-chaussée, les locaux conventuels : chapelle, chapître, réfectoire, cuisine, cellérie ou économat, lingerie et logement de l'alumnat. Au premier étage, au-dessus de tout l'immeuble sauf la chapelle, qui ne comportait pas d'étage, étaient installés les cellules des Pères, le Noviciat, le dortoir des frères, la bibliothèque. Il fallut bien du travail pour adapter les vieux bâtiments : ce fut l'oeuvre uniquement des moines. Le cloître, qui n'avait que deux côtés, était en construction en juillet 1907 ; il fut achevé l'année suivante. Il était l'oeuvre du frère François ainsi que l'entrée devant la chapelle.

Le pain était fait sur place par le frère Philippe Léal : un four avait été aménagé dans les dépendances.

Outre la ferme, dirigée par le frère Colomban, il y avait une basse-cour, un rucher, d'où l'on extrayait un beau miel d'or et dont on faisait, avec une partie du moins, de l'hydromel qui servait à corser le menu... des grandes fêtes.

La messe conventuelle, ainsi que les vêpres étaient chantées tous les jours. Le dimanche, quelques voisins assistaient à la grand'messe. Aux vêpres, chantées à 3 heures, des places étaient réservées aux protestants : elles étaient toujours occupées. Il pouvait y avoir de 30 à 50 personnes, attirées surtout, semble-t-il, par le chant grégorien et la liturgie bénédictine. Après les vêpres se faisait la prédication en gallois et en anglais.

Le travail manuel. - Nettoyage et balayage incombaient aux alumni ; ceux-ci travaillaient aussi à la reliure et au jardin. Les grands travaux, plantation et arrachage des pommes de terre et surtout la fenaison d'une immense prairie, qui avait bien 20 ha de superficie, rassemblait tout le monde.

Pour les novices et les alumni, le régime des études était le même que celui des Grands et Petits Séminaires, avec deux ou trois cours, selon le programme établi pour les divers jours de la semaine ; il y avait, en outre, des cours de gallois et d'anglais. Ajoutez encore les cours de chant grégorien ; les journées étaient bien remplies.

C'est ainsi que les moines de Kerbeneat, dès le début de leur installation à Caermaria, avaient repris toute la discipline religieuse, suivant la vieille devise : Ora et labora - prie et travaille.

En 1910, le catalogue de l'Ordre comptait officiellement : 13 prêtres de choeur et un clerc ; un postulant, 6 frères convers, avec 3 novices et 3 postulants.

Si l'accueil des religieux exilés fut souvent sympathique, il ne faut pas s'abuser, l'implantation au milieu d'une population déshabituée de tout contact avec les moines depuis des siècles, et élevée dans l'hostilité envers tout ce qui venait de Rome ne pouvait se faire sans lutte...

Action apostolique des moines bretons dans cette "Mission de Caermaria" dont l'administration leur avait été confiée officiellement.
L'apostolat extérieur se présentait sous deux formes principales : aide apportée au clergé et organisation de missions proprement dites :

Le retour des moines

En 1919, les moines reviennent sur le territoire français, les uns du pays de Galles, d'autres de Jerusalem. La guerre est terminée et Kerbeneat est enfin libre. En outre, au tout début de l'année 1920, Mgr Duparc qui avait acheté le monastère en 1914 et avait l'intention d'en faire une maison de retraite pour son clergé, abandonne cette idée et envisage le retour des moines dans leur abbaye.

On se doute que depuis 1903 et avec une occupation militaire de cinq ans, l'état du monastère avait beaucoup changé. Le recteur de Plouneventer et celui de Lanneuffret rivalisaient d'empressement pour doter Kerbeneat d'un gardien et d'un fermier, capables de remettre en état les champs et les jardins. Mais au mois de juin 1920, le gardien et jardinier du monastère est enseveli par un éboulement alors qu'il extrayait du sable de la carrière de Kerbeneat pour les allées du cimetière de Lanneuffret en vue des processions de la Fête-Dieu. Quand on put le dégager au bout d'un grand quart d'heure, il avait cessé de vivre.

 Dom Colliot

Le bruit se répandit dans le pays que les moines allaient revenir. Au printemps de 1921, ce fut une belle émulation parmi les personnes pieuses du voisinage et les enfants des écoles chrétiennes pour le nettoyage, la propreté des bâtiments, qui en avait bien besoin. L'arrivée des moines se fit très progressivement et surtout en 1922. A cette époque héroïque, "ce n'était qu'un vrai taudis, les portes sans serrures, pas de lumière pour éclairer le cloître, rien qu'un petit bout de chandelle posé sur une boîte de fer blanc, le réfectoire avec le bas tout détérioré, un pupitre boiteux pour le lecteur ; au choeur six stalles seulement de chaque côté..."

En 1926, le recensement (vue 24) nous donne 5 ecclésiastiques (pères) et 7 ouvriers agricoles (frères convers) et une dame (cuisinière ?).
La relève était assurée. En août 1927 se célébrait la première grand'messe d'un jeune moine. Pour retrouver le souvenir d'une pareille cérémonie il fallait remonter à 25 ans.

La vie reprend et peu à peu la Communauté grandit. Bien des prêtres aiment à y venir pour quelques jours de retraite. Beaucoup aussi viennent, attirés par la beauté des offices liturgiques et le chant grégorien, de plus en plus soigné. Plusieurs des Pères vont dans les paroisses animer des retraites et des adorations. ainsi s'affirme, tout en demeurant modeste, le rayonnement de Kerbeneat. Tandis que la ferme reste louée jusqu'au jour où la Communauté se sentira en mesure de la reprendre. Les Frères cultivent les jardins et quelques champs, entretiennent les vergers, assurent la cuisine, la boulangerie, la cordonnerie, la menuiserie.

Le 19 août 1928, le nouveau prieur Eugène Joie est installé dans sa charge, en remplacement de Dom Marianus (Jean-François Cann) qui avait demandé à cesser ses fonctions. En 1934, les religieux sont plus de vingt ; en 1938, vingt-trois dont quinze frères convers. La bonne administration de Dom Eugène Joie porte ses fruits. Le noviciat est agrandi, le cloître prolongé d'une longueur de 12 mètres. En 1937, voyant que la direction allait passer en de bonnes mains, le prieur demanda à résigner ses fonctions.

Le 29 novembre 1937, le père Louis-Félix Colliot est nommé Prieur-administrateur de Kerbeneat, qui compte alors 23 religieux.

Mais bientôt survient une nouvelle épreuve, la guerre de 1939, enlevant à la Communauté, pour quatre ou cinq ans, sept pères, dont le prieur et les principaux responsables. Puis ce sera l'occupation allemande, ne laissant aux moines que le strict minimum. Plusieurs compagnies allemandes cantonnent à Kerbeneat en 1942, 1943 et 1944 (voir la guerre de 1939-45 à La Roche et dans les environs). Ceux qui demeurent font face de leur mieux aux nécessités de la vie quotidienne, celle entre autres du ravitaillement et aux exigences des occupants en attendant des jours meilleurs.

De retour de captivité en mars 1944, le prieur, Félix Colliot, retrouve son monastère occupé par les Allemands. Il est élu Abbé le 12 novembre 1945, la cérémonie de bénédiction abbatiale a lieu le 12 décembre, voir les photos dans le diaporama et le texte de description de la cérémonie dans les extraits de presse. Le 5 août 1950, il annoncera le projet de restauration de Landevennec.

En 1946, le recensement nous donne 41 religieux à Kerbeneat. La communauté tout entière quitte définitivement Kerbeneat pour Landevennec en 1958.

Les soeurs du Bon Sauveur

En 1958, les Soeurs du Bon sauveur de Caen décident de s'installer à Kerbeneat pour y ouvrir une école secondaire. "Nous devons dire notre grande reconnaissance à la Providence, qui a tenu à marquer cette étape décisive [le transfert des moines à Landevennec], nous permettant de laisser Kerbeneat à une famille religieuse très spécialement amie des fils de saint Benoît : grâce aux religieuses de "Bon Sauveur" de Caen, dont les Bretons connaissent bien les maisons de Bégard et de Plougasnou, la prière ne cessera pas en ce lieu consacré depuis 80 ans à la vie monastique, le voisinage de Kerbénéat ne manquera pas de la présence sacerdotale qui lui tenait tant à coeur" (source Pax Abbaye de Landevennec, janvier 1959 n°37).

Le recensement de 1962 ne signale pas la présence de religieuses à Kerbeneat, mais seulement une famille de cultivateurs Jean-Pierre Godec, ses parents, frère et soeur, et puis, Jean-Louis Crenn, jardinier, son épouse Anne-Marie Azou, gardienne-concierge, et leur fils. Cela laisse supposer que les soeurs ont mis du temps à s'installer réellement à Kerbeneat.

Effectivement, un journal local du 16/7/1964 publie un article rappelant que, depuis deux ans, l'abbaye était l'objet des travaux de rénovation très importants et annonçant que, dès la rentrée de septembre, les classes de 7è, 6è et 5è seraient ouvertes. Il précise que l'établissement ne reçoit que des internes qui se trouveront placées dans des conditions favorables pour travailler dans un cadre champêtre. Les élèves seront réparties, non en dortoir, mais par chambres de six lits. (lire l'intégralité de l'article en annexe).

Bénédiction de l'école. - M. le vicaire général Prigent a béni le dimanche 25 octobre 1964 les nouveaux locaux de l'école du Bon Sauveur à Kerbénéat, aménagés dans l'ancienne abbaye des Pères bénédictins. (source la Semaine Religieuse du 30 octobre 1964).

En juin 1964, Jean-Louis Dantec, chanoine honoraire, recteur de Saint-Martin de Morlaix, avait été nommé aumônier du Juvénat des religieuses du Bon Sauveur à Kerbeneat. L'annuaire diocésain nous donne quelques renseignements supplémentaires :
1965 Institution Secondaire de filles de Kerbeneat (6è, 5è) - Aumônier Jean Louis Dantec, né en 1902, ordonné en 1927, nommé en 1964.
1968 Institution Secondaire de filles de Kerbeneat (6è, 5è) - Aumônier Jean Le Goff, né en 1903, ordonné en 1930, nommé en 1967.
1970 Institution Secondaire de filles de Kerbeneat (6è, 5è) - Aumônier Jean Le Goff.

Le cursus scolaire d'une élève, dont les parents résidaient non loin de l'école, et qui a effectué toutes ses années de collège à Kerbénéat nous permet de confirmer et de compléter ces informations. Cette élève était en 6è dans les années 65-66 et en 3è dans les années 69-70, ce qui démontre que l'enseignement à Kerbénéat a couvert, au moins sur la fin, les 4 années de collège.

Le recensement de 1968 donne le nom des enseignants résidant sur place  . Il y avait quelques autres qui ne n'habitaient pas sur place et se rendaient dans l'établissement pour la journée.

X

Recensement de 1968 à Kerbeneat

BENCEColette08-06-43La Haye-du-Puitsreligieuse étudiante
CURRYCatherineC10-08-50 Westport (Irlande)étudiante
FORESTIERJeanneC10-09-39Lachamp (Lozère) professeur
FORESTIERLouiseC17-03-20Lachamp (Lozère)professeur
HASCOETM. Josèphe C22-06-48Tregarvansurveillante-institutrice
LE CORDIER OdetteC10-08-29Mobecq (Manche)professeur
LEZORAINE Annie19-01-31 Pommerit-Jaudy (22) religieuse infirmière
LUCASRenéeC05-11-28Lorientaide-ménagère
LE GOASMarieC06-01-98Treglamus (22)enseignante
LE TIECSuzanne C04-02-24Pedernec (22)professeur
ROUMEBlancheC15-04-97St-Sernin-sur-Ranceprofesseur
LE GOFFJeanC10-11-03Plounevez-Lochristaumônier

Souvenirs d'une ancienne collégienne racontés par sa fille

C’est ici, dans les années 60, qu’elle [la mère] fera ses classes au collège. Loin de sa famille, en pensionnat, avec une petite centaine d’autres fillettes. Un enseignement religieux strict donné par les Soeurs du Bon Sauveur de Caen. Des journées rythmées par les messes et les prières. Des semaines à attendre le dimanche pour rejoindre sa famille et être déjà de retour à 17h30. Des mois à espérer les vacances comme une libération. Et puis revenir, laisser la grande porte se refermer derrière soi et subir à nouveau ces règles de vie aux confins de l’absurdité. Ici, il fallait se cacher pour rire. Pour pleurer aussi. Pleurer sur l’enfance qui file trop vite. Et puis, un jour se révolter. Et enfin obtenir l’autorisation de vivre sa vie. Face à ses souvenirs, elle nous dit "Je me demande encore comment j’ai fait pour tenir".

Jocelyne Loaëc, Ma valise en carton

L'école d'éducateurs spécialisés

"L’École d’éducateurs de la Sauvegarde du Finistère se crée en 1971, dans les murs d’un ancien couvent, à Kerbénéat, près de Brest. Elle ne forme alors que des éducateurs en cours d’emploi, venant au rythme d’une semaine par mois environ en formation, chaque promotion ne comptant qu’une quinzaine d’élèves" (source L'éducation spécialisée en Bretagne, 1944-1984 par Mathias Gardet, Alain Vilbrod - Presses Universitaires de Rennes - 2008).

Ecole d'éducateurs spécialisés de Brest

L'Ecole donne une formation préparant en quatre années au diplôme d'Etat d'éducateur spécialisé ; cette formation se fait en cours d'emploi, c'est-à-dire qu'elle s'adresse exclusivement à des personnels qui pendant leurs études seront salariés d'établissement pour enfants, adolescents ou jeunes adultes, handicapés ou inadaptés ; il est par conséquent indispensable, pour s'inscrire définitivement à l'entrée en école, d'exercer des fonctions éducatives.

L'éducateur spécialisé travaille auprès des handicapés physiques, déficients mentaux, enfants et adolescents présentant des troubles de la personnalité et du comportement ; cette action rééducative s'exerce dans le cadre d'internats ou semi-internats ou en milieu naturel.

La formation a lieu à Kerbénéat à raison de neuf regroupements d'une semaine par année scolaire et en quatre ans. L'alternance entre le travail auprès des enfants et l'école vise à mêler intimement la pratique éducative quotidienne et l'apport des connaissances théoriques en référence aux besoins ressentis dans la tâche professionnelle. Les regroupements ont nécessairement lieu en internat.

L'Ecole reçoit cette année 180 éducateurs en formation travaillant principalement dans les quatre départements bretons.

Source Bulletin officiel municipal de Landerneau N°3 de 1974 (AML en ligne)

Le recensement de 1975 ne signale pas la présence d'éducateurs à Kerbeneat, mais seulement une famille de cultivateurs Jean-Pierre Godec, son épouse Marie Le Bras et leurs 4 enfants, et puis, Jean-Louis Crenn, homme d'entretien, et son épouse Anne-Marie Azou, cuisinière. Cela ne signifie pas que l'école avait fermé car, à la lecture de l'encadré précédent, on se rend compte que Kerbeneat était une résidence temporaire pour les élèves et les enseignants.

Les Bénédictines de Notre-Dame du Calvaire

La congrégation a été fondée en 1617 à Poitiers par Antoinette d'Orléans, cousine du roi Henri. Plus tard la congrégation essaime un peu partout en Bretagne, et à Morlaix en 1625. Les religieuses de Morlaix chassées par la Révolution finiront par trouver refuge dans un vieux couvent désaffecté à Landerneau, entre la route de Plougastel et l'Elorn. Ce couvent, construit en 1488, avait abrité des Cordeliers, puis des Récollets. Les Bénédictines s'y installent le 28 mai 1813. Puis, le nombre des moniales augmente. Une école de jeunes filles est annexée au Couvent. Bientôt il faut raser entièrement les constructions du XVè siècle pour édifier les bâtiments que l'on voit de nos jours. La chapelle est consactée en 1876.

Les lois de 1901, ayant amené les Bénédictines à fermer leur école, il fallut s'exiler en Belgique. La communauté reviendra à Landerneau en 1919, l'occupation allemande, à partir de 1942, contraindra les soeurs à fermer le pensionnat. Les locaux libérés accueileront l'I.M.E. de Kerlaouen. Ainsi, les bénédictines s'adonnent désormais plus exclusivement à une vie de prière et d'oraison.

Envisager le transfert dans un lieu plus paisible allait devenir possible. Le 30 novembre 1977 les bénédictines arrivent à Kerbeneat. Cependant, elles ne vivent pas que de prières. En 1980, "Kerbénéat c'est aussi l'accueil, non seulement de la petite librairie, mais aussi d'une d'une hôtellerie, qui pour être modeste (12 chambres) n'en doit être que plus paisible. Les prospectus offrent des séjours de un à huit jours aux prêtres, religieux, religieuses, dames, jeunes filles, individuellement ou en petits groupes... A tous les hôtes les Soeurs de Kerbeneat offrent, avec le partage de leur paix et de leur silence, la participation à leurs offices" (P.Y. Castel).

Les soeurs eurent comme aumôniers :
- jusqu'en 1984, Léon Normand, décédé à Kerbeneat. Il était déjà leur aumônier au Calvaire depuis 1961,
  c'était le frère de Louis Normand, qui fut directeur de Don Bosco à La Roche.
- puis, André Abere, décédé en 1986, lui aussi à Kerbeneat : il écrivit une courte histoire du lieu.
- et Claude Falc'hun (1918-1999), aumônier à Kerbeneat de 1994 à 1999.

En 2002, les moniales, qui avaient été au nombre de 60 à Landerneau, et 25 en arrivant à Kerbéneat, ne sont plus que 11 maintenant. Elles quittent Kerbeneat pour « répondre à l'appel de l'église de Jérusalem pour soutenir les chrétiens de Terre Sainte » explique Soeur Marie Guénola, la prieure. La congrégation n'entend pas vendre Kerbénéat dans un premier temps. « Nous aimerions qu'il soit repris par une autre communauté partageant la même pastorale, qui ne soit pas intégriste », précise Soeur Tiphaine, la sous-prieure. (source Le Télégramme du 5/6/2002)

Après le départ de la communauté, l'ancienne prieure restera encore quelque temps à Kerbeneat pour veiller sur l'édifice... et le monastère accueillera ponctuellement des groupes de passage.

X

Kerbénéat va fermer (Le Télégramme du 5/6/2002)

Par solidarité fraternelle vendredi, 200 religieuses ont marché de l'église de Plounéventer à Kerbénéat où avait lieu une célébration. Et dimanche, à 15 h 30, une messe d'action de grâce, présidée par Monseigneur Guillon, rassemblera au monastère tous les amis du diocèse. Deux gestes forts pour marquer le départ définitif de Plounéventer des Bénédictines de Notre-Dame du Calvaire. Ces soeurs contemplatives se consacrent essentiellement à la prière. Une fois n'est pas coutume, hier, soeur Marie-Guénola, la prieure, et son adjointe, soeur Tiphaine ont donné une conférence de presse pour expliquer la fermeture de «la maison de Benoît» qu'elles occupent depuis 25 ans. Entre le 4 et le 8 juillet, les onze religieuses rejoindront les monastères de Bouzy-La Forêt et de Prailles pour préparer en congrégation la «refondation» de celui du Mont des Oliviers à Jérusalem.

Une décision mûrement réfléchie La fermeture de Kerbénéat est décidée pour donner une nouvelle vie au monastère de Jérusalem. «Ce n'est pas un coup de tête. C'est l'assemblée des congrégations des cinq monastères (80 moniales au total) qui, lors d'un chapitre général à Jérusalem, a évoqué ce projet. Il fallait fermer un monastère en France pour que celui de Jérusalem vive. Là-bas, elles ne sont que seize sur une terre sainte qui ne compte que 2 % de Chrétiens mais qui reçoit autant d'Israéliens que d'Arabes». Les soeurs ont voté à l'unanimité cette décision sans même savoir qui partirait. Il est vrai que la congrégation a toujours entretenu des liens forts avec le monastère de Jérusalem où sont d'ailleurs enterrées treize Finistériennes.

Longtemps à Landerneau Voici 377 ans que les Bénédictines de Notre-Dame du Calvaire sont présentes sur le diocèse. Huit ans après la naissance de la congrégation à Poitiers, elles arrivèrent à Morlaix (lieu actuel de la Cité d'Aumont). En 1636, une fondation est créée à Quimper. Mais, la Révolution n'épargna aucun des monastères, celui de Quimper fut réquisitionné. Avec les «survivantes» de Morlaix, elles s'établissent à Landerneau dans l'ancien couvent des Récollets. Elles y vivront jusqu'en 1977. Elles y avaient d'ailleurs ouvert un pensionnat de filles qui devint florissant. Au début du XX e siècle, les lois Combes interdisant aux congrégations religieuses l'enseignement, les soeurs s'exilèrent quelques années en Belgique. La communauté comptait alors une soixantaine de moniales. Puis, ce fut Kerbénéat. A Landerneau, les locaux devenaient en effet trop grands. Une partie avait d'ailleurs été louée à l'association Don Bosco pour ses activités en faveur des handicapés. «La confusion se faisait entre cette institution spécialisée et le monastère. De plus, les bâtiments se trouvaient placés près de la décharge publique», souligne la prieure.

Quel avenir pour Kerbénéat A Kerbénéat, les religieuses ont succédé à l'école spécialisée d'éducateurs de la sauvegarde de l'enfance. Mais, ce sont les moines de Landévennec qui ont créé ce lieu de paix baignant dans trois hectares de jardins. Elles le quittent avec regret. Elles s'en vont en laissant leurs familles derrière elles car la plupart sont originaires du Léon. Que va devenir leur propriété ? « Nous n'avons pas envie de la vendre dans un premier temps. Nous espérons qu'elle restera un lieu de prière et de paix. Nous aimerions qu'il soit occupé par d'autres soeurs qui préservent notre esprit. Monseigneur Guillon s'y intéresse de près», affirme soeur Marie-Guénola.

Au 19è siècle, quand les bénédictines étaient encore au "Calvaire" à Landerneau, elles ont commandé à Yan' Dargent (1824-1899), l'artiste de Saint-Servais, quelques oeuvres d'inspiration religieuse. Il s'agit de :
- saint Benoît et sainte Scholastique  : saint Benoît, leur saint patron, et Scholastique, sa soeur ;
- saint Jean et les saintes femmes au pied de la croix  ;
- le Christ présenté à la foule  ;
- l'Assomption  .

Ces oeuvres se retrouvèrent à Kerbeneat. Depuis le départ des religieuses, elles sont au musée de Saint-Servais. Cliquer sur les icônes pour voir les tableaux.

Ce ne sont pas les seules oeuvres artistiques que les Bénédictines ont transféré de leur couvent de Landerneau à Kerbeneat : ce fut aussi le cas pour
- le calvaire érigé au bout du domaine après le verger
- et une statue en kersanton, représentant le Christ ressuscité, oeuvre de l'atelier Prigent (XVIè s.) présente aujourd'hui dans le cimetière,
- et encore quatre statues en kersanton dans le cloître. Voir ces oeuvres dans le diaporama.


Les orthodoxes

Le 7 octobre 2017, une quinzaine de soeurs de la Métropole orthodoxe roumaine d'Europe occidentale et méridionale s'installe dans les lieux. Approché dès 2016 par les communautés orthodoxes de Brest et de Morlaix, l'évêque de Quimper avait mis le monastère à disposition de cette communauté par un bail emphytéotique. Il fut contracté avec le métropolite orthodoxe Joseph, représentant de la communauté orthodoxe roumaine en France.

Les religieuses :

« La tradition de l’Église a permis que se développent plusieurs voies monastiques, en accord avec les possibilités des personnes qui ont désiré se consacrer totalement à Dieu. On a des moines totalement reclus, des moines demi-reclus, des moines qui s’occupent des malades et des pauvres, des moines qui fondent des écoles... Alors que certaines religieuses estiment que c’est en allant vers l’autre, et donc en se mêlant au monde, que l’on rencontre Dieu. Les nouvelles moniales de Kerbeneat ont choisi, pour cela, de rester un peu à l’écart du monde et recluses.

« La vie religieuse dans notre monastère implique beaucoup de choses. Il y a d’abord les offices dans l’église. Ils sont très beaux et pleins de chants, de musique byzantine. Il y a ensuite la prière personnelle, qui est faite surtout dans les cellules mais aussi pendant les autres tâches. Vient encore le silence, vécu comme une ouverture totale à la volonté de Dieu. Or, pour "prendre" la voix divine, on doit se couper des bruits de l’extérieur, des bruits des pensées, des fantaisies et émotions désordonnées. On peut aussi évoquer l’obéissance, comprise comme la primauté de la volonté divine par rapport à notre volonté égoïste. Vient enfin la vigilance perpétuelle du coeur ».

Le père Justin :

« Je suis moine et prêtre. Mon rôle dans la communauté, c’est de faire tous les offices liturgiques dans l’église, de confesser et guider les moniales et les soeurs. Je m’occupe aussi de tous les pèlerins qui viennent dans le monastère et de tout ce qui concerne la vie spirituelle ».

Extraits des explications du père Justin
dans un article du Télégramme du 4/11/2021.

L'utilisation de l'église de Kerbeneat par des religieux orthodoxes a entrainé quelques modifications dans le mobilier avec l'ajout dans le choeur d'une iconostase. Cf deux photos : avant et après.

Diaporama

 Diaporama : photos    
Photo  n° 
  
 Avance
manuelle
 



Photos :
- Vues générales (1 à 4)
- St Benoît, statue (5 et 8)
- Le calvaire (9 et 10)
- Le parc (11 et 12)
- Vues extérieures (13 à 20)
- Entrée (21 à 26)
- Cimetière (27 et 30)
- Chapelle (31 à 35)
- Le cloître (36 et 37)
- Cour et jardin (38)
- Le réfectoire (39)
- La bibliothèque (40)
- Des moines (41 à 44)
- Bénédiction abbatiale
   en 1945 (45 à 59)
- Prisonniers de guerre (60)
- Internés civils (61 à 77)
- Ecole des filles (78 à 80)
- Bénédictines (81 à 83)
- Autres photos (84 et 85)
- Orthodoxes (86 à 89)
- Vues générales (90 à 92)

- Christ ressuscité  << 
- Anciens vitraux dans
  une photo de 1916

Ajouts récents :  < New 
- St-Benoit (7 et 8)
- Bénédiction abbatiale
   de Dom Colliot (45 à 59)
- Bénédictines (82 et 83)
- Vues générales (90 à 92)



1 - Vue générale en 1994. Au bout du parterre à droite, la statue de saint Benoît. Le cimetière se trouve à l'extrême gauche, sur le décroché de terrain qui borde la ferme de Ker-ar-C'here, en dehors de la photo.
 


Video d'une procession à Kerbeneat : Sortie de l'église par le narthex, religieux et religieuses,
rhododendrons en fleurs, vergers, sous le dais l'ostensoir, religieuses avec des cornettes. Voir la video 

Personnes remarquables... et d'autres

Les résidents au monastère d'après les recensements de Plouneventer

N.B. Les données des colonnes avec un titre en italique ne viennent pas des recensements. Ce sont des ajouts
de l'auteur de ce chapitre. L'année de naissance est calculée lorsque seul l'âge est donné.

An N° Nom  PrénomRelationAgeProfession Naissance En religion Commentaires
1881 1329 Le Guen Jn Louis chef37 prêtre 1844 Père CorentinLes trois premiers sont des moines, les deux derniers probablement des frères convers.
18811330GuérinLouischef36prêtre1845Père Maurice
18811331PicartJn Mariechef54prêtre1827Père Arsène
18811332CimonConstant domestique 31ouvrier 1850.
18811333CorvéAlaindomestique15ouvrier1866.
An N° NomPrénomRelationAgeProfession Naiss. En religion Commentaires
1886 1141 Le GuenJean Louischef42moine1844Père CorentinSoit 6 personnes.
18861142GuérinLouiscohabitant 41moine1845Père Maurice
18861143PicartJean Mariecohabitant48moine1838Père Arsène
18861144Le LouetEmilecohabitant38moine1848.
18861145Le FalchierFrançois Louiscohabitant43sans profession1843.
18861146Pen-ar-GuearJacquescohabitant28sans profession1858.
An N° Nom  PrénomRelationAgeProfession Naiss. En religionCommentaires
18911267Le MoineEdouardchef51prêtre1840Père LéandreSoit 30 personnes.
18911268Le GuenJean Louiscohabitant47prêtre1844Père Corentin
18911269PicartJean-Mariecohabitant63prêtre1828Père Arsène
18911270GuérinLouiscohabitant47prêtre1844Père Maurice
18911271Le LouetEmilecohabitant43prêtre1848.
18911272AvignonLouiscohabitant32prêtre1859Père Athanase
18911273Le PageAdriencohabitant28prêtre1863.
18911274DelalevéeMauricedomestique67sans profession1824.
18911275DiliesJean-Baptistedomestique60sans profession1831.
18911276CannOllivierdomestique22sans profession1869.
18911277PennarguerJacquesdomestique34sans profession1857.
18911278SaleunClaudedomestique27sans profession1864.
18911279MoalJeandomestique25sans profession1866.
18911280LannuzelHervédomestique22sans profession1869.
18911281CozicCorentin Miedomestique15sans profession1876.
18911282HenaffHervédomestique17sans profession1874.
18911283Fur?Louisdomestique14sans profession1877.
18911284FournierSébastiendomestique15sans profession1876.
18911285Le SaintJean Mariedomestique17sans profession1874.
18911286ColinJean-Pierre Mariedomestique18sans profession1873.
18911287HuguenFrançois Louisdomestique14sans profession1877.
18911288SaillourJean-Mariedomestique15sans profession1876.
18911289MasséJn Louisdomestique14sans profession1877.
18911290KervéantCorentin Hervédomestique15sans profession1876.
18911291PollardJacquesdomestique17sans profession1874.
18911292SanquerPierredomestique14sans profession1877.
18911293QuéréJosephdomestique26sans profession1865.
18911294TartuMartialdomestique16sans profession1875.
18911295BillantPierredomestique50charpentier1841.
18911296HénaffJn Guillaumedomestique15sans profession1876.
An N° Nom  PrénomRelationAgeProfession Naiss. En religionCommentaires
18961727Le MoineEdouardchef56moine1840Père LéandreSoit 30 personnes : 14 moines et
16 frères convers exerçant des professions diverses.






1 François Marie Cloitre, né à Trébabu, fut oblat à Kerbeneat de 1896 à 1903. Il a ensuite travaillé pour la laiterie Frères à Keryvon en St-Derrien,
où il a rencontré sa future épouse Marie Louise Rozec. Puis ils ont vécu à Landerneau,
et François Marie a travaillé pour la grande brasserie Le Bos. (Merci Gaëlle)
18961728Le GuenJean Louiscohabitant52moine1844Père Corentin
18961729Le LouetEmilecohabitant48 moine1848Père Félix
18961730GuérinLouiscohabitant50moine1846Père Maurice
18961731PicartJean-Louiscohabitant69moine1827Père Arsène
18961732AvignonLouiscohabitant38moine1858Père Athanase
18961733Le PageAdriencohabitant 34 moine 1862 .
18961734DelalevéeMauricecohabitant73moine1823Dom Maur
18961735PenarguéarJacquescohabitant 41 moine 1855 .
18961736GarnierNicolascohabitant 31 moine 1865 .
18961737SalaünClaudecohabitant 31 moine 1865 .
18961738MoalJeancohabitant 31 moine 1865 .
18961739KersulecCorentincohabitant 26 moine 1870 .
18961740YvinecFrançoiscohabitant 32 moine 1864 .
18961741GouesnouJosephdomestique 21 manouvrier 1875 .
18961742StervennouFrançoisdomestique 26 tailleur 1870 .
18961743JégouJean-Maurice ?domestique 19 laitier 1877 .
18961744BreutCharlesdomestique 15 aide-jardinier 1881 .
18961745SaliouOllivierdomestique 16 aide-jardinier 1880 .
18961746NousyEtienne-Mariedomestique 14 sans profession 1882 .
18961747Le RouxPierredomestique 15 sans profession 1881 .
18961748SidannerLouisdomestique 15 aide-cuisinier 1881 .
18961749MasséHenridomestique 14 enfant de chœur 1882 .
18961750MartinJosephdomestique 13 enfant de chœur 1883 .
18961751HilyJeandomestique 13 lampiste 1883 .
18961752DurandLaurentdomestique 13 domestique 1883 .
18961753Le BrasFois Mariedomestique 13 domestique 1883 .
18961754MessantJosephdomestique 14 domestique 1882 .
18961755QuiniouVictordomestique 18tailleur1878.
18961756CloitreFrançois Marie 1domestique 22cult.1874.
An N° Nom  PrénomRelationAgeProfession Naiss. En religionCommentaires
19011392LalauzeJosephcomptable46moine1855Dom BèdeSoit 37 personnes.

On remarquera la variété des professions.


Mais où est passé le père Corentin (Le Guen) ?
19011393MoalJean Mariecohabitant36charron1865.
19011394LouismetIrénécohabitant42professeur1859Dom Savinien
19011395AvignonLouiscohabitant42comptable1859Père Athanase
19011396GariadorJeancohabitant41prêtre1860Père Benoît
19011397BodilisJulescohabitant22étudiant1879.
19011398Crenn François Marie cohabitant 23 étudiant 1878 .
19011399Le Breton Allain Marie cohabitant 23 étudiant 1878 .
19011400Boucher François Marie cohabitant 26 étudiant 1875 .
19011401KervennicGuillaume Mariecohabitant51prêtre1850Père Siméon
19011402Massé Jean-Louis cohabitant 23 artiste-peintre 1878 .
19011403Saillour Jean-Marie cohabitant 24 étudiant 1877 .
19011404Fournier Sébastien cohabitant 24 professeur 1877 .
19011405Gueguen Yves cohabitant 27 cordonnier 1874 .
19011406Kersulec Corentin cohabitant 31 relieur 1870 .
19011407Roué Théophile cohabitant 31 jardinier 1870 .
19011408Jestin Jean Marie cohabitant 28 cuisinier 1873 .
19011409Leal Guillaume cohabitant 48 boulanger 1853 .
19011410Yvinec François cohabitant 36 cult. 1865 .
19011411Penarguer Jacques cohabitant 44 cult. 1857 .
19011412Montfort Corentin cohabitant 17 cult. 1884 .
19011413Bleuven François cohabitant 14 agriculteur 1887 .
19011414Rosec Jean Marie cohabitant 18 tailleur 1883 .
19011415Massé Yves cohabitant 16 cordonnier 1885 .
19011416Massé Henri cohabitant 20 cult. 1881 .
19011417Kervern Constant cohabitant 19 cult. 1882 .
19011418Sidanner Louis cohabitant 21 étudiant 1880 .
19011419Le FurLouiscohabitant23prof. de musique1878.
19011420Le Mel Jean-Marie cohabitant 17 étudiant 1884 .
19011421Riou Jean-Louis cohabitant 19 étudiant 1882 .
19011422Iliou Valentin cohabitant 17 étudiant 1884 .
19011423Inizan Yves-Marie cohabitant 18 étudiant 1883 .
19011424Garnier Nicolas cohabitant 46 cocher 1855 .
19011425Le Denn Jean-Marie cohabitant 18 garçon de ferme 1883 .
19011426Riou Leon cohabitant 15 domestique 1886 .
19011427Le Her Joseph cohabitant 21 domestique 1880 .
19011428Le Hir Yves Joseph cohabitant 38 jardinier 1863 .

Exil des moines de 1903 à 1922, puis c'est le retour à Kerbeneat
où la communauté va se reconstituer peu à peu.

An N° Nom  PrénomRelationNaissanceLieu naiss. Profession En religionCommentaires
1926  1352  Cann Jean chef 1868 La Martyre ecclésiastique patron  Dom MarianusSoit 13 personnes : 5 écclésiastiques, 7 ouvriers agricoles et une dame.
19261353Kervennic Guillaume1849GuipavasecclésiastiquePère Siméon
19261354Boucher François 1874 Plouzané ecclésiastique .
19261355Iliou Valentin 1884 Plouzané ecclésiastique .
19261356Riou Jean Louis 1882 Lannilis ecclésiastique .
19261357Pennarquear Jacques domestique 1857 Plouider ouvrier agricole .
19261358Salaün Claude domestique 1867 Plouarzel ouvrier agricole .
19261359Léal Guillaume domestique 1852 Guipavas ouvrier agricole .
19261360Setrabiaguer Pierre domestique 1869 Viados ouvrier agricole .
19261361Acquitter Paul Mie domestique 1873 Treflez ouvrier agricole .
19261362Morvan Victor domestique 1904 Guipavas ouvrier agricole .
19261363Le Gall André domestique 1907 Ploudalmezeau ouvrier agricole .
19261364RiouMie Renée1854Lanniliss.p..
An N° Nom  PrénomRelationNaissanceLieu naiss. Profession En religionCommentaires
1931 1054CannJean-Françoischef1868La MartyreecclésiastiqueDom MarianusSoit 15 personnes : 7 ecclésiastiques et 8 religieux.
19311055BoucherFrançois 1874Ploudiryecclésiastique.
19311056GaroJoseph1900 PloudalmezeauecclésiastiquePère Paul
19311057GaroFrançois1902PloudalmezeauecclésiastiquePère Félix
19311058Guillerm Eugène1901PloudanielecclésiastiquePère Maurice
19311059Quioc Hervé 1904 Lanhouarneau ecclésiastique Père Augustin
19311060Le Boulch Joseph 1910 Landivisiau ecclésiastique Père Célestin
19311061Penarguéar Jacques 1855 Plouider religieux .
19311062Salaun Claude 1863 Plouarzel religieux .
19311063Signor Romain 1908 Crozon religieux .
19311064Acquitter Paul 1873 Treflez religieux .
19311065Gillet Jean 1867 Plougonvelin religieux .
19311066Acquitter Noël 1899 St-Vougay religieux .
19311067Picart François 1910 Plougar religieux .
19311068Morvan Victor 1904 Guipavas religieux .
An N° Nom  PrénomRelationNaissanceLieu naiss. Profession En religionCommentaires
1936 776 JoiePaulchef1877Sorde-l'Abbaye (Landes)supérieurDom EugèneSoit 24 moines.
1936777Colliot Felix 1906 St-Pierre-Quilbignon prêtre .
1936778Cann Jean François 1868 La Martyre prêtre Dom Marianus
1936779Boucher François Marie 1874 Ploudiry prêtre .
1936780Garo Joseph 1900 Ploudalmezeau prêtre .
1936781Garo François Marie 1902 Ploudalmezeau prêtre .
1936782Le Boulch Joseph 1910 Landivisiau prêtre Père Célestin
1936783Quioc Hervé 1904 Lanhouarneau prêtre Père Augustin
1936784Moal Jean 1906 Carantec prêtre .
1936785Goaoc Louis 1903 Plounevez-Lochrist prêtre .
1936786Guillerm Eugène 1901 Ploudaniel prêtre Père Maurice
1936787Miossec Pierre 1912 St Divy prêtre .
1936788Pennarguéar Jacques 1855 Plouider prêtre .
1936789Salaün Claude 1863 Plouarzel prêtre .
1936790Signor Romain 1908 Crozon prêtre .
1936791Acquitter Noël Yves Marie 1899 St Vougay prêtre .
1936792Cornec Yves Marie 1897 Plouider prêtre .
1936793Jaffrès Jean 1920 Kerlouan prêtre .
1936794Caradec Jean Henri 1919 Plouedern prêtre .
1936795Gillet Jean Marie 1867 Plougonvelin prêtre .
1936796Acquitter Jean Louis 1919 St Vougay prêtre .
1936797Pailler Joseph Charles 1906 Lannilis prêtre .
1936798Léost Jean Pierre 1920 Plouedern prêtre .
1936799Acquitter Paul 1873 Treflez prêtre .
An N° Nom  PrénomRelationNaissanceLieu naiss. Profession En religionCommentaires
19461713ColliotFélixchef1906supérieur. Soit 41 moines bénédictins.
19461714Le Pemp Pierre 1917 moine bén. .
19461715Delisle Yves 1911 moine bén. .
19461716Garo Joseph 1900 moine bén. .
19461717GuillermEugène 1901 moine bén. Père Maurice
19461718Garo François 1902 moine bén. .
19461719Le Boulch Joseph 1910 moine bén. .
19461720QuiocHervé1904moine bén.Père Augustin
19461721Moal Jean 1906 moine bén. .
19461722Goaoc Louis 1903 moine bén. .
19461723Tanguy Jean 1892 moine bén. .
19461724Abaléa Jean 1908 moine bén. .
19461725Bourgeois Claude 1913 moine bén. .
19461726Quéméneur Joseph 1920 moine bén. .
19461727Landouaré Pierre 1903 moine bén. .
19461728Gougay Hervé 1912 moine bén. .
19461729Salün Albert 1922 moine bén. .
19461730Gruroc Joseph 1922 moine bén. .
19461731Balien Joseph 1924 moine bén. .
19461732Morvan Georges 1917 moine bén. .
19461733Maingan Yves 1924 moine bén. .
19461734Cousquer Michel 1926 moine bén. .
19461735Le Bigot Jean 1908 moine bén. .
19461736Villié Antoine 1925 moine bén. .
19461737Berthou Jean 1926 moine bén. .
19461738Desplatz Maurice 1917 moine bén. .
19461739Saliou Jean 1926 moine bén. .
19461740Davonat Jean 1925 moine bén. .
19461741Laporte Jacques 1911 moine bén. .
19461742Pennaguear Jacques 1857 moine bén. .
19461743Signor Romain 1908 moine bén. .
19461744Acquitter Noël 1899 moine bén. .
19461745Acquitter Jean 1919 moine bén. .
19461746Welker Raymond 1925 moine bén. .
19461747Perhirin François 1922 moine bén. .
19461748Cabon François1928moine bén..
19461749BozecRaymond1929 moine bén..
19461750HuonFélix1915moine bén..
19461751SoyerAlbert1920moine bén..
19461752GilletJean1867moine bén..
19461753AcquitterPaul1873moine bén..
An N° Nom  PrénomRelationNaissanceLieu naiss. Profession En religionCommentaires
195476ColliotFélixPère prieur1906religieux (supérieur). Soit 34 moines
1954SalaünAlbert1922religieux.
1954QuiocHervé1904religieux.
1954GruiecJoseph1922religieux.
1954De SurgyBertrand1924religieux.
1954Le BoulchJoseph1910religieux.
1954GoaocLouis1903religieux.
1954AbaleaJean Louis1908religieux.
1954GuillermEugène1901religieux.
1954OllivierPierre1902religieux.
1954Le BigotJean1908religieux.
1954TanguyJean François1892religieux.
1954GaroFrançois1902religieux.
1954SoyerAlbert1920religieux.
1954SeiteMaudez1914religieux.
1954CousquerMichel1926religieux.
1954SignorRomain1908religieux.
1954CabonCorentin1926religieux.
1954PennJean Marie1928religieux.
1954AbilyGuillaume19252religieux.
1954HuonFélix1915religieux.
1954GougayHervé1912religieux.
1954CorreJoseph1921religieux.
1954WelkerRaymond1925religieux.
1954JouffreyAndré1907religieux.
1954SaliouJean Jacques1926religieux.
1954BerthouJean Mie1926religieux.
1954MaymardLouis1908religieux.
1954Bouvier d'YvoirePaul1913religieux.
1954JaquemetGérard1929religieux.
1954AbivenPierre1933religieux.
1954CochouLouis1932religieux.
1954Le BretonAlain1931religieux.
1954L'HerJean1929religieux.

Moines et aumôniers décédés à Kerbeneat
potentiellement enterrés à Kerbeneat, liste non exhaustive

Naissance Décès Tombe à 
PICART Jean Marie 1817 1897Fut exhumé de Kerbeneat
pour être enterré à ...

   Bodilis
DELALEVEE Pierre 18211903
GUERIN Louis 18451923
KERVENNIC Guillaume M. 18491927
LEAL Guillaume 18521928
CANN Jean Francois M.18781939
SALAUN Claude 18631941
BOUCHER Francois M.18741941
PENNARGUEAR Jacques 18571948
CABON Francois 19281949
ACQUITTER Paul Marie 18731950
MOAL Jean 19061952
GUILLET Jean marie 18671953
GUILLERM Eugene 19011955
LE PEMP Pierre Jean 19171956Landevennec
MALLEJAC Emile Louis  19211956Landevennec
NORMAND Léon 19081984Aumônier des religieuses  Guiclan

Aujourd'hui, on peut voir encore le cimetière des bénédictines, il contient environ une vingtaine de tombes dont l'une porte la mention "Ici ont été tranférés les restes des Soeurs et défunts inhumés à Landerneau avant 1997 au Calvaire". Cf le diaporama.

Oblats du monastère

Albert Le Roux (1839-1912), châtelain de Brezal, fut oblat de Kerbénéat. Qu'est-ce qu'un oblat ?

 Saint habit du moine bénédictin

Les fondateurs des ordres monastiques, comme saint François, saint Dominique et saint Benoît, après avoir mis sur pied leurs ordres d'hommes et de femmes vivant en religion, songèrent à étendre leur influence spirituelle par la fondation d'un "Tiers Ordre" à l'usage des âmes de bonne volonté. Les oblats correspondent à ce que l'église, dans son droit canonique, définit comme des tertiaires séculiers, "qui, sous la direction d'un Ordre et selon son esprit, s'efforcent de parvenir à la perfection chrétienne tout en vivant dans le monde".

Les Oblats ne sont pas des religieux ; leur engagement n'est pas un voeu ; il n'en a ni la perpétuité ni la solennité. Engagement qui revêt cependant une certaine dignité, puisqu'il a pour objet une manière de vivre spécialement recommandée par l'Eglise. C'est pourquoi l'oblat, à l'imitation du religieux, n'est admis à faire son oblation qu'après un certain temps de postulat et un an de noviciat. L'abbé ne devra admettre "que des personnes recommandables par la gravité de leurs moeurs et un bon renom".

Si l'oblat n'est pas un religieux, il appartient cependant à la famille bénédictine : il a reçu le nom d'un saint patron comme pour marquer le début d'une vie nouvelle - d'une manière ou d'une autre il prend part à l'office monastique et porte discrètement le scapulaire  noir sous ses vêtements (ou plus simplement la médaille de Saint-Benoît suivant une décision de Pie X (1903–1914). Il ambitionne de mourir revêtu du "saint habit" - tunique noire, scapulaire et ceinture.

X

Scapulaire :
1. Partie du vêtement de certains religieux, composée de deux lés de drap partant des épaules et descendant bas sur la poitrine et le dos, qui se porte par-dessus la robe.
2. Forme réduite de ce vêtement, appelé scapulaire de dévotion, consistant en un carré d'étoffe bénite, souvent double, orné ou non d'images pieuses, retenu par des rubans passés autour du cou et porté sous les vêtements par les fidèles membres de certaines confréries ou de tiers ordres.
Le scapulaire de saint Benoît est un scapulaire catholique associé aux bénédictins, fait de deux morceaux de laine noire, réunis par des cordons de n'importe quelle couleur, les images ne sont pas nécessaires mais on trouve souvent l'image de saint Benoît d'un côté et l'image de la médaille de saint Benoît de l'autre côté.

Mais, "l'habit  ne fait pas le moine" et pour mériter le nom d'oblat de Saint-Benoît, il faut s'efforcer de parvenir à la perfection chrétienne en vivant suivant l'esprit de l'Ordre auquel on prétend se rattacher". L'oblat doit pratiquer la "conversion des moeurs" à laquelle il s'est obligé pubiquement le jour de son oblation. Les statuts des oblats énumèrent les moyens suivants : "Non seulement ils pratiqueront avec un zèle particulier la pénitence et la prière", mais "ils repousseront la vanité du siècle et le faste mondain... remplaçant le voeu de pauvreté par la générosité envers les malheureux et les oeuvres pieuses ; ils observeront la chasteté selon leur état, ainsi que l'abstinence et les jeûnes prescrits par l'Eglise".

 On lira ICI la manière dont Albert Le Roux pratiquait ses engagements. 

X
 Coule

Les bénédictins
 

L’Ordre de saint Benoît plus connu sous le nom des bénédictins, est une fédération de monastères ayant, au cours de leur histoire, adopté la Règle de saint Benoît. Les bénédictins, appelés frères noirs portent généralement une tunique noire serrée par une ceinture en cuir. Leur tête est recouverte par un capuchon de même couleur qui finit en pointe. Il est relié au scapulaire — grand morceau de tissu à l'avant et à l'arrière — qui est porté pour les vœux solennels, lors des offices, et lors des principaux actes de la vie communautaire.

Lors de la liturgie, les moines revêtent une coule aux manches larges.

L'Oblat "s'adjoint à un monastère, il s'y fait inscrire ... les noms des oblats sont consignés sur les registres du monastère afin que les religieux de ce lieu se souviennent plus facilement d'eux devant le Seigneur". Voilà une caractéristique importante : au lieu de constituer comme les tertiaires d'une association générale, "un troisème ordre" avec sa règle propre, ses supérieurs particuliers, les oblats se rattachent directement à un monastère, dont ils constituent la famille extérieure ; c'est le Père Abbé qui reçoit leur oblature et qui veille à leur formation "monastique" dans le monde. Admis à participer aux biens spirituels de l'Ordre par l'entremise de l'Abbaye à laquelle ils ont donné leur nom, le Oblats en épousent les intérêts propres et s'inspirent des traditions particulières qui la distinguent des autres monastère dans la grande famille bénédictine ; l'oblat n'est vraiment quelque chose sur le plan monastique qu'à travers "son" monastère : dépendance juridique d'ordre familial qui est un reflet de l'état de vie du moine, son frère.

Il y a là une sorte de "consortium vitae", une union de vie spirituelle dans un même esprit, toute pénétrée de la douceur d'une intimité familiale qui doit, sans doute, rendre plus aisée la pratique des vertus religieuses dans le monde. C'est dans cet esprit que les Papes, et particulièrement Léon XIII, ont gratifié les Oblats de Saint-Benoît de faveurs spirituelles, dont l'indulgence plénière à plusieurs occasions dans les étapes de la vie. (résumé d'après Pax n° 8 - 1951)

Le scapulaire de saint Benoît

Explication des lettres
inscrites sur la médaille

C S P B
Crux Sancti Patris Benedicti
Croix du saint Père Benoît

C S S M L
Crux Sacra Sit Mihi Lux
Que la sainte croix soit ma lumière.

N D S M D
Non Draco Sit Mihi Dux
Que le dragon ne soit pas mon chef.

V R S N S M V - S M Q L I V B
Vade Retro Satana,
Numquam Suade Mihi Vana
Sunt Mala Quae Libas
Ipse Venena Bibas


Retire-toi Satan,
Ne me conseille jamais tes vanités.
Le breuvage que tu verses est le mal,
Bois toi-même tes poisons.

En haut de la médaille,
le mot PAX, Paix.

On trouve parfois IHS
Iesus Hominum Salvator
Jesus Sauveur des Hommes

Extraits de presse

La Semaine Religieuse de Quimper et de Léon du 12 octobre 1894. Monastère de Kerbeneat.        << New  

Le dimanche 30 septembre, c'était la fête à Kerbeneat. La veille sous l'habile direction de M. Larhantec, le sculpteur bien connu de tout le Finistère, avait eu lieu l'érection d'une statue de saint Benoît, patriarche des moines d'Occident et patron du monastère de Kerbeneat. Cette statue en fonte, de 2 mètres de haut, aux couleurs naturelles, sortie des ateliers de M. Froc-Robert, de Paris, repose sur un piédestral en granit, de 3 mètres d'élévation, construit d'après le plan de M. l'abbé Abgrall, architecte ; le tout du meilleur goût et d'un fort bel effet. Le monument, d'une hauteur totale de 5 mètres, s'élève à l'entrée de la propriété, tout près de la route et en dehors de la clôture régulière, ce qui le rend accessible à tous, en tout temps.

"Faut-il regretter qu'il s'agisse d'une statue de fonte venue de Paris et que le sculpteur breton bien connu Larc'hantec se soit vu confié simplement le soin de la mise en place du piédestral de granit exécuté d'après les plans de l'abbé Abgrall ?", s'étonne la revue Pax n° 17 de 1954.

Ma réponse est : "Oui, bien sûr".

Le lendemain dimanche, après les Vêpres, les moines quittent leurs stalles et, au chant de l'hymne à saint Benoît, se rendent processionnellement à la nouvelle statue, suivis des nombreux fidèles accourus spontanément à cette fête de la solitude ; la petite paroisse de Lanneuffret, sous la conduite de son pasteur, était venue toute entière se grouper autour du monument et doubler la pieuse assistance. Arrivée au pied de la statue, la procession s'arrête et prend place autour du piédestal. Avant de procéder à la bénédiction solennelle, le Révérendissime Père Dom Etienne Denis, Abbé de la Pierre-qui-Vire et visiteur de la Province française, prend la parole et, dans une chaude et pénétrante allocution toute de circonstance, où le coeur surtout parlait, en développant avec une éloquence profondément religieuse et une rare facilité d'élocution les deux premiers mots de la règle bénédictine ausculta, ô fili, nous a montré les multiples raisons d'une statue élevée en l'honneur de saint Benoît, sur un sol désormais le sien, aux pieds de laquelle tous, sans exception, pourront venir chercher, avec confiance, soulagement et consolation dans les maux du corps et de l'âme ; conseil, exemple et protection paternelle dans toutes les difficultés de la vie ; aide, courage et assistance pour le grand voyage de l'éternité.

Après la cérémonie liturgique de la bénédiction, l'invocation trois fois répétée, "Sancte Pater Benedicte, ora pro nobis", la procession rentre à l'église, au chant du Magnificat, répété en choeur par les voix fraîches des jeunes oblats de Saint-Benoît, s'harmonisant dans un touchant concert avec les voix graves des moines et des pieux fidèles heureux, eux aussi, de prendre part à cette fête monastique et religieuse.

La simplicité à la fois austère et solennelle de cette pieuse journée a gravé, dans tous les coeurs, des impressions profondes et durables, que ravivera désormais sans cesse la vue du magnifique monument élevé à la gloire du grand saint Benoît, père de nombreuses familles monastiques, jadis si répandues sur notre terre de Bretagne et que représentent seules, aujourd'hui, dans le diocèse de Quimper, les deux maisons religieuses de Kerbeneat et du Calvaire de Landerneau.

Rappelons que saint Benoît fut, sur la terre, l'un des plus parfaits bienfaiteurs de l'humanité ; que ses disciples ont été, pendant de longs siècles, les apôtres infatigables de la foi évangélique qu'ils ont burinée dans le coeur de nos pères, qu'ils ont été les premiers défricheurs de nos landes bretonnes, jusqu'alors stériles et devenues, grâce à leurs persévérants travaux et à leurs sueurs, une terre bénie et privilégée, dont l'abondante fertilité doit provoquer la reconnaisance de tout coeur chrétien et breton. Un témoin.

La Semaine Religieuse de Quimper et de Léon du 30 avril 1897. Nécrologie. Le R.P. Arsène Picart.

Pour la première fois depuis 1877, époque de sa fondation, le monastère bénédictin de Kerbeneat vient d'être visité par la mort. ... (voir l'article de L'Étoile de la mer du 01/05/1897, plus haut)

La Semaine Religieuse de Quimper et de Léon du 26 août 1898. Le Révérendissime Père Léandre, O. S. B.        << New  

Nous sommes heureux d'annoncer que le R. P. Léandre, prieur du monastère de Kerbénéat, tout en continuant à remplir cette fonction, vient d'être nommé Visiteur de son ordre. Cette charge lui donne le titre et les prérogatives d'Abbé, dont il portera désormais les insignes : la crosse et la mitre.

En apprenant la haute distinction dont l'excellent religieux a été l'objet, Mgr l'Evêque s'est fait une joie d'aller lui offrir ses félicitations. Nous adressons également au Révérendissime Père Léandre nos respectueux hommages avec l'expression de la sympathie du clergé diocésain pour le monastère de Kerbénéat. Fondée par Mgr Nouvel, de sainte mémoire, cette maison, après de modestes débuts, prend, chaque jour, une importance dont nous nous réjouissons doublement, puisque notre pays doit en bénéficier tout d'abord.

La Semaine Religieuse de Quimper et de Léon du 4 mai 1900. Rentrée des Bénédictins en Bretagne. Kerbeneat et Plouharnel        << New  

Nous empruntons l'intéressant article qui suit à la Semaine religieuse de Rennes.

De tous les Ordres religieux, celui qui a rendu le plus de services à la Bretagne durant les longs siècles du Moyen-Age est, sans contredit, l'ordre de Saint-Benoît. Au moment de la grande Révolution, les Bénédictins possédaient chez nous, outre un nombre très considérable de prieurés, quinze abbayes, dont treize d'hommes et deux de femmes. Tous ces antiques et vénérables monastères disparurent dans la tourmente révolutionnaire.

Au milieu des tristesses religieuses de l'époque contemporaine, c'est une consolation pour les coeurs chrétiens de pouvoir saluer le retour des fils de saint Benoît sur notre vieux sol breton.

Leur premier établissement, de nos jours, date de quelques années déjà. Ce fut en 1877 que Mgr Nouvel, évêque de Quimper, de si vénérable mémoire, religieux bénédictin lui-même de l'abbaye de la Pierre-qui-Vire, fonda dans son diocèse le monastère du Sacré-Coeur de Kerbeneat.

Grâce au concours empressé de Mme Rodellec du Porzic, qui céda aux religieux de saint Benoît sa ferme de Ker-ar-C'héré, voisine du manoir de Kerantraoñ qu'elle habitait, le nouveau couvent put être occupé par les moines dès 1878. Mais la construction de la chapelle, commencée l'année suivante, fut arrêtée à la suite des décrets d'expulsion en 1880 et ne fut achevée qu'en 1889. Les supérieurs de l'Ordre érigèrent Kerbeneat en prieuré en 1892.

Ce monastère est pittoresquement posé dans une fraîche vallée des environs de Landerneau ; le ruisseau qui l'arrose sépare la paroisse de plouneventer, renfermant Kerbeneat, de celle de Laneuffret, où se trouve le manoir de Kerantraon, propriété au XVIè siècle du vaillant chevalier Jacques Le Voyer, baron de Trégomar. Les bâtiments claustraux ne sont pas encore terminés, quoiqu'une cinquantaine de religieux, tant profès que novices, y soient déjà rassemblés aujourd'hui. Construit un peu trop selon les nécessités du moment, l'édifice prioral laisse à désirer sous le rapport de l'architecture ; néanmoins l'église ou chapelle conventuelle est un joli sanctuaire de style roman.

C'est à la charmante station de La Roche-Maurice, entre Landivisiau et Landerneau, qu'il faut quitter la voie ferrée pour visiter, en plein pays breton bretonnant, le monastère de Kerbeneat. [...] Nous venons de voir le Sacré-Coeur de Kerbeneat, dans toute la fraîcheur d'un délicieux vallon qu'ombragent de grands chênes. Tout autre est l'aspect que présentent les prieurés de Plouharnel. [... ...]     L'abbé Guillotin de Corson, chan. hon.

La Dépêche de Brest du 13 décembre 1902. La loi sur les associations. Les congrégations d'hommes dans le Finistère. Parmi les congrégations d'hommes qui ont fait des demandes d'autorisations, demandes pour lesquelles le gouvernement a formulé un avis défavorable, il en est quatre qui ont des établissements dans le Finistère. Ce sont d'abord ... ... et enfin les Bénédictins du Sacré-Coeur, dits de la Pierre qui vire, qui ont un établissement à Kerbeneat, en Plouneventer.

La Semaine Religieuse de Quimper et de Léon du 14 septembre 1900. Bénédiction d'une cloche. On nous écrit :        << New 27/12/2023  

"Jeudi 30 août, les Bénédictins de Kerbénéat célébraient, entourés d'un petit nombre d'invités et de fidèles, la bénédiction d'une cloche. Depuis 25 ans environ qu'ils sont établis dans leur charmante solitude, ils étaient privés de cet indispensable instrument d'appel aux services et à la prière. Ils en sentaient plus vivement l'absence à mesure que leur communauté se développait, lorsqu'un bienfaiteur généreux a comblé leurs désirs en leur faisant don de la cloche qui vient d'être bénite.

Pour des raisons de convenance, la cérémonie avait été fixée en dehors des offices, à 11 heures du matin. Préalablement, un échafaudage recouvert de verdure, d'étoffe et de dentelle avait été dressé dans l'église, à l'entrée du choeur. La cloche y était suspendue, à 1,50 m. environ du sol, pour faciliter l'accomplissement des rites liturgiques. Une aube, en guipure de prix, l'habillait entièrement et laissait à peine briller à travers ses mailles les reflets d'or pâle de l'airain.

A l'heure marquée, tandis que l'assistance se masse dans la nef, le parrain et donateur, M. Albert Le Roux de Brézal, et la marraine, Mlle Félicie de Rodellec du Portzic, prennent place aux fauteuils qui leur sont réservés, à gauche et à droite, près de deux nouveaux autels qui ferment les extrémités du choeur. De leur côté, les moines s'avancent sur deux lignes dans le sanctuaire et se rangent dans leurs stalles. Peu après, le R. P. Prieur, D. Benoît Gariador, accompagné de deux assistants, comme lui revêtus des ornements sacrés, fait son apparition dans l'église.

Il se dirige aussitôt vers la balustrade, face aux fidèles. C'est de là qu'il adresse à l'assistance une courte allocution, dans laquelle il fait ressortir les différents offices de la cloche. Le R. Père insiste particulièrement sur sa fonction principale qui est de convoquer les fidèles à la prière, d'annoncer les fêtes religieuses et de prendre ainsi, dans son langage symbolique aux sens variés selon les circonstances, une part active à la louange divine :

"Laudo Deum verum, plebem voco, cogrego clerum, defunctos ploro, pestem fugo, festa decoro."

L'allocution terminée, les cérémonies de la bénédiction commencent. Elles sont nombreuses, diverses, magnifiques. Il faut près de trois quarts d'heure pour qu'elles puissent se dérouler dans toute leur solennité.

La cloche reçoit les noms de Marie-Benoîte du Sacré-Coeur, en mémoire du Sacré-Coeur de Jésus, titulaire de l'église ; de la Très sainte-Vierge, co-titulaire sous le vocable de son Coeur très pur, et de saint Benoît, patriarche des moines et patron du R. P. Prieur actuellement en charge. Dans ses épaisses parois (elle pèse 224 kilogrammes) elle porte gravés, avec ses noms, ceux du R. P. Prieur qui l'a bénite, du parrain et de la marraine, ainsi que la date du 30 août 1900. Elle est encore ornée des effigies en relief du sacré-Coeur, de la très Sainte-Vierge, de Saint Joseph et de saint Michel terrassant le démon. Puis viennent la croix, entourée d'anges adorateurs, le sceau de l'Ordre bénédictin : une couronne d'épines, avec au centre, la devise Pax surmontée d'une fleur de lys, un motif représentant un coeur et une croix superposée et portant sur une flamme à sa partie supérieure les mots : Fides Charitas, et en exergue : In hoc signo vinces. Des croix de saint Benoît, parsemées en bordure, complètent la décoration avec la devise empruntée aux Psaumes : Venite adoremus Dominum. Laudate eum in cymbalis benesonantibus.

Mais jusqu'ici la cloche est restée muette et l'on est avide d'entendre le son de sa voix. Au moment prescrit par le cérémonial, on tire le battant et aussitôt l'airain sacré tremble et s'agite. Elle donne le do et frappe sa note avec une douceur qui charme et réjouit.

Mais il n'y a pas de baptême sans dragées. Les parrain et marraine qui savent faire les choses, non contents d'offrir à leurs invités et à leur amis des boîtes du grand faiseur, ont voulu que tous les assistants eussent leur part des douceurs qu'ils ont si abondamment répandues, et une corbeille pleine de ces "eulogies" d'un nouveau genre circule au milieu des rangs des fidèles qui leur font l'honneur de les apprécier.

La cérémonie, nous l'avons insinué plus haut, avait un caractère presque intime. Aussi ne faut-il pas s'étonner de n'y avoir pas rencontré l'affluence qui se presse souvent à ces sortes de fonctions. Cependant, nous devons signaler la présence de M. le Curé de Landivisiau, de M. le recteur de Plounéventer et son vicaire, de Mademoiselle de Kermenguy, de Mademoiselle Augustine Bussonière, du château de Brezal, de Mademoiselle de Grandpont, de plusieurs ecclésiastiques pami lesquels le vice-recteur de Lanneuffret, l'abbé Riou, de Lannilis, enfin plusieurs amis de Kerbeneat, venus de La Roche-Maurice, de Landerneau, etc.

Nous allions omettre un détail qui a son prix. La cloche a été fondue dans les ateliers de M. Ferdinand Farnier, de Robécourt (Vosges), bien connu et apprécié dans le diocèse. C'est relever la valeur de l'oeuvre que de rappeler le mérite de son auteur". (Testis)

Note : La cloche de Kerbeneat rejoindra les deux nouvelles cloches de Landevennec le 7 septembre 1958.

La Semaine Religieuse de Quimper et de Léon du 6 mars 1903. Les Bénédictins de Kerbénéat au Pays de Galles.        << New  

Les journaux ont parlé d'un nouvel établissement que les moines de Kerbénéat dans notre diocèse allaient fonder en Angleterre. La chose est exacte ; mais il ne s'agit pas, comme plusieurs l'ont compris, d'une émigration immédiate et en masse de tous les religieux de l'abbaye : ils ne prendront ce parti que s'ils y sont absolument contraints par la persécution. En réalité, c'est donc une mission nouvelle que les PP. Bénédictins fondent pour l'évangélisalion du Pays de Galles, conformément au désir exprimé, il y a quelques années, par Sa Sainteté Léon XIII.

Plusieurs terrains furent proposés au R. P. Siméon (Kervennic), chargé de négocier l'affaire. Un moment, il parut se décider pour un château situé dans le comté de Monmouth, sur les confins extérieurs du Pays de Galles et du diocèse de Menevia, quand d'autres propositions furent faites par lord Ashburnam. Ce seigneur (catholique) offrait gracieusement sa maison comme demeure provisoire des religieux — dont il demande à être l'hôte, pendant son séjour dans ses domaines, — et 6 acres (environ deux hectares) de terre ; Ia loi anglaise lui défend d'en céder davantage à des étrangers, mais il louera toute l'étendue nécessaire pour l'exploitation agricole que les Pères ont projetée.

La nouvelle fondation bénédictine est définitivement établie à Pembrey-house, dans le comté de Carmathen (Carmarthenshire), tout au Sud du Pays de Galles, sur la baie de Bristol. Les religieux y sont déjà installés au nombre de 8, dont 3 prêtres, 1 sous-diacre et quelques élèves... Nous faisons des voeux pour la prompte prospérité de la jeune et vaillante "colonie", en exprimant l'espoir de conserver à Kerbénéat, la "ruche-mère", les dignes religieux qui font l'édificaliou du pays et sont les auxiliaires aussi utiles que dévoués du clergé paroissial.

La Semaine Religieuse de Quimper et de Léon du 1er mai 1903. PLOUNÉVENTER. — Les scellés à l'abbaye de Kerbénéat.

Le monastère de Kerbénéat, fondé par Mgr Nouvel de sainte mémoire, est aujourd'hui désert : les religieux Bénédictins, frappés par la funeste loi d'ostracisme que l'on sait, ont dû se disperser. Quelques-uns vont à Jérusalem, où la Congrégation dirige une oeuvre de fondation récente et subventionnée - contradiction étrange — par le gouvernement francais ; la plupart sont déjà rendus en Angleterre, dans la résidence dont nous avons parlé (Semaine religieuse du 6 Mars 1903), à Pembrey-House (Carmarthenshire), au Sud du Pays de Galles. Avant de les rejoindre, le Révérendissime Père Abbé, Dom Bouchard, est resté avec deux religieux pour attendre les expulseurs.

Le délai de 15 jours accordé expirait le 24 Avril. Ce jour-là, au matin, le Conseil municipal de Plounéventer, maire en tête, se rendit à l'abbaye pour exprimer, une fois encore, aux persécutés ia vénération, "la reconnaissance et les regrets de la population. Après trois jours d'attente, lundi 27, le Juge de paix de Landivisiau s'est présenté et, en présence du Père Abbé qui prolestait énergiquement contre la violation de son droit de propriété, apposa les scellés sur toutes les portes extérieures de la chapelle, des cellules et les couloirs. Au dehors, on entendait gronder la colère des habitants de la région, qui depuis trois jours montaient la garde autour de l'abbaye ; et, pour contenir la foule indignée, il a fallu toute l'autorité des religieux prêchant le calme et laissant entrevoir l'espérance de leur prompt retour.

Les sentiments de la chrétienne population de Plounéventer et des paroisses circonvoisines seront partagés par les fidèles du diocèse tout entier. Nous savons être ici l'interprète de tous et spécialement de nos confrères du clergé paroissial, en adressant aux nobles exilés nos plus fraternelles sympathies ; nous les accompagnons de notre souvenir reconnaissant, de nos prières, de nos voeux et de notre invincible espérance ; nous ne leur disons pas adieu mais au revoir.

La Dépêche de Brest du 20 mai 1903. Naufrage du "Saint-Joseph". Perte du matériel et du mobilier des Bénédictins de Kerbénéat. L'équipage du voilier est sauvé. Morlaix, 19 mai. Mme Lequellec, femme du capitaine du voilier Saint-Joseph, de Morlaix, a reçu un télégramme de Falmouth, signé du capitaine Lequellec, annonçant que le navire est perdu, mais que l'équipage est sauvé. Ce navire était parti de Morlaix le 15 courant à destination de Llannely (Angleterre) et avait à son bord tout le mobilier et le matériel de la fromagerie des Pères Bénédictins de Kerbénéat, près de La Roche (Finistère), qui vont s'établir au pays de Galles. L'équipage est sauvé. Les causes de ce naufrage sont encore inconnues. Le navire n'était pas assuré.

L'Ouest-Eclair du 21 mai 1903. Le naufragés du "Saint-Joseph". Cherbourg, 20 mai. Un paquebot anglais a rapatrié aujourd'hui l'équipage de la goélette Saint-Joseph sombrée en Manche en allant de Morlaix à Llanely, avec du matériel pour les moines de Kerbénéat.

Feiz-ha-Breiz - Gouere-Eost 1903 : ... an traou zo bed gueleded er mor, o veza m'oa coz ha fall ar vag Sant-Joseph, ag he doa gouscoude en e diou veach kenta cassed deomp disclabez beteg Llanelly ar pez a ioa bed carged ennhi (Tad Corentin Ar Guen).

La Semaine Religieuse de Quimper et de Léon du 12 juin 1903. PLOUGASTEL-DAOULAS. — Départ de Religieux.        << New  

Jeudi 4 Juin, le bateau à vapeur faisant le service entre Plougastel et Plymouth, pour l'exportation des fraises, recevait au nombre des passagers huit novices de l'abbaye de Kerbénéat, conduits par le R. P. Maurice, qui se rendaient dans le pays de Galles, afin de jouir de la liberté individuelle qui leur est refusée en France, après la perte des libertés publiques.

Un certain nombre de personnes du bourg et des villages de Plougastel étaient venues témoigner aux nobles proscrits leur sympathie, et des cris enthousiastes et répétés ont été poussés par les assistants : "Vivent les Pères ! Vive la liberté !" On sentait que ces acclamations jaillissaient du plus profond des coeurs bretons et exprimaient la tristesse de tous en face de cette nouvelle violation du droit et de la justice. Puissent des jours meilleurs luire bientôt pour notre pauvre France et ramener parmi nous les exilés que l'on chasse au nom de la liberté ! Un témoin.

La Semaine Religieuse de Quimper et de Léon du 18 décembre 1903. BREST. Mort d'un "expulsé" de Kerbénéat.

Nous recommandons aux prières de nos lecteurs l'âme d'un vétéran de la vie religieuse, bien connu dans le diocèse sous le nom de frère Maur qui vient de s'éteindre tout doucement, à l'âge de 82 ans, dans l'établissement des Petites Soeurs des Pauvres à Brest.

Né à Nuits-sur-Armançon, au diocèse de Sens, le 29 juillet 1821, Pierre Edme Delalevé (nom de famille du bon Frère) se sentit attiré de bonne heure vers la vie religieuse et suivit le R. P. Muard à Pontigny, puis à la Pierre-qui-Vire dont le monastère fut construit, en grande partie, sous sa direction. En 1877, lorsque Monseigneur Dom Anselme Nouvel voulut doter son diocèse d'une maison de son ordre, le frère Maur fut envoyé par ses supérieurs pour diriger les travaux de l'abbaye de Kerbénéat. C'est dans cette abbaye, hélas ! aujourd'hui déserte, qu'il a passé depuis une grande partie de son temps, édifiant par sa piété et sa vie pénitente tous ceux qui le voyaient.

Contraints, comme on le sait, de prendre le chemin de l'exil, les religieux de Kerbénéat durent, à leur grand regret, laisser derrière eux leur doyen d'âge, et le confièrent aux soins des Petites Soeurs des Pauvres, de Brest.

C'est dans cet asile de la pauvreté que Dieu a pris, le vendredi 4 courant, son bon et fidèle serviteur après 56 années passées dans l'ordre de Saint-Benoit... Puissent les prières de ce saint religieux qui, sans doute, a déjà reçu sa récompense, obtenir du ciel que ses frères reviennent bientôt prendre possession d'un monastère qu'il a tant contribué à édifier.

La Dépêche de Brest du 12 octobre 1904. Kerbeneat. Installation d'une fromagerie. On se rappelle que les Pères Bénédictins furent explusés du couvent situé à Kerbeneat. Actuellement, un industriel de Nantes, M. F..., y fait effectuer des transformations pour installer une grande fromagerie. (Remarque personnelle : cet industriel était, bien sûr, Emmanuel Fretaud).

La Semaine Religieuse de Quimper et de Léon du 28 avril 1905. Nécrologie. DOM CORENTIN LE GUEN, Bénédictin.        << New  

Nous recommandons aux prières de nos lecteurs un religieux né et bien connu dans notre diocése, le R. "Père Corentin", de l'ordre de Saint-Benoît, dont nous venons d'apprendre la mort. "Cette mort, nous écrit-on, annoncée par télégramme, a dû être très rapide ; car on n'avait rien su de la maladie."

M. Le Guen (Jean-Louis), né à Plouvorn le 11 Mars 1844, ordonné prêtre le 9 Août 1868, fut vicaire à Scaër (18 Août 1868), puis à Cléden-Poher (2 Août 1873). Entré au noviciat des Bénédictins de la Pierre-qui-Vire au mois d'Août 1874, il fut, quelques années après, un des premiers moines dn couvent de Kerbénéat qui venait d'être fondé, ll y a passé plus de 20 ans, trés employé dans les missions du diocèse et dans les oeuvres bretonnes de l'extérieur. Quand le monastère de Kerbénéat fut fermé, le P. Corentin resta dans le pays, où il continua, quelque temps encore, à rédiger la revue Feiz ha Breiz, à la fondation de laquelle il avait contribué plus que tout autre... Depuis le mois de Février dernier, il avait rejoint ses frères sur la terre d'exil, au monastère de Glyn-Abbey (Pays de Galles) où il vient de mourir, le 24 Avril courant, à l'âge de 61 ans. R. I. P.

La Semaine Religieuse de Quimper et de Léon du 5 mai 1905. La mort du R. Père Corentin.        << New  

Nous ayons annoncé, dans notre dernier numéro, la mort, en Angleterre, du R. Père Corentin Le Guen, Bénédictin. En publiant aujourd'hui les détails de sa fin tragique, qu'on nous a communiqués depuis, nous recommandons de nouveau le défunt aux prières de tous ceux qui l'ont connu et, en particulier, des nombreux amis qu'il comptait dans notre diocèse.

" Le P. Corentin avait passé toute la Semaine Sainte au monastère de Glyn-Abbey dans le plus grand recueillement, édifiant toute la communauté. Le Samedi Saint, il fut envové dans la ville de Swansea, chez le R. P. Curé de St-David qu'il devait aider à célébrer la fête de Pâques. Tout se passa très bien la journée du dimanche, et le Père se coucha vers dix heures du soir, en parfaite santé. Le lendemain, il devait dire la messe de 7 h. 1/2 et repartir pour Glyn-Abbey. Mais, l'heure venue, le vicaire de la paroisse ne le voyant pas descendre, monta dans sa chambre dont il ouvrit la porte. Aussitôt une très forte odeur de gaz s'échappa de l'appartement. Le vicaire, se doutant d'un malheur, se hâta de donner de l'air à la chambre et se précipita vers le Père qui était couché sur le côté gauche, les yeux et la bouche à moitié ouverts, mais ne donnant plus signe de vie. On appela à la hâte le médecin qui ne put que constater la mort. On suppose que le P. Corentin aura allumé le gaz la nuit et, après l'avoir éteint, aura laissé le robinet à moitié ouvert. Selon une formalité de la loi anglaise, un jury composé de 12 membres vint faire une enquête pour constater le décès et le genre de mort.

" Les obsèques eurent lieu le mercredi 26 Avril, à 9 h. 1/2, devant une assistance assez nombreuse, composée de catholiques et d'une députation des Soeurs françaises du diocèse de Poitiers, établies à Swansea. Le R. P. Abbé, Dom Bouchard, accompagné des RR. PP. Siméon et Maurice, anciens habitants de Kerbénéat, conduisit le cher défunt à sa dernière demeure, au cimetière catholique, où il repose, tout près du caveau des religieuses françaises." R. I. P.

La Dépêche de Brest du 18 mai 1905. Etude de Me Ernest Croissant, docteur en droit, avoué à Morlaix, place Cornic, 25, commis d'office. VENTE le jeudi 25 mai au tribunal civil de Morlaix

La Dépêche de Brest du 27 mai 1905. Morlaix. Mise en vente du monastère de Kerbeneat. Hier a eu lieu, au tribunal, la mise en vente, sur enchère publique, du monastère de Kerbeneat. La mise à prix était de 12.000 francs. Me Belz, avoué à Morlaix, a poussé une enchère de 26.000 fr. pour le compte de Mme Radanne, rue des Vieilles Murailles, à Morlaix. On s'attend à une nouvelle surenchère. Le monastère de Kerbeneat, qui était autrefois la propriété de Kerandraon, aurait été vendu, il y a une vingtaine d'année, aux Bénédictins, par Mlle de Rodellec, de Saint-Pol de Léon, pour la somme de 100.000 francs.

La Dépêche de Brest du 28 mai 1905. Morlaix. Mise en vente du monastère de Kerbeneat. Nous avons annoncé hier la mise en vente, sur enchère publique, du monastère de Kerbeneat. Nous avons ajouté que le monqtère de Kerbeneat, qui était autrefois la propriété de Kerandraon, aurait été vendu, il y a une vingtaine d'années, aux Bénédictins, par Mlle de Rodellec, de Saint-Pol de Léon, pour la somme de 100.000 francs. C'est 10.000 francs qu'il fallait lire.

Ouest-Eclair du 29 mai 1905. Morlaix. Le monastère de Kerbeneat. Vendredi a eu lieu, au tribunal, la mise en vente, sur enchère publique, du monastère de Kerbénéat. La mise à prix était de 12 000 fr. Me Belz, avoué Morlaix, a poussé une enchère de 26.000 fr. pour le compte de Mme Radanne, rue des Vieilles Murailles, à Morlaix. On s'attend une nouvelle surenchère. Le monastère de Kerbénéat, qui était autrefois la propriété de Kerandraon, avrait été vendu, il y a une vingtaine d'années, aux Bénédictins par Mlle de Rodellec de Saint Pol de Léon, pour la somme de 10.000 fr.

La Dépêche de Brest du 4 juin 1905. Morlaix. Le monastère de Kerbeneat. Le délai de huit jours étant expiré sans qu'aucune surenchère à la vente de la propriété des Bénédictins n'ait été faite, le monastère est définitivement acquis à Mme Radanne, professeur de piano à Morlaix.

La semaine religieuse de Quimper et de Léon du 9 juin 1905. Plouneventer. Vente d'un couvent. On annonce que le monastère de Kerbeneat, enlevé contre toute justice aux Religieux Bénédictins, vient d'être adlugé à une personne habitant Morlaix, pour la somme de 26.000 francs. Le prix est dérisoire, si l'on considère ce qu'ont coûté les consructions seules ; mais c'est encore trop cher, si l'on pense à la situation que se créent les acquéreurs - directs ou sous-acquéreurs - des biens ecclésiastiques ou religieux : il sont vis-à-vis de l'Etat légalement propriétaires, mais ils ne seront pas, en conscience, légitimes propriétaires et ils demeurent dans l'obligation perpétuelle de restituer. De plus, ils encourent l'excommunication spécialement réservée au Pape, c'est-à-dire dont seul le Pape peut les relever.

Il est utile de rappeler aujourd'hui ces peines canoniques édictées par le concile de Trente, renouvelées par la Constitution Apostolicae Sedis, et confirmées par de récents décrets des Congrégations romaines.

La Dépêche de Brest du 12 septembre 1905. La chasse est réservée sur les terres de Kerbeneat en Plouneventer. On demande deux chiens de garde, jeunes et bien dressés, danois de préférence, à Kerbeneat.

Ouest-Eclair du 12 mars 1906. Morlaix. Un procès. Le tribunal civil de Brest s'est occupé, dans une de ses dernières audiences, d'un procès très intéressant, intenté par Mme X... professeur de musique, au journal l'Echo Paroissial, de Brest. Le 4 juin dernier, ce journal avait publié un article dans lequel il rappelait que les acquéreurs des biens religieux étaient frappés d'excommunication, et il faisait savoir que Mme X... venait d'acheter l'ancienne abbaye de Kerbénéat, commune de Plounéventer. A la suite de celle excommunication, Mme X... soutient-elle, perdit ses élèves qui appartenaient à la bourgeoisie. Me Bodet a, un nom de sa cliente, demandé la condamnation de l'Echo Paroissial à 10.000 francs de dommages-intérêts. Me Le Guen, ancien sénateur du Finistère, a plaidé pour l'Echo Paroissial. Le tribunal a mis l'affaire en délibéré.

La Dépêche de Brest du 12 septembre 1906. A vendre les matériaux constituant la chapelle et partie du monastère de Kerbeneat. Chasse à louer.

La Dépêche de Brest du 10 août 1909. Ravissante charrette basse, 2 roues, très légère, 4 places, carrosserie de luxe, chêne Hongrie verni deux tons, montée à vis, essieu patent, frein levier, tous accessoires parfait état neuf. Prix avantageux. Chasse à louer Mme Radanne, Kerbeneat en Plouneventer.

La Dépêche de Brest du 26 décembre 1909. Magnifique chiotte, berger policier, sujet expos., 40 fr. une autre moins belle, excell. sujet, 25 fr., adulte mâle 150 fr. Santé, orig. dress. garantis. Kerbeneat. Plouneventer.

La Dépêche de Brest du 14 janvier 1910. A vendre à Kerbeneat. 500 kg de pommes à cidre saines. Chiots bergers brie et allemands. S'adresser à M. E. Radanne, Kerbeneat en Plouneventer.

La semaine religieuse de Quimper et de Léon du 10 avril 1914. Vente de biens congréganistes. Les journaux annoncent que le monastère de Kerbeneat, avec ses dépendances, va être de nouveau mis en vente, le 15 avril. Les Religieux Bénédictins nous prient de rappeler que ce bien n'a pas cessé de leur apppartenir. Malgré l'injuste spoliation dont ils ont été victimes, et une première vente, qui l'a fait passer en d'autre mains, il en sont toujours les seuls propiétaires légitimes. Quiconque sans leur autorisation expresse, se porterait acquéreur de ce bien, commettrait une grave injustice, et encourrait l'excommunication résevée au Souverain Pontife, avec toutes les conséquences qu'elle entraîne.

Cet avis devra être publié du haut de la chaire, dans toutes les paroisses des Archiprêtrés de Brest, Morlaix et de Saint-Pol-de-Léon.

Ouest-Eclair du 11 avril 1914. Etude de Me Le Gac, notaire à Plestin-les-Grèves (C. du N.) A VENDRE par adjudication en l'étude le 15 avril, à 2 heures l'ancien monastère de Kerbeneat et ses dépendances, situé en la commune de Plouneventer (Finistère). Mise à prix : 36.000 francs. Conviendrait à toutes industries. Consultez les affiches. Pour renseignements, s'adresser au notaire.

Ouest-Eclair du 5 mars 1915. Brest. Transferement de prisonniers allemands civils. La semaine dernière, deux convois de prisonniers civils allemands détenus à Lanveoc et à l'Île Longue ont été conduits au camp provisoirement installé au village de Kerbeneat, commune de Lanneuffret, à proximité de La Roche-Maurice et de la ville de Landerneau. Ces deux convois comprenaient chacun environ 160 personnes. Des ouvriers militaires ont été envoyés à l'Île Longue pour y effectuer certains travaux. Des prisonniers s'y trouvent du reste encore.

La Dépêche de Brest du 5 août 1915. Morlaix. Un indésirable, Isidore Kommanter, 52 ans, sujet allemand, évadé du dépôt de Kerbeneat en Plouneventer, a été arrêté par la police. La gendarmerie l'a conduit à Brest pour être interné au fort de Crozon. Kommanter est retraité de la légion étrangère, corps où il a servi quinze ans.

La Dépêche de Brest du 6 février 1916. Evasion de deux austro-allemands. Deux prisonniers austro-allemands se sont évadés avant-hier soir, vers cinq heures, du camp de Kerbeneat. Leur signalement a été donné à toutes les brigades de gendarmerie. Ce sont :
Holbert Carl, sujet autrichien : 1,70 m. environ, 47 ans, forte moustache, constitution robuste, myope, porte binocles, quelquefois des verres bleus ; vêtu d'un complet et d'un pardessus noir ; coiffure probable un melon noir ; chaussures noires à lacets.
Charles Dauner, sujet allemand : 50 ans ; barbe en pointe, roux grisonnant, taille 1,65 m. environ, vêtu d'un complet gris foncé et d'une casquette foncée.

La Dépêche de Brest du 9 février 1916. Arrestation de deux évadés de Kerbeneat. Nous apprenons que Charles Hollerl, sujet autrichien, et Charles Danner, sujet allemand, qui s'étaient évadés le 4 courant du dépôt de Kerbeneat, près de Landerneau, ont été arrêtés à Morez (Jura). Ils seront probablement dirigés sur le dépôt spécial de l'île de groix.

La Dépêche de Brest du 11 février 1916. Brest. Echange d'otages. Onze prisonniers civils allemands, infirmes ou malades, venus du camp de l'Ile Longue, ont pris le train hier soir, à 17 h. 26, à destination de Genève. Trente autres prisonniers, détenus au camp de Kerbeneat, les ont rejoints à Landerneau. Ils seront échangés contre des otages français détenus en Allemagne.

La Dépêche de Brest du 12 février 1916. Kerbeneat. Lors de l'évasion des deux internés de Kerbeneat, une enquête avait été faite par M. le préfet du Finistère. Au cours de celle-ci, un interné se laissa aller à menacer le représentant du gouvernement. Appréhendé aussitôt, il fut incarcéré et conduit le lendemain par quatre hommes, baïonnette au canon, à la gare de La Roche, pour être traduit en conseil de guerre.

La Dépêche de Brest du 24 février 1919. Plouneventer. L'ancien cloître de Kerbeneat est inoccupé depuis le départ des prisonniers boches, en 1918. Sachant qu'aucune surveillance n'est exercée, deux jeunes filles de 20 ans, accompagnées de deux fillettes de 10 et 12 ans et de quatre garçons de 9 à 13 ans, ont fait main basse sur les pots de fleurs qui ornaient le cloître. La gendarmerie a ouvert une enquête.

La Dépêche de Brest du 25 juin 1920. Décès de Hervé Kerbaul, gardien de Kerbeneat.

La Dépêche de Brest du 8 août 1927. Abus de confiance. Le 23 juin dernier, le supérieur du monastère de Kerbénéat, en Plouneventer, recevait une lettre de Lannion, d'un sieur Le Béléguic, qui demandait à venir faire une retraite à l'établissement. Il lui fut répondu qu'il serait accueilli, et une huitaine de jours après, un homme se présentait au monastère disant se nommer Le Béléguic, et être ex-capitaine de l'armée canadienne. Agé de 35 à 40 ans, il était amputé de la jambe droite et portait une jambe articulée.

Au bout de huit jours, l'ex-capitaine demandait à prolonger son séjour et à rester jusqu'à la fin du mois de juillet. Enfin son départ fut fixé au 31 juillet, dans la soirée. Mais, dans la matinée, notre ex-capitaine se rendait à la gare de La Roche pour y faire enregistrer ses bagages et prenait le train sans régler sa note s'élevant à 600 francs. Plainte a été portée contre lui, et une enquête est ouverte par la gendarmerie. Il résulte d'ailleurs des renseignements reccueillis que Le Béléguic est déjà recherché pour le même fait, pratiqué dans un monastère de l'Yonne.

La semaine religieuse de Quimper et de Léon du 19 octobre 1928. Le jubilé de Kerbeneat.(vue 294)

La semaine religieuse de Quimper et de Léon du 15 février 1935 (vue39). Saint-Pol-de-Léon. Audition grégorienne. Les amis du chant grégorien qui on eut lundi la bonne fortune d'assister à la séance organisée par l'abbé Mingant, le jeune et distingué vicaire de notre cathédrale, ont entendu vibrer une âme. Le grégorianiste aimable et distingué qu'est le R. P. Louis-Félix Colliot, ancien vicaire à Landerneau, aujourd'hui moine à l'abbaye bénédictine de Kerbeneat, a su nous convaincre que l'excellence du chant grégorien lui vient avant tout de ce qu'il est "une prière, une belle prière". ....

La semaine religieuse de Quimper et de Léon du 5 juin 1936. Landivisiau. La Mission. ... Sept moines de Kerbénéat, avec le P. Colliot comme chef de choeur, ont bien voulu prêter leur concours à l'interprétation des chants liturgiques qui furent exécutés à la perfection.

La Semaine Religieuse de Quimper et de Léon du 13 août 1937. Journée des directeurs et directrices de scholae, jeudi 23 septembre à Kerbeneat. - ... En voici le programme :
9 h. 30 : Etude pratique, sous la direction de Dom Colliot, des chants (Kyrie XI ; Introit : Statuit ; Alleluia : Tu es sacerdos), qui seront exécutés à la messe qui suivra, ainsi qu'à la journée diocésaine du 5 mai. Leçon de chironomie utile pour la bonne direction d'une schola. ... Les commentaires et les conseils d'exécution donnés par Dom Colliot seront polycopiés et serviront ensuite aux directeurs pour les répétitions de leurs scholae.
10 h. 30 : Grand'messe solennelle. ....
13 h. 30 : La psalmodie : conseils et démonstration par la schola des moines.
14 h. 15 : Causerie ... etc

La Semaine Religieuse de Quimper et de Léon du 12 octobre 1945. Comment l'on fait un Abbé.        << New  

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Au moment où les moines de Kerbénéat viennent de procéder à l'élection d'un Abbé, nous croyons utile de mettre sous les yeux de nos lecteurs ces lignes parues dans le Bulletin de l'abbaye d'Hautecombe en novembre 1943.

ACTES PRELIMINAIRES. - C'est au Rme P. Abbé de Solesmes, supérieur général de la Congrégation Bénédictine de France, qu'il appartient de présider les élections de nos abbés 1. A ce titre, il doit tout d'abord convoquer le Chapitre d'Election, c'est-à-dire porter officiellement à la connaissance des électeurs la date exacte de l'assemblée. Le défaut de convocation officielle pourrait avoir de graves conséquences, allant dans certains cas jusqu'à l'annulation du vote. Les électeurs sont tous des profès ayant prononcés les voeux solennels, à moins qu'ils ne soient exclus pour des raisons particulières. Les absents ont le droit de donner procuration à l'un de leurs confrères pour voter à leur place ; ce procureur jouira ainsi de deux suffrages.

Au jour dit, tous se réunissent dans la Salle capitulaire, et en premier lieu un lecteur chante le chapitre de Eligendo Abbate de la Sainte Règle, où saint Benoît explique à ses enfants dans quelles dispositions ils doivent choisir leur Supérieur. Le Président insiste lui aussi sur le même sujet et sur l'obligation de garder le secret du vote.

Placés ainsi en face de leurs responsabilités, les électeurs sentent en ce moment tout le besoin qu'ils ont des secours d'en Haut. Certes, on a prié au monastère et au dehors pour obtenir du Seigneur que l'élection procure sa gloire ; pourtant, à l'instant même de prendre les décisions irrévocables qui vont lier, peut-être pour de longues années, l'avenir de leur Communauté, tous invoquent en choeur l'Esprit-Saint, Notre-Dame, le Patriarche, saint Benoît...

Alors commence la partie juridique de la séance. Aussitôt le Président nomme un secrétaire, dont le rôle sera de constater par écrit l'accomplissement de toutes les formes requises.

Vient ensuite l'appel, ou vérification officielle des pouvoirs de chaque électeur et des procureurs qui ont reçu mandat de voter pour les absents.

Puis, minute émouvante, chacun d'eux, l'un après l'autre, vient au milieu de la salle jurer sur l'Evangile de voter selon sa conscience.

C'est maintenant la désignation, au vote secret, de deux scrutateurs. A la suite du Président, ils prêtent le serment spécial d'accomplir honnêtement leurs délicates fonctions et de garder le secret à leur sujet.

LES SCRUTINS. - On peut dès lors commencer à voter. Le secrétaire prépare tout, distribue les bulletins. Puis, chacun, à l'appel de son nom, va déposer son suffrage dans l'urne placée sur une table au milieu de la salle. Aussitôt après, les scrutateurs prennent place auprès de la table et procèdent, avec un soin minutieux, au dépouillement.

Celui-ci achevé, le président s'approche aussi, contrôle la régularité de l'opération, et, retournant à son siège présidentiel, il proclame le résultat du scrutin.

Les premiers tours sont rarement décisifs. En effet, on l'a vu, chaque participant a prêté serment de voter selon sa conscience, et la loi ecclésiastique interdit toute "campagne électorale" ; d'autre part, un moine n'est élu que si les deux tiers des suffrages se sont réunis sur son nom. Il est donc facile de comprendre que les deux ou trois premiers scrutins n'auront d'ordinaire pour effet que de faire apparaître ce que l'on pourrait appeler la physionomie de l'élection. Il ne faudrait pas cependant que les votes inefficaces puissent se prolonger trop longtemps ; aussi, dans le cas où les électeurs n'auraient pas réussi à s'entendre dans le délai d'un mois, le droit de nomination passerait pour cette fois au Supérieur général.

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1 Solesmes appartient à la Congrégation de France, tandis que l'abbaye de Kerbeneat fait partie de la Province de France de la Congrégation Cassinienne de la Primitive observance, qui comprend Sainte-Marie de la Pierre-qui-Vire, Saint-Benoît d'Encalcat, etc...

 
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Lorsqu'enfin un scrutin a groupé sur un nom les deux tiers des voix, le président proclame la personne élue. Cette élection reste pourtant sans effet, tant que n'ont pas été accomplis deux actes de grande importance : l'acceptation et la confirmation.

ACTES COMPLEMENTAIRES. - L'élection étant faite, elle doit maintenant être notifiée officiellement à l'élu, s'il n'appartient pas au Chapitre. Les séances capitulaires sont donc interrompues, et le président prend les moyens les plus rapides et les plus discrets pour informer la personne désignée, tout en évitant une publicité inopportune. Dès cette notification, l'élu a le droit de prendre huit jours de réflexion, au terme desquels il doit avoir signifié sa réponse, le silence équivalant à un refus. En ce cas, on recommence à voter.

Si au contraire l'élu accepte, il ne lui manque plus que de recevoir la "confirmation" de son élection. Depuis bien des siècles, les Papes se sont réservé l'institution définitive des Abbés exempts, leur interdisant d'accomplir aucun acte de leur charge avant d'avoir reçu mission de leur part. Cette institution, suivie de l'installation, se fait très solennellement dans la cérémonie de la Bénédiction abbatiale, toujours accomplie par un évêque mandaté pour cela par le Saint-Siège. Toutefois, comme les préparatifs d'une fonction aussi solennelle exigent d'assez longs délais, la loi ecclésiastique a établi que ladite bénédiction pourrait être différée jusqu'à trois mois, mais que sans tarder, l'élection recevrait confirmation ou ratification du Siège Apostolique, laquelle donnerait droit à une installation immédiate de l'élu.

Ayant donc constaté que la personne élue possède toutes les conditions exigées par les lois ecclésiastiques, et que l'élection n'est entachée d'aucune irrégularité, le Supérieur général, au nom du Siège Apostolique, promulgue un acte solennel par lequel il ratifie définitivement le choix du Chapitre. Dès lors, l'élu est vraiment Abbé ; il ne lui reste plus qu'à entrer en possession de sa charge.

LA PRISE DE POSSESSION. - Après que l'acceptation et la confirmation de l'élection ont été signifiées officiellement, une seule condition reste exigée de l'élu au moment de le recevoir dans sa charge : la profession de foi. Agenouillé devant le Supérieur général, en présence de toute la Communauté assemblée, il lit à haute voix la longue profession de foi catholique dite du Concile de Trente, la terminant, main sur l'Evangile, par la formule du serment. De même, il prononce le serment prescrit contre les erreurs modernistes par le Pape Pie X.

Aussitôt, le Supérieur général le fait asseoir au siège abbatial, puis lui fait revêtir les vêtements et insignes prélatices : rochet, mosette, croix pectorale, calotte, barrette. Alors, on se rend à l'église. Là, après lui avoir rendu les honneurs dus à sa dignité et après quelques prières, chacun des moines vient, en signe d'obéissance, s'agenouiller devant la stalle abbatiale, et les mains dans les mains de son Abbé, il en reçoit la première accolade paternelle. Au pied de cette stalle, les moines ont déposé la responsabilité de l'avenir du Monastère, lourde charge qui, en ces quelques jours, pesait de tout son poids sur leurs épaules... C'est pourquoi, s'appprochant de l'autel, le nouveau chef chante pour la première fois l'oraison des Patrons de l'abbaye, de ces saints qui l'aideront à supporter son fardeau, qui veilleront sur son abbatiat.

Aussitôt, il commence à gouverner son Monastère, entouré des prières de ses moines, et de celles de tous les amis du dehors, en attendant que, dans les trois mois qui suivent, la bénédiction abbatiale vienne lui apporter la solennelle intercession de la Sainte Eglise.

Dom Jean DESHUSSES.

La Semaine Religieuse de Quimper et de Léon du 21 décembre 1945. A Kerbénéat. La Bénédiction du nouvel Abbé.

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"Nos credidimus caritati" (nous avons cru en la charité de Dieu pour nous). Il faut avoir relu Saint Jean pour sentir l'accent vainqueur de ce cri par lequel l'Apôtre au coeur de feu distingue les malheureux que l'égoïsme emprisonne dans les geôles de la mort et les chrétiens que l'Amour a introduits au Royaume de la Vie. Un cri ardent bien digne de devenir une devise. C'est lui que le Révérendissime Père Colliot a choisi pour exprimer l'idéal de sa vie et programme de sa mission abbatiale.

Tous ceux qui ont assisté aux rites si grands de sa bénédiction ont eu l'âme réconfortée par l'atmosphère fraternelle et paisible d'un monastère Bénédictin. Autour de nous, tout près dans ces villes et dans ces bourgs que nous venons de quitter, la vie déroulait ses intrigues, le monde ourdissait ses haines et brusquement, ici, la vague d'impiété s'est arrêtée aux pieds de St Benoît ; sur les champs refroidis, sur les vertes prairies qu'enclosent des arbres que l'hiver a dépouillés, deux mots semblent scander le silence de la nature en sommeil "Pax" la paix ; Caritas ! la charité ! Pour mieux goûter ces dons de Dieu, entrons à la chapelle. Tout y est prêt pour la grande cérémonie. Au choeur, le trône est dressé pour l'Evêque ; à droite, les cierges brûlent déjà sur l'autel où le nouvel Abbé prendra ses ornements de messe. Au fond, un décor très sobre fait ressortir le Tabernacle où le Christ attend son Elu. Dans les stalles, les moines recueillis prient pour celui qu'ils ont choisi comme Père ; près d'eux ont pris place les dignitaires : Mgr Le Marrec, supérieur du Séminaire d'Haïti, MM. les vicaires généraux Moënner et Cadiou et de nombreux chanoines. Dans la nef, les premiers bancs ont été réservés à la famille du nouvel Abbé et les autres places sont occupées par des religieux, des prêtres, des soeurs représentant toutes les Congrégations du diocèse. C'est l'unanimité dans la prière et tout ce pieux élan est soutenu par la musique très douce de l'orgue.

A dix heures, le cortège liturgique a fait son entrée : à pas lents, tout recueillis en leurs aubes de lin s'avancent les enfants qui tout à l'heure présenteront les ornements à l'Evêque ; puis viennent les moines ; Dom Colliot qu'aucun signe extérieur ne distingue encore, marche entre deux Pères Abbés dont les croix pectorales brillent sur les camails noirs ; ce sont Dom de Floris, Abbé d'Encalcat, qui fut son frère de noviciat ; Dom Demasure, Abbé de Kergonan. Enfin fermant le cortège, voici S. Exc. Mgr Cogneau, le prélat officiant.

 
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Quand il eut pris place au trône, les moines entonnèrent le chant de Tierce. Quel charme prenant ont ces voix qu'aucun effort ne déforme, qui savent si bien s'infléchir et prendre en leur vol les sentiments du Psalmiste et les prières confuses de ceux qui les écoutent ! Portés par la mélodie, nous regardons le spectacle que nous offre cette chapelle. C'est une vision d'éternité : rien ne saurait mieux évoquer la pérennité de l'Eglise que cette liturgie vivante, la même que celle qui se déroulait au temps de Saint Benoît, au temps de Saint Bernard et nous avons sous les yeux, tangibles comme une réalité, cette tradition qui de siècle en siècle renoue inlassablement les cérémonies du présent à celles des âges lointains ; nous sommes devenus, au milieu de ces voix qui chantent, les contemporains des vieux moines ; cette louange que nous entendons fut celle des Prophètes, elle est celle de l'Eglise et c'est elle encore qui retentit au ciel, clamée par tous les Saints que Dieu a introduits dans sa gloire. C'est une vision d'intimité familiale aussi et Dom Colliot, plus que tout autre, dut y être sensible.

Ce cher diocèse de Quimper auquel il appartient par ses origines et auquel il consacra les premières années de son ministère sacerdotal était là, représenté sous ses yeux, en ce jour de la Saint Corentin : M. l'abbé Branellec, son premier maître, le Supérieur et les professeurs du Petit Séminaire de Pont-Croix, M. le chanoine Aubert, successeur de celui qui fut son curé à Landerneau, les prêtres de son cours à qui l'attachaient tant de chers souvenirs, et tant d'autre dont il savait l'affection. Il manquait hélas pour que l'unanimité fût complète, le chef vénéré du diocèse, S. Exc. Mgr Duparc qui lui avait conféré en 1929 l'onction sacerdotale et qui eût été si heureux de lui donner la mitre. Mais son Auxiliaire et ses Vicaires généraux étaient là pour représenter sa pensée et son coeur. Et puis, unis à la famille diocésaine, Dom Colliot ne trouvait-il pas sa famille humaine, sa maman si heureuse et si fière, ses frères et tous les êtres chers ? n'avait-il pas surtout sa famille spirituelle, ses moines à qui Dieu va maintenant l'unir par un pacte solennel ?

Voici en effet que commencent les rites de la Bénédiction. L'Evêque s'est assis à l'autel. Après lecture du Mandat Apostolique, le nouvel Abbé prononce à haute voix sa profession de foi et son serment de fidélité. Au Pontife qui lui demande s'il veut se consacrer tout entier au servvice de sa communauté, il répond d'une voix ferme "volo"  "je le veux".

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Quand la mélodie du Graduel s'est éteinte, l'Evêque s'agenouille et l'Elu se prosterne, comme au jour de son sous-diaconat et de sa prêtrise, dans un grand geste d'anéantissement, tandis que pleure la lente incantation des Psaumes de la Pénitence. Puis éclate le chant solennel des litanies des Saints et sous les vagues haletantes de leurs invocations, l'Abbé reste étendu à terre, comme abîmé en son immolation. Les voix viennent de se taire ; à l'appel de l'Eglise, les Saints du ciel ont redressé l'Elu. Désormais ils seront avec lui pour qu'il reste ferme dans son devoir et l'Evêque lui confère sa mission sacrée en lui donnant la crosse et l'anneau pastoral, puis, à la fin de la messe, les gants et la mitre. Dom Félix Colliot est maintenant officiellement constitué Chef et Père de son monastère : ses fils spirituels défilent devant le trône où il s'est assis pour baiser son anneau et pour recevoir l'accolade. Il est devenu l'égal d'un Prince de l'Eglise : désormais dans les cortèges liturgiques, il prendra rang immédiatement au-dessous des Evêques et accomplira, avec les ornements semblables quelques-uns des rites qui leur sont réservés. Quelle joie pour nous qui avons connu le nouvel Abbé et qui savons ses mérites, de le voir coiffé de la mître, appuyé sur sa crosse d'or et de recevoir sa première bénédiction, une bénédiction qu'il chante de sa voix aux vibrations si chaudes, d'un timbre si ferme où il m'a cependant paru que tremblait une note d'émotion. Il ne nous reste plus qu'à chanter à Dieu notre reconnaissance ; c'est ce que nous faisons en alternant les strophes ardentes du Te Deum !

Il est déjà une heure et tous les invités se rendent dans les cloîtres où les tables sont dressées. La joie de ce grand jour autorise une dérogation à la frugalité coutumière du menu bénédictin. Pourtant, ce repas restera monastique. A peine le Benedicte a-t-il été chanté, qu'une voix de lecteur s'élève. D'où vient-elle, cette voix ? Il faut quelques secondes pour comprendre qu'un haut-parleur très doux diffuse en sonorités si suaves qu'on la croyait tombée du ciel. Et, en effet, elle nous porte des échos qui ne sont pas de la terre ; elle est la voix de Saint Jean exaltant la charité fraternelle et l'Amour infini de Dieu.

 
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Après cette lecture de l'Evangile, la voix nous raconte la vie de Dom Anselme Nouvel qui fut moine bénédictin et qui, devenu évêque de Quimper, voulut agrandir la famille de Saint Benoît d'un nouveau monastère celui de Kerbeneat.

Au moment des toasts, Dom Colliot se lève. Sa pensée remonte d'abord à Dieu ; puis en termes délicats il exprime ses regrets que S. Exc. Mgr Duparc ait été retenu à Quimper par la maladie ; il dit sa reconnaissance à Mgr Cogneau, aux Révérendissimes Pères Abbés, au clergé, à tous ceux qui sont venus lui donner le témoignage de leur affection et il termine en évoquant ceux à qui il doit plus de reconnaissance : sa mère, ses parents, M. Branellec, ses maîtres du Petit et du Grand Séminaire.

Au nom des prêtres du diocèse, M. Kerautret, condisciple et ami du nouvel Abbé, offre à Dom Colliot l'hommage respectueux et cordial de tous ses confrères.

Dom de Floris, Abbé d'Encalcat, prend la parole au nom de la grande famille Bénédictine, et enfin S. Exc. Mgr Cogneau résume la joie de ce jour et souhaite que sous la direction du nouvel Abbé le monastère devienne de plus en plus un foyer de vie liturgique et de vie spirituelle. Ce voeu est pour nous tous une certitude, Révérendissime Père, ad multos annos !

Il est déjà plus de trois heures, temps de songer au retour. Les klaxons retentissent, les moteurs troublent le silence. Hélas, le mirage s'évanouit ; la vie du monde est là qui nous reprend ; cette pauvre vie humaine qui fait si petite la part de l'amour et si grande la part de l'égoïsme va nous replonger dans ses eaux. Mais dans notre esprit un souvenir demeure vivant ; dans nos coeurs survit une émotion ; et puis surtout, là-bas, derrière la crête de Kerbeneat, tapi dans le silence et la paix, il reste un monastère où nous pourrons trouver, aux jours de retraite, dans le sourire du Père Colliot et l'accueil si fraternel de ses moines, un soutien, une certitude aussi : c'est que, malgré les laideurs du monde, l'Amour n'est pas un vain mot : Audidimes contati !    R. K.

Un journal local du 16 juillet 1964 publie cet article : Un établissement pour jeunes filles s'ouvrira en septembre dans les bâtiments rénovés de l'ancienne abbaye de Kerbénéat. Le 21 septembre, s'ouvrira à Kerbénéat, en Plouneventer, un établissement scolaire pour jeunes filles : il sera tenu par les religieuses du Bon sauveur, dont la maison mère est à Caen et qui dirige déjà dans le Finistère, une école à Plougasnou.

Depuis deux ans des travaux extrêmement importants sont en cours dans les bâtiments de l'ancienne abbaye des moines bénédictins, qui se sont installés comme on le sait à Landevennec.

Les entreprises landernéennes Quéméneur (gros oeuvre) ; Maguer (plâtrerie) ; Cadiou (électricité), et brestoises : Rousseau (sanitaire) et la Peinture Brestoise ont complètement transformé l'ancienne abbaye. Ce sont des bâtiments modernes et confortables qui accueilleront à la rentrée scolaire, les élèves. Du carrelage dans la cuisine, les couloirs, des revêtements plastiques sur les planchers, de larges baies vitrées, le chauffage central au mazout et à air chaud pour la chapelle, pourraient laisser supposer qu'il s'agit d'une construction neuve.

Dès la rentrée, seront ouvertes les classes de 7è, 6è et 5è. Les années suivantes d'autres classes seront probablement mises en service. L'établissement ne reçoit que des internes qui se trouveront placées dans des conditions favorables pour travailler dans un cadre champêtre.

Les élèves seront réparties, non en dortoir, mais par chambres de six lits. L'enseignement sera donné par les religieuses du Bon Sauveur ou par des professeurs accrédités. L'évêché de Quimper, a nommé le chanoine Dantec, ancien recteur de Saint-Martin de Morlaix, pour assurer l'aumônerie de l'établissement.

Jusqu'au 20 juillet et durant le mois d'août, une religieuse assurera une permanence. (source ADIV 29204 DOC 1 - journal Le Télégramme ou Ouest-France ?)

Bulletin municipal de Plouneventer d'avril 2018.

Kerbénéat retrouve vie : Ioana PLETY (paroisse orthodoxe de Brest et de Morlaix), nous fait parvenir l’information suivante : « Le monastère de Kerbéneat est de nouveau habité par une communauté monastique, et en cela il retrouve sa vocation et sa vie d’origine. Après un arrêt d’une quinzaine d’années, la vie monastique a donc repris avec l’arrivée, le 7 octobre 2017, d’un groupe de 13 soeurs et moniales orthodoxes et d’un hiéromoine (moine prêtre), le père Justin. Leur nombre est susceptible d’évoluer progressivement dans les années à venir. Le 1er février la communauté a accueilli au monastère l’évêque de Quimper et Léon accompagné de membres de son clergé. La communauté s’est installée à Kerbéneat à la demande de l’archevêque Joseph, métropolite de l’Eglise Orthodoxe Roumaine en Europe Occidentale et Méridionale (http:/www.mitropolia.eu/fr).

Cette communauté n’a pas d’activités sociales ou caritatives. Elle est de type « contemplatif » selon la classification usuelle en Occident, par opposition aux « actifs ». C’est-à-dire que les moniales privilégient la recherche de Dieu dans le silence, la solitude, l’ascèse, la prière soutenue pour le monde, la lecture de la vie des Saints Pères et l’étude de la musique byzantine. Dans l’Eglise latine on connaît bien l’ordre bénédictin par exemple, c’est à-dire les premiers habitants de Kerbéneat. Mais peut-être que les congrégations qui leurs seraient le plus proches sont celles des Chartreux ou celle, plus récente, des Petites Soeurs de Bethléem. Néanmoins l’Eglise est ouverte à tous durant les offices qui jalonnent le jour... et la nuit (à l’instar des communautés monastiques bretonnes du Haut Moyen Âge) commençant à minuit (ou à 22h00 la veille d’une fête) et se finissant au plus tôt à 5h00.

Bien que d’origine roumaine, cette communauté met l’accent sur l’universalité de sa mission, à savoir une prière continuelle qui se veut au service de tous les orthodoxes de Bretagne et d’ailleurs (toutes nationalités confondues) et par extension, de tous les gens en général ».

 

Source des informations

ADB = Archives Départementales du Finistère à Brest
ADQ = Archives Départementales du Finistère à Quimper
ADIV = Archives Départementales d'Ille-et-Vilaine


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 André J. Croguennec - Page créée le 8/12/2022, mise à jour le 4/1/2024.