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Kerfaven et le Celtic Interconnector

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Autre chapitre sur Kerfaven

Pourquoi une interconnexion électrique entre la France et l'Irlande

L'Irlande et la France vont interconnecter leur réseau électrique en passant par Kerfaven. Pourquoi ? Voici plusieurs raisons :

  1. Sécurité énergétique renforcée :
    l’Irlande n’avait jusqu’ici aucune connexion directe avec l’Europe continentale ; son seul lien passait par le Royaume-Uni. Depuis le Brexit, cette dépendance posait un risque stratégique. Le "Celtic Interconnector" crée donc une voie d’approvisionnement indépendante, améliorant la résilience du réseau irlandais.
  2. Intégration des énergies renouvelables :
    l’interconnexion permettra de mieux valoriser les excédents d’énergies renouvelables, notamment l’éolien irlandais et l’hydraulique/nucléaire français. Elle facilitera les échanges dans les deux sens et contribuera à stabiliser les réseaux en absorbant les surplus ou en comblant les déficits.
  3. Connexion directe de l’Irlande au marché européen :
    c’est la première liaison directe entre l’Irlande et l’Europe continentale. Elle permet à l’Irlande d’accéder au marché intérieur de l’électricité de l’UE, ce qui favorise la concurrence, la baisse des coûts et une meilleure intégration économique.
  4. Capacité significative :
    le câble pourra transporter 700 MW, soit l’équivalent de l’alimentation de 450 000 foyers. C’est un apport non négligeable pour équilibrer les réseaux des deux pays.
  5. Un projet structurant pour la transition énergétique :
    en reliant deux systèmes électriques insulaires/continentaux, le projet contribue à réduire les émissions en facilitant l’usage d’électricité bas-carbone, à stabiliser les réseaux face à l’intermittence, à soutenir les objectifs climatiques européens.

En résumé, le Celtic Interconnector n’est pas seulement un câble sous-marin : c’est un levier stratégique pour la sécurité énergétique, la transition écologique et l’intégration européenne. Pour la France, il ouvre un nouveau débouché pour son électricité bas-carbone ; pour l’Irlande, il représente une véritable assurance énergétique et un accès direct au marché européen.

Le tracé en Finistère

A Kerfaven, le cable doit passer sous la ligne de chemin de fer, puis sous l'Elorn, afin de quitter la commune de La Roche-Maurice pour arriver dans celle de Saint-Servais.

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La traversée du Chemin de fer et de l'Elorn à Kerfaven

Rappel : avant l'ouverture du chantier une recherche archéologique préventive, menée par l'Inrap, avait eu lieu sur le terrain correspondant à la surface utilisée, à cet endroit, par le chantier du Celtic Interconnector. On y avait trouvé de nombreux silex taillés et une très vieille embarcation. Voir un autre chapitre.

Le site au débit des travaux du côté de La Roche-Maurice. Au fond, devant la rangée d'arbres,
les poteaux de la ligne de chemin de fer supportant les catenaires.

Cette vue montre les deux chantiers de part et d'autre de la voie ferrée et de l'Elorn, au premier plan sur la commune de La Roche-Maurice, au deuxième plan, au-delà de l'Elorn, sur la commune de Saint-Servais.

Sur la droite et en bas de la photo, les bâtiments de l'exploitation agricole Tanguy.

Le micro-tunnelier en action à Kerfaven (ci-contre à droite) :

Pour permettre le passage de la liaison électrique sous l'Elorn et les voies de chemin de fer, l'intervention d'un micro-tunnelier a été nécessaire. Il a évité de perturber significativement la circulation ferroviaire et a limité les impacts sur l'environnement. Pour contourner ces obstacles, aucune tranchée supplémentaire ne fut réalisée, la liaison électrique passe simplement plus en profondeur.

Conformément à la tradition, ce dernier a été baptisé : il fut nommé Azénor. Dans la légende bretonne, Azénor est une femme originaire du pays de Léon. Enceinte, elle fut jetée à la mer dans un tonneau. Celui-ci échoua en Irlande, pays où elle donna naissance à son fils. Les légendes sont parfois visionnaires. (source Connexions n°11 nov. 2024)

Le micro-tunnelier a creusé sur une distance d’un peu moins de 100 m et à une profondeur de plus de 10 m pour permettre le passage de la liaison électrique souterraine. Le choix du micro-tunnelier s’est appuyé sur une analyse complète intégrant toutes les solutions de franchissement possibles et tenant compte des impacts sur l’Elorn, les voies ferrées, la présence ou non de roches dures, la faune, la flore et l’environnement général.

Etat de l'interconnexion à Kerfaven en février 2026 sur la commune de La Roche
(à gauche les cables passant sous la voie ferrée et l'Elorn, à droite les cables venant de La Martyre)

Questions / réponses

La photo ci-dessus montre un des transformateurs qui convertira le courant alternatif et courant continu (ou inversement selon le besoin). Il y aura quatre transformateurs de ce type, un par phase et un en secours. Ils ont pour fonction de faire le lien entre le niveau de tension du réseau de transport existant alternatif de 400kV et la liaison en courant continu exploitée à 320kV (ou inversement).

Les transformateurs sont arrivés dans le port de Brest depuis l'Autriche, en juin 2025, après avoir suivi un transport multi-modal. Puis de là, ils poursuivi vers La Martyre par convoi exception de nuit.

Le transport de ces transformateurs a nécessité un convoi exceptionnel de 46 mètres de long, de 4,8 mètres de large et de 5,8 mètres de hauteur, qui emprunté les rue de Brest en pleine nuit. Cette opération sensible s'est déroulée dans des conditions de circulation strictement encadrées et une vitesse de quelques km/h.

Chaque transformateur affiche 230 tonnes sans les accessoires ni la charge d'huile. Une fois en place, ils pèseront chacun environ 400 tonnes.

Planning partiel

(à suivre)

Dernières nouvelles

Celtic Interconnector : la mise en service de la liaison électrique entre la Bretagne et l’Irlande repoussée à fin 2028

RTE prévoit de lancer, en mars, la pose des câbles sous-marins de cette liaison électrique entre la Bretagne et l’Irlande.

Initialement prévue à 2027, la mise en service du Celtic Interconnector est finalement repoussée à la fin 2028. Le chantier avance, Siemens Energy a lancé les premiers essais sur une partie des équipements de la station de conversion de courant électrique de La Martyre, près de Landerneau, avant sa mise sous tension à 400.000 volts, prévue en mai. Le transfert à RTE de l’imposante installation est programmé à l’automne 2026, une fois raccordée au système électrique. Ce sont des problèmes technologiques et techniques concernant les câbles sous-marins et leurs gaines, connus depuis l’été dernier, qui ont contraint RTE à revoir la date de mise en service de cette interconnexion électrique de 575 km de long, d’une puissance de 700 mégawatts.

« Nous envisageons d’en dérouler 90 km en mer, depuis la zone d’atterrage de Cléder, à partir du 10 mars. Trois autres tronçons seront réalisés, en 2027 et 2028, pour faire la jonction avec les 85 kilomètres que notre partenaire irlandais EirGrid a déjà fait installer à l’été 2025 », décrit Bertrand Hevin. Par ailleurs, selon ce responsable de la concertation RTE pour le Celtic Interconnector, la pose des derniers kilomètres de câbles souterrains, sur le continent, devrait être terminée, fin 2026, entre Cléder et Sibiril.

Treize millions de retombées économiques locales :
À La Martyre, soixante-dix techniciens et ingénieurs d’entreprises sous-traitantes s’affairent, actuellement, dans les trois bâtiments de la station. D’énormes condensateurs, convertisseurs, transformateurs permettront de glisser de 320.000 volts à 400.000 volts, de transférer du courant continu en alternatif, et vice-versa, afin de favoriser les échanges d’électricité, la plus renouvelable possible, entre l’Irlande, la France et l’Europe.

RTE a cherché à réduire l’empreinte carbone de la station de La Martyre en intégrant 50 % de béton bas-carbone et 60 % d’acier recyclé à sa construction. Dans un autre registre, le réseau de transport de l’électricité estime à 13 millions d’euros les retombées économiques locales de ce grand projet à 1,6 milliard d’euros. Quelques 6.200 heures de travail y ont aussi été réalisées en contrat d’insertion.

(Bruno Salaun/Le Télégramme du 11/2/2026)

 

A l'arrière plan, le poste électrique de La Martyre pré-existant (400 000 volts). Au premier plan, la construction du convertisseur.
Devant le grand bâtiment, les 4 places séparées par des murs en béton, non couvertes sur cette photo, doivent accueillir les 4 transformateurs.

Source des informations

 



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 André J. Croguennec - Page créée le 15/2/2026.