blason du Finistère

Yan' Dargent - 2 (1824-1899)

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Le premier chapitre et
Les artistes que Pont-Christ a inspirés
Yan' Dargent dans la grotte de l'ermite
Ernest, le fils de Yan' Dargent

Le bicentenaire de sa naissance

Quand j'ai commencé à écrire l'histoire de Pont-Christ Brezal, mon village natal, je n'ai pas pu ignorer Yan' Dargent qui l'a longuement fréquenté. Ce lieu a été pour lui une grande source d'inspiration : il a peint les grands arbres de Brezal et la campagne environnante (voir le chapitre intitulé "Les artistes que Pont-Christ a inspirés)". Il a même été photographié dans la grotte de l'ermite au pied du bloc rocheux qui supporte la chapelle du château.

De plus, il ne faut pas oublier que Pierre Robée, le grand-père maternel de Yan' Dargent, était "marchand et cultivateur" au château de Brezal au début de sa carrière, avant de s'installer à Saint-Servais.

Par la suite, je me suis intéressé encore davantage à notre artiste de Saint-Servais, en rassemblant sur ce site quelques photos supplémentaires de ses oeuvres avec des textes explicatifs.

Aujourd'hui, en cette année 2024, j'ai voulu participer à ma manière aux manifestions qui célèbrent le 200è anniversaire de sa naissance, et j'ai donc composé ce nouveau chapitre, avec d'autres aspects de son oeuvre.

Pierre Robée à Brezal et à Saint-Servais

Avant que Guillaume Le Roux ne détruise l'ancien château de Brezal vers 1860, les fermiers qui exploitaient la "réserve" résidaient dans l'aile ouest. Voir ICI pour situer les métairies de Brezal.

Pierre Robée, le grand-père maternel de Yan' Dargent, était "commis de bureau civil de la marine" lors de son premier mariage à Brest en 1794. On le retrouve ensuite, en 1817, au manoir de Brezal où il est qualifié de "marchand et cultivateur" dans une affaire qui l'oppose à Jean Boderiou de Leslem Bihan en Saint-Servais (minute de la justice de paix de Landivisiau du 27/7/1817).

Les 20 et 21 octobre 1817, à Brezal, Pierre Robée, "débitant de tabac au bourg de Saint-Servais et y demeurant, fermier sortant du château de Brezal", fait vendre aux enchères les "meubles et effets" qui lui appartiennent. Il s'agit des outils nécessaires à son ancienne profession, dont charettes et charrues, et les ustensiles de ménage. Ils sont achetés par les habitants des environs de Brezal et de Pont-Christ pour la somme de 253,27 francs.

Mais déjà, dès le 5 février 1817, Pierre Robée avait signé, devant la justice de paix de Landivisiau, son engagement de débitant de tabac conformément à la loi. En 1817, il était donc domicilié et exerçait son activité au bourg de St-Servais.

C'est plus tard qu'il fit construire son auberge-relais de poste, dans un lieu isolé, sur le bord de la grande route, près de Kerivin. Cette ancienne route qui menait notamment de Landivisiau au pont de La Roche, et que beaucoup appellent "la vie romaine". Elle n'est pas "romaine" pour deux sous, car elle a été construite vers 1750 sous la houlette du Duc d'Aiguillon, alors "commandant en chef" de Bretagne.

Dans les recensements de Saint-Servais, Pierre Robée apparaît en ce lieu jusqu'en 1846. Voir quelques explications complémentaires dans un autre chapitre.


Zoom sur quelques oeuvres picturales de Yan' Dargent

I - Assemblage de quelques tableaux de l'église St-Houardon à Landerneau (photos A. Croguennec)

1 - Défilé des saints et des saintes, assemblage des 3 tableaux de la nef

 Elisabeth 
 de Hongrie 
 Catherine
 de Sienne 
 Thérèse
 d'Avila 
 Scholastique 
 Pélagie 
 Félicité et
 ses 7 enfants 
 Marie-Madeleine 
 Clotilde 
 St-Cloud 
 Bathilde 
 Marie l'Egyptienne
en haillons 
 Dorothée portant 
 portant des fruits 
 Non 
identifiée 
 Catherine 
de Bologne 
 Elisabeth, tenant la main de saint Jean-Baptiste 
 Jean-Baptiste 
 Ste Anne 
 La Vierge Marie avec la 
colombe du Saint Esprit 
 Victoire Conan de Saint-Luc 
 Ste Ursule 
 Ste Evette 
 Ste Thumette 
 Ste Claire 
 Ste Eulalie 
 Ste Barbe 
 Ste Blandine 
 Ste Marguerite 
 Jeanne d'Arc 
 Ste Catherine d'Alexandrie 
 Ste Appolline 
 Ste Agathe 
 Ste Lucie 
 Ste Cécile 
 Ste Agnès 
 Ste Philomène 
 Ste Thècle et le lion 
 qui lui lèche les pieds 
 St Laurent
 sur le grill 
 St Etienne 
 St Eleuthère 
 St Vincent de Saragosse (grappe de raisin) 
 St Denys, l'aéropagite 
 St Irénée 
 Les 2 saints nantais 
Rogatien et Donatien
 St Théodore 
 St Pancrace 
 St Sébastien 
 St Maurice 
 St Cadoc 
 St Miliau et ... 
 St Melar, son fils 
 St Thomas Beckett 
 St Salomon (Salaün) 
 St Bieuzy 

/
On peut aussi faire défiler manuellement la vue dans le sens horizontal.
Positionner l'instrument de pointage sur le nom du personnage pour en savoir plus sur lui.



2 - Cortège de saints, évêques et moines, assemblage des 4 tableaux du choeur

 Non
identifié 
 St Philippe 
 Non
identifié 
 St Thomas
à genoux 
 <== Non identifiés ==> 
 St Charles
Borromée 
 St Jean Chrysostome 
 St François de Sales 
 St Thomas d'Aquin 
 L'abbé Fleury 
 St Basile 
 St Augustin 
 St Rémi 
 St Jérôme 
 Non
identifié 
 St Bonaventure 
 St Ambroise 
 St Athanase 
 Agenouillé
Non identifié 
 Jacques
le mineur 
 Jacques
le majeur 
 St André 
 St Barthélémy 

/
On peut aussi faire défiler manuellement la vue dans le sens horizontal.
Positionner l'instrument de pointage sur le nom du personnage pour en savoir plus sur lui.



Dans cette procession, Yan' Dargent a peint saint Bonaventure sous les traits de Jacques-Théodore Lamarche, évêque de Quimper et Léon de 1888 à 1892. Il était né à Paris le 15/3/1827 et mourut à Quimper le 15/6/1892.



Ci-contre les deux portraits réalisés par notre artiste.


 

II - Saint Houardon traversant la Manche, tableau de l'église St-Houardon à Landerneau

Belle toile de 2,35 x 4,87 m représentant Un Miracle de Saint Houardon traversant la mer par un moyen classique pour nos saints patrons venus d'Outre-Manche. L'abbé Madec l'avait décrite ainsi en 1909 :
"An daolen gaer a zo en iliz a ziskouez d'eomp Sant Houardon, kenta patron kear, azezet dispount var eul laouer hag a ia var an dour. Eun eal gallouduz a heñch ar vag-se a c'hiz nevez varzu traoñ Elorn".
Le peintre avait exposé le tableau au salon de 1859 et en avait fait don à l'église paroissiale. Une étude préparatoire de cette oeuvre, une huile sur bois de 14,5 cm x 29 cm existe au musée de Saint-Servais.

III - Fresques dans l'ossuaire de Saint-Servais

Ar bedenn hag an aluzen a denn an eneoù eus ar boan   -   Voir plein écran    -   Voir aussi

X

Restauration en 2015

Les peintures de l’ossuaire, a priori altérées dès le vivant de l’artiste, ont été rapidement occultées par un tableau qu’il réalisa lui même à cet effet.

Après dépose du tableau dans les années 1990, les peintures murales furent redécouvertes puis partiellement restaurées en 1998, mais les peintures se sont de nouveau rapidement altérées et présentaient de profonds blanchiments qui nuisaient à leur lisibilité. Après différents travaux d’entretien du bâtiment, visant à l’assainir et à stopper les infiltrations, la présente opération de restauration visait à rétablir l’état original de la peinture en retirant les restaurations anciennes et les voiles blancs, afin de pouvoir procéder ensuite à sa mise en valeur.

L’intervention a consisté dans un premier temps à débarrasser la peinture des différents consolidants qui avaient été appliqués en excès sur certains panneaux et qui avaient fortement blanchis en raison de l’humidité et des sels. Les repeints largement débordants et désaccordés ont également été retirés afin de retrouver le maximum de peinture originale. Les parties qui n’avaient pas été restaurées dans les années 1990 ont été refixées et nettoyées afin de les stabiliser.

L’ensemble a ensuite été homogénéisé à l’aide d’une résine perméable et stable pour pouvoir procéder à la retouche de l’ensemble.

(Géraldine Fray - 2015)


Ange de gauche après restauration
Ange du centre avant restauration

Ne pouvant supporter la dégradation de son triptyque Yan' Dargent l'avait fait recouvrir, il y a 150 ans, par une huile de même dimension représentant la légende du Folgoët. « C'est en 1995, lorsque nous avons descendu la toile, que nous avons découvert cette oeuvre colossale », raconte Jean Berthou. La fresque murale de 2,50 m de haut et 5,5 m de large aura nécessité l'intervention d'une équipe de trois personnes et trois ans pour la restaurer en 2015  .

      La mort et le vif      
(1870)  

Photo de
Dominique Radufe 
dans le catalogue
de 1989

La mort et le vif

Ecce homo

Sommer par les chefs religieux de condamner Jésus, Pilate s'est fait aisément son jugement : le prévenu est innocent des crimes de subversion dont ses coreligionnaires l'accablent. Mais devant cette foule hostile, Pilate prend peur et n'ose imposer son verdict d'innocence. Il tergiverse et louvoie pour amener cette horde non pas à entériner son jugement, mais du moins à accepter la remise en liberté de leur victime pitoyable.

"Ecce homo !". "Voilà l'homme, votre loque d'homme !".
Quel danger pour vous présente-t-il réduit à cet état ?

Pilate pourtant le savait : une foule d'hommes, rameutée par des meneurs, est incapable de sentiments humains. Elle n'est propre qu'à hurler et à se gorger de sang. Il fallait que Jésus connût les bas-fonds de l'injustice en succombant à l'arbitraire absolu d'un tribunal populaire. (Jean Feutren)


Pourtant cet "homme" représenté par Yan' Dargent
rayonne d'une force divine.

X

La mort et le vif : Rongée par l'humidité, cette fresque a été recouverte en 1895 par une boiserie portant une toile de Yan' Dargent La Sainte Famille. Elle nous est connue par une photographie. Une gravure sur bois parue dans La Semaine Illustrée du 23 février 1873 reprend le même motif, le mercredi des Cendres.

 

Un exemple de ses talents d'illustrateur

Les Vrais Robinsons - Dessins de Yan' Dargent

 Diaporama : photos    
Photo  n° 
  
 Avance
manuelle
 


- Les vrais Robinsons (1)
- Anonyme (2)
- Saturne (3)
- Philoctète (4)
- Le cénobite (5)
- Mildus (6)
- Dom Sébastien (7)
- Hernandez (8)
- Anna d'Arfet (9 et 10)
- Fernand Lopez (11)




Pour chaque illustration le livre vert permet d'accéder à un résumé du texte précisant le contexte du dessin (résumé réalisé par l'auteur de ce site).
Ces résumés des textes contextuels à chaque illustration restent à compléter.


 


Les Vrais Robinsons (sommaire) - cliquer sur le livre vert pour des explications . Pour chaque illustration le livre vert permet d'accéder à un résumé du texte précisant le contexte du dessin (résumé réalisé par l'auteur de ce site).
 

Yan' Dargent et Eugénie Mathieu, son épouse, à Creac'h-André

Notre artiste n'a pas vécu qu'à Saint-Servais, même lors de ses séjours finistériens. Vers 1865-1866, il se fait construire le manoir de Creac'h-André entre Roscoff et St-Pol de Léon, près de la mer. D'abord, il y passera tous les étés. Après le décès de son épouse, Eugénie, en 1885, c'est là que Yan' Dargent se retira définitivement. Voici quelques dessins de cette période et de cet endroit, publiés dans la presse de l'époque.

De son atelier, il embrassait un paysage sublime : la pointe de Primel, le château du Taureau, l'Ile-de-Batz, les Sept Iles ...

Creach-André aujourd'hui

 

Eugène Mathieu, beau-père et disciple de Yan Dargent, a peint également une Vue de Creac'h-André qu'il exposa en 1868.   Il eut un atelier au 48, rue des Saint-Pères à Paris. La tombe familiale "Mathieu" se trouve au cimetière du Montparnasse à Paris, elle accueille aussi Ernest Dargent.

Alfred Nettement, historien et littérateur prolifique, ami du couple Yan' Dargent - Eugénie Mathieu, et témoin à leur mariage, séjourna aussi à Creac'h-André en 1868. Dans sa biographie, on nous livre la vision d'Alfred Nettement sur ce lieu idyllique, tant par son paysage et la maison, que par le talent de Mme Dargent jouant au piano de belles oeuvres classiques.

L'épouse de Yan' Dargent était accompagnée au violon par M. de Kermoysan, châtelain du voisinage et ancien officier. Qui était M. de Kermoysan ou Kermoisan ?

Le musée de St-Servais possède des partitions musicales de l'épouse du peintre, notamment « Violette abandonnée », un document doublement intéressant car la couverture est illustrée d'une lithographie signée de l'artiste. Il détient aussi la cantate « La France et Dieu », avec chœur pour voix égales est dédiée au maréchal de Mac-Mahon, duc de Magenta, poésie du révérend père Joseph Dulong de Rosnay, musique de Mme Yan’ Dargent.

Mais Eugénie Mathieu a composé d'autres oeuvres, elle a même donné des concerts dans l'atelier de son mari à Paris  .  < Màj 21/1/26 

X
X Eugène MATHIEU, né le 2/3/1812, Nogent-sur-Seine, décédé le 6/5/1885, Rue des Saints-Pères 40, Paris 7è (à 73 ans), enterré au cimetière du Montparnasse, Paris, artiste peintre. Il a eu un atelier au 48, rue des Saints Pères.
Marié avec Marie Louise Alexandrine ANDRE, née vers 1807, décédée le 6/12/1896, Rue St-Guillaume 31, Paris 7è, enterrée au cimetière du Montparnasse, Paris (à 89 ans), artiste peintre, dont
Portrait de Eugène Mathieu en 1841 Acte de mariage Yan' Dargent et Eugénie Mathieu le 1/7/1867 à Paris (7è)

 

On remarquera sur l'acte de mariage les noms de témoins prestigieux, amis des époux :
- Charles Furne, éditeur, âgé de 40 ans, demeurant à Paris, rue St-André des Arts n° 45
- Jules Hetzel, éditeur, âgé de 48 ans, demeurant à Paris, rue Jacob n° 18
- Alfred Nettement, littérateur, âgé de 58 ans, demeurant rue de Belle-Chasse 51
- Aristide Cavaillé-Coll, facteur de grandes orgues, chevalier de la légion d'honneur, âgé de 53 ans, demeurant avenue du Maine 7

X

Alfred Nettement, sa Vie et ses Oeuvres par Edmond Biré.

Dans l'été de 1868, Alfred Nettement, que la grande chaleur avait un peu fatigué et qui avait besoin de respirer l'air de la mer, décida d'aller avec sa famille passer quelques semaines chez un de ses amis, M. Yan' Dargent, le peintre de la cathédrale de Quimper, qui avait un chalet dans le Finistère, au bord du golfe creusé entre la côte de Morlaix et Roscoff. Nos voyageurs partirent de Paris le 8 août, s'arrêtèrent quelques heures à Saint-Brieuc chez Mlle Zénaïde Fleuriot, visitèrent Morlaix et, après une courte station à Saint-Pol-de-Léon, arrivèrent au chalet de Creach'André, où les attendait l'aimable hospitalité de M. et Mme Yan' Dargent.

Creach'André est à mi-côte d'une plage magnifique, au bas de laquelle s'étend une nappe d'eau immense. Quand on est sur la terrasse qui forme une promenade de plus de 300 mètres, dont les deux extrémités descendent vers la mer, à gauche dans la direction de Roscoff, à droite dans celle de Saint-Pol-de-Léon, on voit devant soi une baie qui a plusieurs lieues de profondeur ; directement en face, l'île de Calot et le château du Taureau ; plus loin, l'embouchure de la rivière de Morlaix ; à droite, au delà de la mer, on aperçoit, quand le temps est beau, la ligne des montagnes d'Arrée, à gauche, les perspectives sans limites du grand Océan.

Quand Alfred Nettement se pouvait arracher aux enchantements de cet admirable spectacle, quand il rentrait à la maison, c'était pour y trouver de nouvelles jouissances. Il aimait passionnément la peinture et la musique il passait donc des heures charmantes dans l'atelier de son hôte, et surtout dans le salon au-dessous de l'atelier, où l'on faisait de délicieuse musique, où un châtelain du voisinage, de première force sur le violon, M. de Kermoysan, ancien officier de la garde royale, accompagnait avec un vrai talent Mme Yan' Dargent, elle même musicienne accomplie. La fête, certes, était complète d'entendre les chefs-d'oeuvre de Beethoven, de Haydn, de Mozart interprétés avec un charme, une suavité d'exécution qu'on rencontre rarement dans les meilleurs concerts de la capitale, et de les entendre, non plus dans une salle étouffante, à la lumière du gaz, mais au bord de l'Océan, quand on voit, par la fenêtre ouverte, la lune qui se mire sur les flots et les barques voilées qui rentrent au port.

C'était trop beau pour durer. Un jour, après un bain trop prolongé, pris de grand matin par un temps très froid, il sortit de la mer avec un rhumatisme dans les reins. On devait aller ce matin même déjeuner dans le voisinage, au château de Kerouzéré. Malgré tout ce qu'on put lui dire, il ne voulut pas renoncer à cette partie. C'était quatre lieues à faire, dans un break, par de mauvais chemins quand il arriva dans la cour du manoir, il était au moment de s'évanouir. Il tremblait la fièvre, mais sa gaieté naturelle ne l'avait pas abandonné. Il adressa de gracieuses excuses à la châtelaine, et fit lui-même les honneurs de sa physionomie de chevalier de la triste ligure, venant comme don Quichotte frapper à la porte d'un château enchanté. Sa femme et sa fille durent demander un lit pour lui et veiller à son chevet. Le soir, on le ramena à grand'peine à Creac'h-André, où sa maladie se prolongea pendant plusieurs jours. Enfin il se rétablit, ne gardant, semblait-il, de cette rude atteinte qu'un peu de faiblesse. Malheureusement ce n'était qu'une fausse apparence en réalité, il venait de contracter là le germe de la maladie qui l'emportera quelques mois plus tard. Quarante ans d'un travail sans relâche l'avaient laissé debout il tombera victime d'une semaine de vacances. Après un court repos à Creac'h-André, il se crut assez fort pour pouvoir continuer son voyage. En quittant M. et Mme Yan' Dargent, qu'il devait retrouver à Paris l'hiver suivant, il visita Brest et ses environs et gagna le Morbihan, où l'attendaient ses amis Cadoudal. ...

Qui était M. de Kermoysan ou Kermoisan ?

X

Qui était M. de Kermoysan ?

Réponse : Le concert à Créac'h-André avec Kermoysan au violon et Eugénie Mathieu a eu lieu en 1868. Les informations qui suivent nous permettent de dire qu'il était le châtelain de Kerandraon en St-Pol-de-Léon et avait pour prénom Hippolyte, car ... Jean René Louis de KERMOISAN, né le 15 juin 1769, Vannes, décédé le 3 décembre 1839, Quai de Léon, Morlaix (à 70 ans), lieutenant colonel, propriétaire.
Marié le 31 mai 1802, Ploermel, avec Françoise Jeanne Marie Aleandrine CHARDEVEL, née - Ploermel (56), décédée le 27 décembre 1870, Manoir de Coatamour, Ploujean, dont X
X

Livrets de partition avec la musique d'Eugénie Mathieu :

Voir en plein écran

1 Illustrations de Yan' Dargent, voir diaporama.
2 Voir Coll. archives numériques nationales hongroises (Anh).


Eugénie Mathieu était reconnue dans le monde musical :
  • Le 3 juillet a été célèbré en l'église Saint Thomas d'Aquin le mariage de Mlle Eugénie Mathieu avec M. Yan' Dargent, le peintre et dessinateur bien connu. (source Le Ménestrel, journal de musique, du 7/7/1867)
  • Mercredi, 3 juillet, a été célébrée, en l'église Saint-Thomas-d'Aquin, le mariage de M. Yan' Dargent, artiste-peintre distingué, et de Mlle Eugénie Mathieu, pianiste compositeur. La messe en musique, qui a été exécutée à cette occasion est de Mme Yan' Dargent, et l'on s'accorde à dire qu'elle a vivement impressionné l'auditoire. (source La Semaine musicale du 11/7/1867)


  • Les lectrices des Leçons de piano m'ont parfois demandé des conseils pour la musique de chant ; je suis forcée de me récuser sur ce point, et d'arguer de mon incompétence ; mais je puis du moins leur indiquer quelques morceaux de chant, absolument différents des douloureuses banalités que l'on fait entendre trop souvent.
    Voici d'abord, pour mezzo-soprano, l'Adieu à la mer, paroles de Lamartine, musique de J. Rosenhain ; cette belle, large et dramatique mélodie existe aussi pour ténor et pour baryton ; deux recueils de mélodies allemandes (oeuvre 4), et six romances (oeuvre 10), deux mélodies (oeuvre 59) ; - six mélodies (Echos des campagnes), à deux voix (soprano et baryton), paroles d'Emile Deschamps, - et enfin les onze recueils de mélodies du même auteur, J. Rosenhain.
    J'indiquerai aussi de jolies romances de Mme Yan d'Argent : la Lettre de Paul à Virginie, Violette abandonnée, paroles de M. Edouard Laboulaye), facile à chanter, charmante à entendre ; Violette abandonnée est presque une scène dramatique, mais d'un sentiment doux, pur et élevé.
    Emmeline Raymond (source La Mode illustrée, 1868)

    Le Ménestrel du 28/2/1869
     

  • Chronique du mois. ... Et à propos de musique, c'est une bien jolie chose que d'entendre dans un atelier dont l'élévation et les parois sonores révèlent tant d'effets perdus dans les salons parisiens, exigus et si chargés de tentures. C'est dans l'atelier de M. Yan' Dargent que l'on exécutait récemment un charmant trio pour voix de baryton, piano et violon, composé par Mme Yan' Dargent, naguère Mlle Eugénie Mathieu, qui, malgré sa jeunesse, a déjà obtenu tant de succès comme pianiste, et les succès plus rares encore qui sont réservés aux compositeurs. Les paroles de ce trio (l'Amour dans la mansarde) sont de Mme Penquer, et la pensée musicale est l'interprète fidèle, ingénieuse, tendre et élevée, de la pensée poétique. Ce trio est un morceau que l'on entendra partout avec plaisir, et que l'on redemandera quand on l'aura entendu.
    Recommandons aussi très particulièrement, une transcription de Mme Yan Dargent : c'est l'adagio de la 7è sonate pour piano et violon réduit pour piano seul, et si heureusement réduit que les deux instruments dialoguent sous les doigts du pianiste seul, tout comme s'il était assisté du violoniste. C'est une heureuse idée de Mme Yan Dargent, et il serait à souhaiter qu'on l'appliquât aux plus belles oeuvres écrites pour piano et violon ; on pourrait ainsi les connaître intimement, car, si l'on n'a pas toujours près de soi un violoniste de bonne volonté, on a toujours un piano sous les doigts. Ces morceaux sont édités chez M. Maho, rue du Faubourg-Saint-Honoré, 25.
    E. R. (source La Mode Illustrée 31/1/1869)
  • Musique nouvelle. ... ... En fait de musique de chant, je recommanderai les compositions de Mme Yan' Dargent, qui occupent une place si justement estimée ; un
    O salutaris pour mezzo soprano, pouvant être chanté par toutes les voix ; l'accompagnement en est facile, le morceau plein d'onction et de charme.
    La Jeunesse, très jolie romance (paroles de Mme Elie de Beaumont), ayant le rare mérite de pouvoir être chantée par une jeune fille ; l'inspiration en est gracieuse et l'exécution facile.
    Violette abandonnée, romance déjà recommandée à nos lectrices, et qui est parvenue à sa seconde édition.
    Enfin Mme Yan' Dargent, qui a composé les trois morceaux précédents, a écrit aussi (et entre autres) pour piano seul un caprice, la Vieillerie ; cela est simple, naïf d'apparence très finement composé.
    Emmeline Raymond. (source La Mode Illustrée 20/6/1869)

X

  • C'est ordinairement après Pâques que les concerts attirent la foule. Signalons parmi ceux de la saison deux matinées musicales dans lesquelles Mlle Eugénie Mathieu, jeune pianiste d'un talent de premier ordre, s'est fait entendre avec le concours d'artistes justement aimés du public parmi lesquels il suffira de nommer, pour la partie instrumentale, MM. Marx, premier violoncelle de l'Opéra, MM. Garcin et Ferrand, violons distingués, et, pour la partie vocale, MM. Jules Lefort et Archambaux. La réputation de M. Lefort est faite ; tout le monde aime sa voix si sympathique et admire sa méthode si savante. A cette matinée, comme partout, il a ontenu un succès bien mérité. M. Archambaux a été fort appplaudi dans le boléro de la Mule de Pedro.
    Elève de Prudent et de Marmontel, Mlle Eugénie Mathieu réunit la vigueur à la légèreté, la fermeté magistrale au sentiment et à l'espression. Quand elle joue, ce n'est plus seulement un instrument qu'on entend, c'est une voix qui vous parle. Elle a attaqué avec le même bonheur la musique de Mozart, de Haydn, de Beethowen, celle de Rossini, de Bellini et de Meyerbeer. Les juges les plus compétents exprimaient, après ces deux auditions, l'avis que Mlle Mathieu prenait rang parmi les pianistes les plus remarquables de Paris par l'intelligence musicale, la sureté de la méthode et la merveilleuse souplesse du doigté.
    (source La Semaine des Familles du 13/5/1865)
  • Laissez-moi vous parler d'une poésie ravissante de M. Alfred Nettement, poésie pour laquelle une jeune et charmante artiste, mademoiselle Eugénie Mathieu, a fait une délicieuse musique. Mademoiselle Eugénie Mathieu est née artiste, et comment eût-il pu en être autrement ? son père est un peintre de talent et sa mère grave et fait le pastel d'une façon merveilleuse. Mais Eugénie a rejeté les pinceaux et le burin pour se donner à la musique ; et comme ses parents, quoique bien jeune encore, elle s'y est fait déjà une place à part. Ainsi Jules Lefort chante partout et avec un véritable succès ses mélodieuses compositions. Il faut dire aussi qu'elle sait choisir ses paroles, ce qui n'est pas un petit talent.
    Pour preuve Les larmes d'un ange, cette légende qu'Alfred Nettement, dont la plume ne laisse jamais tomber que des perles, a écrite pour elle.
    Un enfant se mourait et près de lui venait de descendre l'ange chargé par Dieu de recueillir les âmes de ses élus pour les porter au pied de son trône éternel. La mère du pauvre enfant, éperdue et désespérée, priait et pleurait en couvrant de baisers les petites mains déjà glacées de son fils... Il ne veut pas quitter sa mère et la laisser seule. ... L'ange s'attendrit et une larme, tombant des ses yeux sur le front de l'enfant, le fait renaître comme la rosée tombant sur une fleur, et il s'envole vers le ciel en disant : " Ami, Dieu le permet, reste donc sur la terre : C'est aimer Dieu, qu'aimer sa mère."
    Comtesse de Bassanville. (Le Moniteur de la Mode de décembre 1865).
  • Une jeune pianiste-compositeur de talent, Mlle Eugénie Mathieu, s'est également produite dans les salons du Louvre. Quelques jours après, cette jeune artiste se faisait applaudir chez Mard, chez Mme Elie de Beaumont, où elle recevait les félicitations de Liszt. Dans cette même soirée, le baryton Archaimbaud a interprété, avec tout son talent habituel, deux production de Mlle Mathieu, les Larmes d'un ange et la chanson du Chevalier
    (source Le Menestrel du 25/3/1866)
  • ... Mlle Mathieu, pianiste sérieuse, a exécuté plusieurs morceaux très applaudis ... (source La Semaine musicale du 26/4/1866)
  • Mme Marie Godin, une nouvelle cantatrice à la voix vibrante, s'est fait applaudir ... à la grande séance des Crèches, présidée par Mgr l'archevêque de Paris. ... A cette même séance, brillait Mlle Eugénie Mathieu, la jeune pianiste complimentée par M. l'abbé Listz, et dont MM. Jules Lefort et Archaimbaud ont adopté les mélodies....
    (source Le Menestrel du 29/4/1866 p. 175)
  • Une excellente pianiste de l'école Marmontel, qui ambitionne les palmes du compositeur, Mle Eugénie Mathieu, s'est fait entendre, chez elle, dans une matinée où plusieurs de ses compositions ont remporté les honneurs du programme. MM. Jules Lefort et Archaimbaud se font les interprètes des mélodies de Mlle Mathieu. On a surtout applaudi les Larmes d'un Ange, poétiques paroles de M. Alfred Nettement, l'auteur du Berceau. (source Le Menestrel p. 191)
  • Les salons parisiens ont entendu beaucoup de musique depuis un mois. On a fort remarqué le talent de Mlle Eugénie Mathieu qui a obtenu de grands succès chez M. le comte de Nieuwerkerke, chez Mme Elie de Beaumont, partout enfin où elle a fait entendre son talent grave, pur et brillant ; elle appartient à cette brillante école qui a produit M. Ritter, et s'est placée tout de suite au premier rang des meilleurs professeurs de piano.
    (La Mode Illustrée 1866)
  • Nos lectrices ont reçu dans le dernier numéro une romance, composée par Mlle Eugénie Mathieu, qui a obtenu à Paris une triple réputation comme pianiste, professeur habile, et compositeur ; elle a su se faire une place à part, dans la foule considérable des artistes renommés, et, dès son début, elle a recueilli ces approbations qui ne se prodiguent pas, et que l'on ne saurait obtenir sans les avoir méritées ; c'est à tous ces titres que, nous faisant l'écho de la grande ville, nous signalons ce jeune talent, né d'hier, et attirant déjà l'attention. - Emmeline Raymond (La Mode Illustrée, mars avril 1866).
  • Il est une heure où les talents qui existent depuis quelque temps déjà pour les connaisseurs privilégiés font tout à coup leur avénement pour le public : c'est ce qui est arrivé cette année à Mlle Eugénie Mathieu, jeune et remarquable pianiste, au rare talent de laquelle nous avons plusieurs fois rendu justice dans ces colonnes. Ces dernières semaines ont été pour elle une suite de triomphes. Elle a joué dans plusieurs concerts particuliers, devant la société la plus brillante de Paris et plus récemment dans les concerts pour les pauvres ou les crèches avec un éclatant succès. Que dirons-nous de plus ? Après avoir été appréciée et louée par Rossini, elle a exécuté les morceaux les plus difficiles de Listz devant Listz lui-même de manière à faire illusion à ses admirateurs. En fermant les yeux on croyait entendre le maître, et Listz, on le voyait à l'expression de sa physionomie qui traduit si éloquemment ses impressions, se reportait, en écoutant ce jeune et frais talent, à sa propre jeunesse et assistait par la pensée à ses premiers succès. Ce qu'il y a de remarquable, c'est que Mlle Eugénie Mathieu n'a pas imité Listz qu'elle n'a jamais entendu, elle l'a deviné. L'illustre maître a prodigué à la jeune artiste, à la fois pianiste et compositeur, les félicitations les plus chaleureuses et les applaudissements les plus sympathiques. Après avoir entendu un Salutaris Hostia qu'elle a composé, Listz qui a beaucoup goûté ce morceau a voulu sans toucher au chant mouvementé, l'accompagner par une légère addition et broder l'harmonie. C'est ainsi que, comme pianiste de premier ordre, compositeur déjà remarqué et professeur éminent par la sûreté de sa méthode et ce talent d'enseignement qui excelle à développer les dispositions, Mlle Mathieu marque sa place parmi les premiers artistes de notre temps. - Nathaniel (source La Semaine des Familles du 5/5/1866)

Le 25 avril 1889, admission de Yan' Dargent parmi les membres de la Société Archéologique du Finistère. Il y restera jusqu'en 1892, l'année où il donna sa démission à la suite d'une critique grave et infondée du chanoine Abgrall.

X

Bulletin de de la Société Archéologique du Finistère de 1892

M. l'abbé Abgrall lit la note suivante sur la restauration des peintures de l'église de Ploéven :

"L'église de Ploéven, près Plomodiern, possède des peintures très curieuses, datant de 1660, et sur lesquelles j'ai publié une notice dans le Bulletin de la Société, année 1866, p. 96. Le lambris de cette église menaçant ruine, et ayant absolument besoin d'être remplacé, le recteur consulta un peintre en renom pour savoir s'il devait conserver les panneaux peints de la voûte du choeur, malgré leur état de délabrement. Le peintre qui a un talent reconnu, mais qui n'est pas doublé d'un archéologue, prononça qu'on pouvait sans aucun scrupule sacrifier ces vieux bariolages.

" Le recteur qui a peut-être plus de sens artistique, en tout cas plus de respect pour les créations que nous ont léguées nos ancêtres, hésita à commettre cette barbarie. Avec l'aide d'un simple menuisier de campagne, adroit et intelligent, il numérota et enleva soigneusement toutes les planches du lambris du choeur, constata si elles étaient disjointes et peu solides, c'est qu'elles n'étaient pas clouées sur des supports assez fermes et assez rapprochés ; il doubla et tripla les faux-cintres, fit repointer là-dessus toutes les planches en bon ordre, les consolida au moyen de nervures légères formant encadrements, fit laver les peintures et passer là-dessus une légère couche de vernis.

" Elles reparurent avec un éclat tout nouveau, et là où le peintre n'avait vu que des ébauches indignes de rester au jour, nous admirons aujourd'hui huit panneaux de la Passion du sauveur, ayant un coloris très beau et un caractère absolument artistique, formant une page très intéressante de la peinture monumentale au XVIIè siècle.

" Ces tableaux, grâce à ce travail si simple, onr maintenant une durée assurée pour plus de 200 ans encore, et nos arrière-neveux leur trouveront peut-être plus de charme qu'aux productions du grand artiste qui avait prononcé leur arrêt de mort.

" Voilà pourquoi je sollicite les félicitations et remerciements de la Société archéologique du Finistère pour M. l'abbé Souêtre, recteur de Ploéven, en souhaitant qu'il ait partout des imitateurs. "

Des félicitations chaleureuses sont adressées à M. le recteur de Ploéven.


Réponse de Yan' Dargent par courrier adressé à M. de la Villemarqué

Creac'h-André 29 mai 92

Monsieur le Président,
C'est moi que vise l'article de M. Abgrall de la 4è livraison du bulletin de la Société archéologique de 1892. J'ai en effet été appelé à donner mon avis sur les peintures de Ploëven et j'étais assisté dans cette circonstance par trois prêtres qui pourraient affirmer que mon jugement n'a eu rien de cassant, j'ai même souvenir (et ces messieurs pourraient au besoin l'attester) que bien loin de conseiller leur destruction, j'ai dit qu'il était bon de les conserver pour ne pas risquer de froisser les sentiments des paroissiens qui ont souvent en grande vénération des images qui n'ont vraiment aucune parenté avec les choses d'art.

Je ne crois pas du reste m'être trompé en disant que ces peintures ne se recommandent par aucune qualité artistique et que leur restauration nécessiterait une grande dépense que leur valeur ne justifiait aucunement.

Je ne me suis jamais cru le droit d'être cassant dans mon jugement en art et je trouve les termes qu'on me prête dans le susdit article fort déplacés - au moins autant que de vouloir ranger ces peintures dans les beaux spécimens de l'art au XVIIè siècle.

Certes, de notre temps, le désarroi des opinions en art est bien grand, on n'en vit jamais de pareil, je crois, cependant je défie bien qu'on trouve un artiste, fut-il doublé d'un archéologue, pour oser déclarer ces peintures de Ploëven un des beaux spécimens de l'art au XVIIè siècle et, ma foi, j'ai été, on ne peut plus surpris de voir nos collègues (car je suis un collègue) approuver avec enthousiasme la teneur de cet article qui, à mon sens, n'est pas très convenable.

Je ne comprendrai jamais non plus que dans une société quelconque on se serve, entre collègues, des aménités de ce genre, aussi je donne, par la présente, ma démission de membre de la Société archéologique du Finistère.

Il me semble encore, Monsieur le Président, qu'il serait juste d'insérer ma lettre dans le prochain numéro du Bulletin, en réponse audit article ; le refuser sous le prétexte que je n'y suis pas nommé, ne serait pas, je crois, précisément loyal.

Veuillez agréer, je vous prie, Monsieur le Président, l'assurance de ma considération la plus distinguée.

Yan' Dargent.

 

Les derniers jours de l'artiste

 1 

"En annonçant la mort de M. Yan' Dargent le peintre bien connu (Semaine religieuse du 1/12/1899), l'hebdomadaire écrivait que "toujours profondément attaché à la foi chrétienne à laquelle il doit ses meilleures inspirations, il avait été complètement ramené à Dieu par la souffrance et la maladie". Un numéro des Annales Salésiennes (8/1/1900) contient d'émouvants détails sur les derniers jours de l'artiste et sur sa mort édifiante.

Par suite d'un travail excessif Yan' Dargent "subit, vers la fin de sa vie, une douloureuse épreuve physique et morale : sa raison vacilla. Une crise d'âme, terrible entre toutes, en fut la conséquence. Celui dont le pinceau a écrit tant d'actes de foi, fut torturé par le doute ; le Breton, qui avait appris le Credo sur les genoux d'une mère pieuse, sentit l'idée religieuse s'évanouir dans un chaos où les saintes figures prennent un aspect indécis et flottant comme les êtres de la légende. Tous les grands problèmes de la vie et de la mort se posèrent ensemble dans son esprit fatigué, et sa raison révoltée refusait de les résoudre par la solution de la foi. Il combattait contre les fantômes des ténèbres, mais une protection céleste veillait sur Yan' Dargent : la prière de sa mère, pour le souvenir de laquelle il gardait une affection touchante, et celle d'une pieuse compagne enlevée prématurément à son amour.

" Dieu, devant lequel aucun bien accompli ne se perd, secourut l'artiste qui lui avait voué son talent, et Celui qui envoya un ange à Tobie pour le ramener dans la maison de son père, ramena Yan' Dargent au foyer de ses enfants qu'Il chargea de le faire rentrer au bercail du Bon Pasteur. M. Ernest Yan' Dargent et sa pieuse épouse se consacrèrent à cette oeuvre filiale avec un dévouement chrétien que rien ne rebuta ; ils soignèrent le corps dont les désordres annonçaient une une désorganisation prochaine ; ils entreprirent doucement la cure de l'âme troublée.

" Ils amenèrent le malade à Troyes où il vécut pendant trois semaines, sous les frais ombrages de Saint-Bernard, de l'hospitalité si dévouée du bon P. Brisson, supérieur fondateur des Oblats de Saint-François de Sales. Il parla de ses doutes au vénéré religieux ; le saint prêtre comprit que ses troubles existaient seulement dans l'imagination ; il rappela l'artiste à la foi de l'enfant et à la confiance filiale en Dieu.

" L'épreuve continua, pendant le séjour de Yan' Dargent à Soyhières [en Suisse] ; mais si l'action miraculeuse ne fut pas immédiate, l'air ambiant que respirait le malade était saturé de senteurs surnaturelles ; il vivait dans une atmosphère de foi, de pureté et de prière ; son âme se remplissait des impressions fécondes. Combien de fois l'aspect de cette ravissante vallée de Mettemberg, en ranimant les idées de l'artiste, apportait une réponse aux souffrances de l'âme.

" C'était la promenade favorite du malade ; il y fit, pendant que son fils traduisait les effets de couleurs, plusieurs dessins que sa main découragée avait peine à terminer, et qui resteront les dernières traductions du maître.

 2 

" La semence mise en terre ne germe pas instantanément, mais elle produit des fruits sous l'action du soleil et de la rosée. En quittant Soyhières, Yan' Dargent inscrivit son nom sur le livre des pélerins et y formula ses demandes. Il demanda instamment aux religieuses qu'elles priassent pour lui. M. Le Curé lui dit adieu en l'assurant qu'au Saint Sacrifice de la Messe, il penserait à lui. Yan' Dargent en resta tout ému jusqu'aux larmes et partit confiant, sentant que la prière seule serait son sauveur.

" L'heure de la grâce de Dieu approchait. Dieu exauçait les prières de ses enfants, récompensait leur dévouement : cette belle intelligence retrouvait peu à peu sa lucidité, et la raison son équilibre. Le Breton croyant s'agenouilla devant Dieu. Il demanda qu'on l'aidât à dire ses prières et il aimait à ce que son infirmier et ses enfants les lui fissent réciter souvent. Le 12 novembre, Yan' Dargent demanda au Père de M***, Oblat de Saint-François de Sales, de l'entendre en confession. L'absolution rendit le calme à cette âme torturée, le pardon de Dieu dissipa les obsessions sous lesquelles elle se débattait, la vérité lui apparut de nouveau dans sa splendeur sereine, le nuage qui lui cachait la lumière s'était éclipsé, il sentait que croire n'est pas comprendre. La nature de la maladie ne permit pas qu'on lui donnât le saint viatique, mais quand le prêtre fut au moment de se retirer, Yan' Dargent lui baisa la main droite en disant : "C'est cette main qui donne la Sainte Communion". Dieu lui inspira la communion du désir, et lui accorda la paix que le chrétien demande avant de communier. Il lui épargna aussi les terreurs suprêmes qu'il avait tant redoutées.

" Yan' Dargent avait exprimé le désir d'être inhumé dans l'église de Saint-Servais, située en Finistère. Il était né dans ce village, sa mère y dort son dernier sommeil, il voulait reposer près d'elle, au milieu des peintures dont il a décoré la chapelle obituaire ; son fils a exaucé ce voeu.

" L'arrivée du cercueil par une nuit d'hiver eût tenté le pinceau de Yan' Dargent ; il aurait aimé à peindre le long chariot précédé d'une lanterne, dont la clarté mobile agitée par le vent automnal rappelait l'âme humaine troublée par des impressions en dehors de sa volonté, et qu'une seule lumière guide sûrement, celle de la foi. Il lui aurait plu de représenter la levée du corps, si imposante dans sa simplicité, faite en pleine nuit par le recteur de Saint-Servais, entouré de Bretons, qui semblaient détachés d'un tableau de Yan' Dargent. Venus au-devant du cercueil de celui qui fut la gloire de leur pays, ils le portèrent à bras, à la clarté des lanternes et des falots de résine jusqu'à la chapelle obituaire, transformée en chapelle ardente. Yan' Dargent passa là sa dernière nuit, veillé par ses compatriotes qui assistèrent nombreux et recueillis au service solennel célébré le lendemain pour son âme. Il repose en paix dans sa Bretagne bien-aimée, près de sa mère, dans le doux rayonnement de l'autel sur lequel Jésus-Christ est immolé chaque jour pour le salut des hommes."

(La Semaine Religieuse de Quimper et de Léon du 16/3/1900)

Manifestations organisées pour le bicentenaire

 Pour en savoir plus, c'est par ICI, le dépliant officiel. 

Sources

Une dédicace de Jean Berthou en 1998


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 André J. Croguennec - Page créée le 3/6/2024, mise à jour le 21/1/2026.