![]() |
Le dictionnaire manuscrit de Brezal | ![]() |
Du "Catholicon", célèbre dictionnaire latin-breton-français de Jehan Lagadeuc, écrit au milieu du 15è siècle, le plus ancien dictionnaire français et le premier dictionnaire trilingue du monde, jusqu'à nos riches ouvrages du 21è siècle, la route fut longue et les écrits nombreux pour recueillir tous les mots utilisés par les bretonnants.
On peut rappeler brièvement quelques étapes et auteurs remarquables au fil des siècles : le père Maunoir en 1659 ; Dom Louis Le Pelletier, bénédictin de Landevennec au début du 18è siècle ; Le Gonidec au 19è siècle, puis Frañsez Vallée, Roparzh Hemon, Francis Favereau au 20è siècle et le beau dictionnaire illustré "An here", ouvrage collectif sous la direction de Martial Ménard, réédité en 2001 dans une version très enrichie. Cette liste, trop courte, n'est qu'un raccourci, nous en dirons davantage plus bas.
Dans cette contribution à la formalisation écrite de notre chère langue bretonne, nous sommes heureux de dire que notre village de Pont-Christ Brezal apporta sa pierre à l'édifice. Il s'agit de l'oeuvre de J.M. Le Thomas, communément appelée "Dictionnaire Manuscrit de Brezal".
Si Gwennole Le Menn le cite dans sa Contribution à l'étude de l'histoire des dictionnaires bretons, il n'en dit rien de plus. Il est donc tout à fait opportun d'en parler ici.
Ce dictionnaire, comme le précise son auteur plus bas, se composait de deux parties : français-breton et breton-francais. Malheureusement seule la première partie a été sauvegardée et seulement jusqu'au mot "presqu'île". On peut la consulter à la bibliothèque Universitaire de Rennes 1, où elle se présente sous la forme d'un carnet de 74 feuillets, dont les dimensions sont 170 sur 132 millimètres.
Précautions de lecture : cet ouvrage est un précurseur par rapport à nos ouvrages du 20è siècle. L'orthographe n'était pas encore standardisée. D'ailleurs l'orthographe de l'auteur varie parfois d'un mot à l'autre et parfois aussi pour un même mot. Les mutations ne sont pas toujours écrites. Mais, en prêtant attention à ces petites libertés, nous en apprenons beaucoup sur l'auteur et ses contemporains bretonnants.
Dictionnaire français-celtique et celtique-français des arts et métiers
ou "Le Cultivateur expert"
à l'usage des cultivateurs et priseurs,
par J.M. Le Thomas, bachelier-es-lettres, officier de la garde nationale, commencé au château de Brésal, commune de Plouneventer, canton de Landivisiau, département du Finistère, le 13 avril 1814, sortant de garnison de Brest.
Préface
Retiré au fond de la campagne, loin du fracas des villes, je me suis occupé à faire un petit recueil des noms de tous les objets substantifs qui composent un ménage et surtout de la campagne. J'ai donné à ce recueil le nom de dictionnaire, comme j'y ai placé tous les mots par ordre alphabétique en suivant le modèle du dictionnaie Français-Latin de M. Lallemant. J'ai placé à la tête de cet ouvrage qui est en quelque sorte double ; le dictionnaire Français-Celtique ou Breton et ensuite le dictionnaire Celtique-Français.
On y trouve les noms de tous les ustanciles du ménage et des instruments du labourage divisés dans leurs parties. Ainsi, si vous voulez, par exemple, connaître toutes les parties qui composent une charrette, une charrue, etc... cherchez charrette, etc. Enfin tous les objets qui ont des parties, je les ai divisé autant que possible en donnant à ces parties mêmes les noms qu'on leur donne le plus généralement. Mais, comme les noms ne sont pas les mêmes partout, ni parmi les Français ni parmi les Bretons, surtout pour ce qui regarde l'agriculture, après avoir feuilleté plusieurs dictionnaire et lu tout ce que j'ai pu me procurer de partages, d'inventaires et de prisages, je me suis adressé à des hommes expérimentés et très connaisseurs dans leur état, dont je voulois connaître les noms des outils. Après avoir ainsi recueilli le plus que j'ai pu de noms, surtout dans le pays de Léon que j'ai parcouru à plusieurs reprises pendant toute une année que j'y ai demeuré, je me suis encore adressé à des notaires, à des priseurs et à un avocat célèbre, tant pour le français que pour le breton. J'ai pris des notes, à Re???, sur deux prisages de moulin, trois prisages de pressoir et sur un procès-verbal d'une maison, et le tout en détail. A Château-Laudrin, j'ai pris encore des notes sur le procès-verbal fait des moulins de la ville par un notaire très célèbre dans le pays. J'ai ainsi réuni les différents noms que l'on donne, dans ces divers cantons pour lesquels je veux rendre cet ouvrage utile à tous les ustancils d'un ménage.
La différence des idiomes que l'on parle d'une manière différante dans presque toutes les communes mêmes de la Bas-Bretagne et la liaison que les Bas-Bretons ont avec les Hauts-Bretons qui ne parlent plus que français, embarassent très souvent les personnes mêmes instruites qui se trouvent à changer de canton pour des affaires. En outre, chaque notaire ayant ses expressions particulières qui très souvent ne sont ni françaises ni bretonnes, il se présente encore d'autres difficultés non moins gênantes que les premières. Mais je laisse à chacun de les aplanir, en s'appliquant du mieux qu'il pourra à connaître l'une et l'autre de ces deux langues.
Je me suis proposé, par ce petit ouvrage, sinon de faire disparaître les difficultés qu'apporte la différence des idiomes, du moins de donner du secours à ceux qui s'y trouveroient embarrassés.
Cependant comme la difference de ces idiomes consiste en partie dans la terminaison des mots et la prononciation de trois lettres, je dois en dire quelque chose en passant.
La terminaison des noms singuliers qui se termine en Léon en eur (barneur) se termine en Tréguier, en St-Brieuc et en Bas-Cornouaile, en er (barner). En la Haute-Cornouaille et en Vannes, en our (barnour).
Tous les noms pour ainsi dire qui ont le singulier terminé en r ont leur pluriel en yen (bareuryen).
Les noms terminés en ou en Léon, en Bas-Cornouaille se terminent en o en Tréguier, en St-Brieuc et en au dans la Haute-Cornouaille et en éü dans Vannes. Exemples : Léon, Bas-Cornouaille parcqou, St-Brieuc Tréguier parcqo Haute-Cornouaille parcqau Vannes parcqéü.
L'U se prononce en Léon presque partout comme en français et en Tréguier il se prononce toujours en ou quand il est précédé d'un g ou d'un a. Exemples : güerc'hes, avel en Léon se prononcent à Tréguier comme s'il y avait gouërc'hes, aouël.
La lettre h, précédée d'un c et d'un apostrophe, s'aspire doublement (marc'h, moc'h) et doit se prononcer ck qu'elle remplace.
G se prononce aussi fortement que K et le remplace presque toujours dans cet ouvrage (genta, autrefois kenta). J'écris toujours le g sans qu'il soit suivi d'un u.
L'accent circonflexe se met sur les â et les ê. Exemples : amâ, gentâ, ên douar, ên eê. L'accent circonflexe sur ñ cette lettre ne se prononce qu'à demi. Exemples : amañ, iñgal, iñtañv.
L'accent grave sur un e fait baisser la voix en le prononçant (madélès).
La lettre é avec un accent aigu doit être prononcée d'une manière claire (me garré).
Abaque | m.s. | tocq, toquen | la partie supérieure du chapiteau de la colonne |
Abattage | s.m. | discar-coad, discar | |
Abat-jour | stalaf-gril | espèce de trellis que l'on met aux fenêtres pour abattre le grand jour et laisser entrer l'air | |
Abat-vent | s.m. | stalaf-prenest a syaves | petit toit en forme d'appentis |
Abaye | l.s. | abaty pl. abatiou | |
Abreuvoir | s.m. | dourlec'h, abeurouër | |
Abeille | s.f. | guénanen pl. guénan | |
Abricot | s.m. | abriques, abricot | |
Abricotier | s.m. | guézen-abricot | |
Acier | m.s. | dir | |
Affinoir | s.m. | cribin-fin, cribin-bian pl. cribino-bian | |
Affût | s.m. | affut-canon pl. affutou-canon | affût de canon |
Agneau | m.s. | oan pl. oaned | |
Agraffe | f.s. | cloched pl. clochedou | |
Aigrette | f.s. | plumacheu pl. plumachenou | |
Ail | s.m. | quingnen, qingnen | plant |
Aiguille | f.s. | noadé | |
Aiguillette | f.s. | accuilletten pl. accuillettenou | cordon ferré aux deux bouts |
Airain | s.m. | arm | |
Aire | s.f. | leur pl. leuriou | place pour battre le bled |
Ais | s.m. | planqen pl. plenc'h | |
Aisselle | f.s. | cazel pl. qezel | cavite sous le bras |
Alambic | m.s. | lambic pl. lambigou | vas à distiler |
Albâtre | s.m. | alabastr | marpre precieux |
Alcove | f.s. | cuz-guélé, alcov | ce dernier ne se dit que dans les villes |
Alène | f.s. | minaouëd, minaouëdo | |
Alevin | s.m. | munus | poisson propre à multiplier |
Algue | f.s. | felu, bizin | herbe marine |
Alibi | s.m. | digaré | terme de barreau |
Allée | f.s. | allé | promenade |
Allumette | f.s. | elumetezen, elumetez | |
Aloyau | s.m. | craouën-virvin | de boeuf |
Amadou | s.m. | tond | pour allumer du feu |
Amas | bern, blocqad | ||
Annit | s.m. | goël ar belec, annid | linge d'église que le prêtre met sur la tête avant de prendre l'aube |
Amidon | s.m. | ampéz | |
Ampoulette | f.s. | trézouer | horloge à sable |
Anche | s.f. | can-bian, hauchen | petit conduit par lequel la farine coule ans la huche du moulin |
Ancre | s.f. | ancr, hervr pl. hervrio | pour tenir les vaiseaux |
Angar | s.m. | voyez appentis | |
Anille | s.m. | flac'h | potence d'estropié |
Anneau | s.m. | organel pl. organelo | cercle pour attacher |
Annelet | s.m. | ailleden, lagaden pl. lagedeno | |
Anse | s.f. | dorguen, scouarn, dourn | d'un pot |
Anse | goalesen ur pod houarn | d'une marmite | |
Anse | pleg-mor | petit golfe | |
Antenne | f.s. | déléz | verge d'un navire |
Antichambre | f.s. | camp-a-ziarauq | on dit aussi quelques fois en breton : antichampr |
Antidote | m.f. | contrépoézon | |
Antimoine | m.f. | antimoan | minéral purgatif |
Antiquailles | s.f.pl. | cozquilhéz | pièces antiques et de peu de valeur |
Antre | s.m. | cavern-natur | |
Apanage | s.m. | partag ar cadet, pennaich ar yaoüaer, heritag | terres que les souverains donnent à leur puînés pour leur partage Les maladies sont l'apanage de la vieillesse : ar clevet a so partag ar cozni |
Appentis | s.m. | apanteiz pl. apanteizou, lapp pl. lappou, apateiz | toit appliqué contre un mur |
Appui | s.m. | souten, difen, harp, zintr, scoazel | appui d'un mur |
Aqueduc | s.m. | san pl. sanyo, can-dour, sanal | canal pour conduire l'eau |
Arbre | m.s. | güen pl. guéz, guézen, guéz | |
Arbrisseau | s.m. | brug, brusguezen pl. brusguez | |
Arbuste | m.s. | ragot pl. ragoto | |
Arc | m.s. | goarec, plegen | |
Arc-boutant | m.s. | scoazel-blec | |
Arcade | f.s. | bols goarec | |
Arche | f.s. | bols ur pond | d'un pont |
Archet | m.s. | arched, archedo | du violon |
Archipel | archipel | mer | |
Architrave | f.s. | trézouér | sablière |
... | ... | ... | ... |
... | ... | ... | ... |
Charnière | s.f. | charneür, charniell | deux pièces qui s'enclavent l'une dans l'autre |
Charpente | s.f. | coadaich, fram, coad-ty | ouvrage de charpentier |
Charpentier | s.m. | calvez | |
Charretée | s.f. | carrad, qarg, qarrad | charge d'une charette |
Charrette | s.f. | qarr pl. qirry | |
Charrette ferrée | qarr-houarnet | ||
Charrette non ferrée | qarr-pren | ||
Chatille | s.m. | castell pl. qestel | |
Roue | s.f. | rod, rogeou, moullou | |
Une paire de roues | ur moullou-qarr | ||
Timon | goalen-qarr | ||
Limon-timon | leur-qarr | ||
Guesseux (?) | corf, gorf pl. gorfyou-qarr | ||
Haiches | s.f.pl. | réngen pl.réngeou | v. ridelles |
Saumois (?) | s.m. | mastin pl. mastinou | |
Jantes ou courbes | camed, camegeou | ||
Rais ou rayons | empren, emprou, squin | ||
Moyeu | mouell pl. moellou, bendell | ||
Boîte de fer | qib pl. qibou | ||
Fretes ou cercles de fer | freten, fretou | ||
Essieu | ahel, ahelou | ||
Lien de fer | liam | ||
Bandes de fer | houarn-qarr | ||
Elingues | rilhen, rilhennou | ||
Erres | s. | guiber pl. guiberou | |
Barres en bois | cleren, clered | ||
Charroi | v. charriage | ||
Charron | s.m. | qarrer pl. qarreryen | |
Charrue | s.f. | ara, ere, alar, eler | |
Latte ou gaule | laz-arazr | flech age | |
Queue de la charrue | gravacz, lost | ||
Mancheron | m.s. | bau, postel | |
Le grand manche | ar bau bras, postel-bras | caquetoire | |
Le petit manche | bau-bian, postel-bian | ||
Mauvel | s.m. | scouarn | aileron |
Cerf | s.m. | coazé | |
Cée | s.m. | goarecq pl. goareyer | |
Soc | souc'h pl. souc'hyou | la partie de la charrue qui entre dans le sol (emprinnadur) | |
Coutre | s.m. | contell, coultr pl. coultrou | |
Chariot de la charrue | quilhoron | ||
Timon ou fourcel du chariot | fourcel, peller pl. pellerou | ||
Pied-mar | s.m. | pluecq, pleyer | |
Harpin | caspren | voyez harpin | |
Chariot ou chevalet | marc'h-arazc, chariod | qui sert à porter la charrue dans les chemins | |
Faltous (?) | s.m.pl. | palorou da haret | |
Chartier ou charretier | s.m. | chareter | |
Chasse | s.f. | arched, archedou | |
Chassis | s.m. | stern, stearn | d'un tableau |
Chasuble | s.f. | casul | ornement d'église |
Chat | s.m. | caçz, qaz pl. qizyer | |
Chataigneraie | s.f. | quistinecq pl. quistineyer | lieu planté de chataignier |
Chataignier | s.m. | guëzen-qistin | |
Chateau | s.m. | qastell, qestell | |
Chaudiere | s.f. | cauter pl. cauteryou | |
Chaudron | s.m. | chaudouren, chaudouron | |
Chauffage | s.m. | quened-tan, coad-tan, qeuneud-tan | bois à brûler |
... | ... | ... | ... |
... | ... | ... | ... |
Morceau | s.m. | tamm pl. tammou | |
Mors | s.m. | morz, morzou | de bride |
Mortaise | s.f. | mortéz pl. mortézou | |
Mortier | s.m. | mortier, pilonz | |
Motte | s.f. | mouden pl. moudet, glen | |
Mouchettes | s.f.pl. | mouchétézou | |
Mouchoir | s.m. | mouchouër | |
Moulin | s.m. | milin | |
Moulin à vent | milin avel | ||
Moulin à eau | milin dour | ||
Moulin de mer | milin mor | ||
Moulin à bled | milin ed | ||
Moulin à papier | milin paper | ||
Moulin à huile | milin eol | ||
Moulin à poudre | milin boultr | ||
Moulin à foulon | milin foul. comm | ||
Moulin à tan | milin couez | ||
La cage | s.f. | an ty milin | |
Roue à ailerons | s.f. | rod-a-elloach | |
Roue à jantilles | rod-a-palyou, a elloaich | ||
Roue à alichon, à bacquets | rod-gand-baraçzou | ||
Roue de dehors | rod a ziavez | ||
Jantilles ou ailerons de la roue | elloaich, palyou, loayou ar rod | v. aube, coyaux | |
Les courbes de la roue | flouraich ar rod | ||
Bacquets, alichons de la roue | barazou ar rod | ||
Coujaus | s.m. | brancoñou | |
Embrasures | s.f.pl. | divrac'h an tournant | |
Aissieu ou marbre | ar marbr | ||
Tourillons | s.m.pl. | güiber, güyberou | |
Plumeaux | s.m.pl. | pluecq pl. pluéyer | les deux bois qui tient les deux traversiers |
Cailles | s.f.pl. | consinet | |
Les glands ou braies | guëntle, guëntleyer | ||
Palier | s.m. | ar gaçsecq | |
Coquille | ar votéz, ar croguenn | ||
Paquet | didan, paqet | ||
La herse | ar gravas, ar plougenn | ||
Pont à farine | pond ar bleud | ||
Gouvernail | ar gouarner | composé d'un montant, d'un balancier, d'un contre-balancier, d'un contre-poids et d'une petite corde | |
Montant | s.m. | ar montand | |
Balancier | s.m. | ar balancer | |
Contre-balancier | s.m. | ar contrebalancer | |
Contrepoid | s.m. | ar contrépoéz | |
Corde | s.f | ar gorden | |
La fosse | ar poull-rod | ||
La petite roue | rod an arassonou, rod-vian | ||
Terson | s.m. | araçzon pl. araçzonnou | v. alluchon |
Ploquier | paignonou | ||
Les fuseaux | guërzidy | ||
Fer du ploquer | houarn bras | ou grand fer | |
Gohet ou colier | ar collier | ||
La croix | ar groas | ||
Madrier | s.m. | streut | |
L'auge à farine | cern ar bleud, néau | ||
La grande trémie | ker, néau an ed | ||
La petite trémie | kern vian, néau bian | voyez auget | |
La canelle ou claquet | cannell, kraqerés | ||
Civière | ar gravas | ||
L'évêque | an éscop | ||
Les carcans | carc'halyou | ou cartrons, archures, couverseau | |
Plate-forme | platé-form | ||
Enchevêtrures | brijou | ||
Les supots de l'enchevêtrure | supot ar brijou | ||
Meule courante | maen-red, maen huellan | ||
Meule gisante | maen diasez, maen izellan | ||
Le chapeau | an tocq | ||
Le croq | an és | ||
La bille | ar vill | ||
Les boittes | a kibou | ||
Le cercle à charnière | ar clerc'h-bras | ||
Les jumelles | ar jumellou | ||
La grue | rod-vras an travouil | la grande roue pour lever la meule | |
Virvot | ar hcar (?) | ||
Le poitrinau | ar belecq | ||
Pont à bled | pont an ed | ||
L'étang | ar stang | ||
La bonde | sclotouër, sclotur | ||
La vanne ou la pale | pal, tal, palyou, talyou | ||
Le canal | ar c'han, caniou | v. auge | |
Moyeu | s.m. | moëll pl. moëllou pendell car | |
Mue | muz pl. muzou | lieu où l'on enferme la volaille pour l'engraisser | |
Mur ou muraille | s.m. | mur, moguer, muraill | voir plus haut à Maison |
Muselière | s.f. | musalyer | vo. assise. parquin |
Nacelle | s.f. | baguicq | |
Nacre | s.m. | croguenn-pélès | |
Nappe | s.f. | toubyer, touzyer | |
... | ... | ... | ... |
... | ... | ... | ... |
Poulailler | voir juchoir | ||
Poulain | s.m. | heubeul pl. heubeulien | |
Poularde | s.f. | poularden | |
Poulet | s.m. | poncin | |
Poulette | s.f. | polés | |
Pouliche | s.f. | heubeulés | |
Poulie | s.f. | polé pl. poléou, polyésenn | |
Poupe | s.f. | déadré ul lestr | d'un vaisseau |
Pourceau | s.m. | porhel | |
Poutre | s.f. | treust pl. treuchou, treustou | |
Poutrelle | s.f. | gour-dreust, hanter-dreust | |
Prairie | s.f. | prat pl. prajou, pragéyër | |
Pré | s.m. | prad pl. prageou, pragéyër | |
Petit-pré | pradenn, pradicq | ||
Preau | s.m. | pradennicq | |
Prémices | s.f.pl. | preuveudy | |
Presbytère | s.f. | presbytal | |
Presqu'île | s.f. | gour enès | |
Fin du premier volume Où sont les autres ? Mystère ! |
Outre, la valeur historique de cette oeuvre et sa spécificité au niveau du vocabulaire, un intérêt tout particulier est d'avoir regroupé des mots s'appliquant, comme on l'a vu, à un objet précis : exemples, la charrette, la charrue, le moulin à farine.
Son apport sera un plus pour compléter les lexiques déjà élaborés par les érudits en meunerie, mais qui restent pour l'instant incomplets. Il nous permettra ainsi de décrire efficacement le moulin à farine de Brezal à partir de plusieurs états des lieux que nous avons collectés en dévoilant le sens de quelques mots qui nous apparaissaient encore un peu énigmatiques.
Ce dictionnaire manuscrit a donc été écrit par J.M. Le Thomas à partir de 1814 au château de Brezal. Qui était J.M. Le Thomas ? Il nous indique lui-même qu'avant d'arriver à Brezal il était officier dans la garde nationale à Brest.
Dans les archives de la garde nationale de Brest au 20 frimaire an 11 (11/12/1802), on trouve mention d'un Thomas Jean-Marie, 40 ans, charpentier, résidant 33 rue Basse-ville. S'il s'agit bien de lui, il serait donc né vers 1762. Mais nous ne pouvons le confirmer. Etait-il charpentier avant d'entrer dans la garde nationale ? Il a sans doute été invité à s'installer à Brezal par l'ancien maire de Brest, Jean-Maurice Pouliquen, qui avait acquis le domaine dès 1802 (ou son successeur le lieutenant de vaisseau Joseph Malin ?).
Après Brest et Brezal, notre lexicographe continue vraisemblablement ses pérégrinations vers les Côtes-du-Nord, en l'occurence vers Châtelaudren (qu'il appelle Château-Laudrin, son ancien nom).
Le dictionnaire se retrouvera un jour sur les bords de la Rance, car Frañsez Vallée a écrit : "il m'a été offert gracieusement par M. l'abbé E. Brébel, de Pleudihen, qui le tenait d'un parent".
Il est curieux de constater que l'une des premières pages du dictionnaire comporte sur toute sa surface, écrit en grandes lettres, le nom de Cotiniaux Jean-Marie. Or, ce patronyme a été porté à Pleudihen. Est-ce le nom du parent de l'abbé Brébel ? Pourquoi ce nom est-il écrit ainsi en pleine page. Serait-ce le copiste de l'ouvrage original ?
On trouve aussi dessiné dans les premières pages un portrait, une caricature ? (voir ci-contre). Le copiste s'est-il amusé ou a-t-il voulu mémoriser les traits les plus saillants de l'auteur, J.M. Le Thomas ?
Le dictionnaire original a été "recopié et soigneusement complèté par notre dévoué collaborateur M. l'abbé Caer, recteur de Gouezec, pour le Haut-Léon, et MM. les élèves du Grand Séminaire de Quimper pour la Cornouaille et le Bas-Léon" nous apprend Frañsez Vallée. Il dit encore qu'il a été "enrichi de notes sur les formes dialectales du Léon par MM. les abbés Caer, Cozannet, Mével et Biler".
C'est donc sur cette version enrichie que travaillera Emile Ernault pour ses Notes d'étymologie bretonne" car il indique à propos du mot DRAM et de ses dérivés : "Le dictionnaire manuscrit de Brezal, dont je dois la connaissance à une très obligeante communication de M. F. Vallée, donne au pluriel drammoù et drimmier ; sur quoi M. l'abbé Caer, recteur de Gouezec, a noté que drammou est du Haut-Léon ; et la Breuriez Vreiz de Quimper, société de séminaristes qui travaillent leur langue avec un zèle éclairé, remarque qu'on dit en Bas-Léon dremmen ..."
C'est, entre autres, de cette 2è version du dictionnaire de Brezal que se servira aussi Frañsez Vallée pour élaborer son Dictionnaire en 1931.
Finalement, cette version réapparaitra un jour, le 19 août 2013, en vente sur "Le Bon coin" pour la somme de 1.000 EUR. Nous ne savons pas qui en a fait l'acquisition. Nous ne pouvons qu'espérer que ce soit une bibliothèque et qu'ainsi sa lecture restera permise à un grand public ??!!
Voici ce que disait l'annonce accompagnée de la photo ci-contre : "Pièce unique : Vends Dictionnaire manuscrit original dit "de Brézal" rédigé en 1912 par le lexicographe breton François VALLÉE (1860-1949). Il s'agit d'un cahier relié (dos et coins cuir ; 23 x 17,5 cm) de 200 feuilles à petits carreaux dont seul le recto des 120 premières pages est rédigé. Chaque entrée est traitée sur trois colonnes : l'entrée en français, les traductions proposées par deux sources (BV : Breuriez Vreiz, et Cr : abbé Caer, recteur de Gouézec) et les indications occasionnelles de l'auteur. Le Dictionnaire manuscrit est achevé jusqu'à la lettre "P" (dernière entrée : "presqu'île"). En fin de volume est adjoint un texte de 60 pages (en breton) extrait de la revue "l'Association Bretonne". Les quatre dernières pages de garde sont entièrement rédigées d'annotations de François Vallée. Ce travail constitue l'ébauche de son Grand dictionnaire français-breton publié entre 1931 et 1933".
Un petit mot sur l'abbé Guy Marie Caer. Avant d'être recteur de Gouezec, il fut recteur de La Roche-Maurice, en charge donc de Pont-Christ. Comme on le voit l'histoire s'amuse à créer de multiples raccourcis. Voir la biographie de l'abbé Caer sur la page concernant les recteurs de La Roche.
Guillaume Roussel est né à Roscoff le 8 juin 1647. Il fut recteur de Plouneour-Trez, puis recteur de Plouneventer à partir du 22 janvier 1687 jusqu'à sa mort le 11 décembre 1707 à l'âge de 60 ans.
Il écrivit lui aussi un dictionnaire manuscrit, dont un exemplaire se trouve à Poitiers et un autre à la Bibliothèque Universitaire de Rennes 1.
Exemplaire de Rennes : Ms 192-194. Roussel, dictionnaire breton en 3 volumes, XIXè siècle :
I. lettres C à E. - 42 feuillets, 162 sur 140 millimètres.
II. lettres E à R. - 54 feuillets, 162 sur 140 millimètres.
III. lettres R à Z. - 22 feuillets. 228 sur 179 millimètres.
Voici ce qu'en disait Frañsez Vallée en 1901 : "Une première copie du manuscrit original, découverte à l'île de Batz en 1806, a été acquise par M. Ernault pour la bibliothèque de Poitiers. J'en ai trouvé depuis une seconde copie faite selon toute apparence sur le même manuscrit original, car elle m'a paru comporter les mêmes lacunes que l'exemplaire de M. Ernault. Mon manuscrit, d'une lecture très difficile, est en grande partie recopié ; il sera complété à l'aide de notes que me fournissent avec beaucoup de compétence et de zèle MM. les abbés Caër, Cozannet et Mével".
Je confirme que la lecture de ce manuscrit n'est pas très facile.
Guillaume Roussel a collaboré avec Dom Louis Le Pelletier (voir "quelques autres dictionnaires bretons" plus bas). En effet, dans ses écrits, le bénédictin de Landevennec, "avec une honnêteté remarquable, rend un témoignage de reconnaissance émue aux secours qu'il a reçus de M. Guillaume Roussel, recteur de Plounéventer, en Bas-Léon, et du P. Grégoire de Rostrenen, tous deux hommes fort experts en leur idiome natal et auteurs eux-mêmes de dictionnaires bretons" (source Francis Gourvil).
Le Pelletier est donc, peut-être, passé par Pont-Christ pour se rendre de Landevennec à la résidence de son ami et collaborateur de Plouneventer.
La famille de Guillaume Roussel :
Zoom sur le dictionnaire An Here de 1995
dictionnaire illustré, réalisé sous la direction de Martial Ménard.
Le dictionnaire comporte quelques pages en hors texte et en couleur pour documenter des sujets particuliers (ci-contre à gauche).
Par ailleurs, les pages présentent de nombreuses illustrations en monochrome. Voir deux doubles pages plus bas.
On remarquera, sur la double page qui suit, que pour illustrer le mot "clocher", c'est celui de La Roche-Maurice qui a été choisi !
Voir la page ci-dessus en plein écran
![]() | |
André J. Croguennec - Page créée le 21/07/2015, mise à jour le 24/10/2024. | |