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Claude Dargent, le père de Yan' Dargent | ![]() |
Claude Dargent est né à St-Epvre en Lorraine le 1/12/1793. Ses parents étaient :
- Nicolas DARGENT (1768-1829), marié le 5/3/1793 à St-Epvre (Moselle), avec
- Jeanne BULTINGUER (1774-1821).
La fratrie (naissance à St-Epvre) était :
- Claude DARGENT, né le 1/12/1793
- Jean-François DARGENT, né le 16/9/1796
- Marie DARGENT, née le 21/8/1798
- Barbe DARGENT, née le 3/8/1800
- Nicolas DARGENT, né le 15/5/1803, il rejoindra son frère Claude en Finistère
- Jean DARGENT, né le 20/2/1806.
"En 1815, l'industrie du cuir subissait une crise sans précédent", Claude quitta sa Lorraine natale pour chercher "fortune" vers l'ouest. Au début des années 1820, il s'arrête à l'auberge de Ti-Robée, sur le bord du "grand chemin", et épouse la fille de l'aubergiste, Marguerite Perrine Clémentine Robée, en janvier 1824 à St-Servais.
Nicolas, son frère, n'est pas témoin au mariage, il est donc probablement encore en Lorraine, qu'il quittera un peu plus tard : il sera témoin au deuxième mariage de son frère en 1832 à St-Pol-de-Léon.
Les deux frères ont exercé la même profession. En 1832, Nicolas, témoin au mariage de son frère Claude, est qualifié de "corroyeur, frère germain de l'époux".
En 1835, lors de son mariage avec Marie-Françoise Le Mat, veuve d'Yves Manach, cousin de Pierre Robée, Nicolas est dit "tanneur".
Dans son acte de décès en 1863, dans sa 50ème année, il est qualifié de "maître corroyeur".
Claude Dargent, le père de Yan' Dargent, a exercé son métier de corroyeur à Ti-Robée pendant plusieurs années, de 1824 à 1834.
La région de Landivisiau était connue au 19è siècle pour sa spécialité dans la production de cuir. C'est probablement ce qui a attiré Claude Dargent vers Saint-Servais, avant de s'établir à Landerneau.
Portrait de Claude Dargent, au musée de St-Servais.
L'inventaire après décès de son épouse et de sa belle-mère, réalisé les 11 et 12/12/1828, par Gabriel Le Férec et son collègue, notaires à Landivisiau, nous indique les outils et les produits présents dans son atelier, mais aussi la configuration globale de la maison. Cet inventaire, associé à un texte de 1820 décrivant la construction prévue, vient confirmer la représentation que l'on voit sur une photo ancienne.
Deux maisons : la maison neuve avec deux niveaux, comportant 5 ouvertures, et un grenier ; la vieille maison avec un grenier également.
L'inventaire précise aussi qu'il y avait une grange, une écurie et une paillée. L'auberge possédait 13 couchages.
Chambre au-dessus| Dans l'atelier de Claude Dargent | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
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Voir l'inventaire complet à Ti-Robée en suivant ce lien.
Où travaillait Claude Dargent ? Dans la vieille maison. Oui, car ces deux pièces n'ont pas été identifiées dans la "communauté Robée". Cependant, il est certain que la vache et le cheval de Claude Dargent ne logeaient dans l'atelier mais plutôt dans les bâtiments ruraux derrière la maison.
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Les deux maisons : la nouvelle et la vieille
Vieille route de
Cadastre de 1828
Depuis cette date, la route vers Rufily a été modifiée et celle de Leslem-Vihan a été supprimée
Le corroyage
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Manuel théorique et pratique du tanneur, du corroyeur et de l'hongroyeur par M. Chicoineau - 1825
La première opération du corroyeur est de ramollir le cuir.
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Manuel théorique et pratique du tanneur, du corroyeur et de l'hongroyeur par M. Chicoineau - 1825
Les outils du corroyeur, cités dans l'inventaire après décès
| couteau à revers ou drayoir | Le couteau à revers ôte le superflu de la chair qui peut être resté après le travail du tanneur. Le couteau s'utilise sur un chevalet. Il a deux manches, l'un est placé en ligne directe et l'autre en forme de croix. Ce dernier donne beaucoup de facilité pour tenir l'instrument droit sur la peau et le diriger convenablement. Ce couteau a deux tranchants, pour permettre un travail dans les deux sens en tirant et en poussant. Il permet d'ôter le superflu de la chair qui peut être resté du travail du tanneur. |
| lunette | La lunette est un couteau circulaire qui est tranchant tout autour. Il a 10 ou 12 pouces de diamètre et une ouverture ronde de 4 à 5 pouces dans le milieu, pour passer les mains : la lunette est concave et présente la forme d'une sébile ou d'une calotte ; c'est le dos ou la partie convexe qu'on appuie sur la peau ; elle n'est pas d'un tranchant parfaitement affilé pour qu'il n'entre pas trop dans la peau.La peau est étendue sur le paroir l'ouvrier saisit la partie inférieure avec une pince attachée à sa ceinture. |
| forme à cambrer | Une forme à cambrer est un bloc de bois dur, parfois en métal ; présentant une surface convexe ou une gorge courbe ; utilisé sur cuir humide ; pour donner une cambrure durable à des pièces épaisses (courroies, brides, semelles, différentes parties de la chaussure, pièces de harnais). |
| lyre | La lyre est un outil de corroyeur utilisé pour dresser, assouplir et égaliser les cuirs après le tannage. Il s’agit d’un instrument métallique en forme de U, rappelant vaguement la silhouette d’une lyre musicale — d’où son nom. Forme et construction : Deux branches parallèles en métal (ou parfois en bois renforcé). Une barre transversale qui sert de poignée. Entre les deux branches, on tend une lame ou un fil tranchant, parfois légèrement dentelé. L’outil est manié à deux mains, en tirant vers soi. Usage dans le corroyage : la lyre sert principalement à : Égaliser l’épaisseur du cuir encore humide ; Enlever les aspérités ou petites irrégularités ; Assouplir la peau en la travaillant par passages successifs ; Parfois, défibrer légèrement la fleur pour certains usages (selon les régions et les époques). Elle se situe dans la même famille d’outils que le couteau demi-lune, le couteau à parer, la lissette, le couteau à refendre, mais avec une ergonomie propre au travail de traction. |
| paumelle | La paumelle de corroyeur est un outil utilisé par les corroyeurs et maroquiniers. Elle est constituée d'une pièce de bois dont la surface est cintrée et crantée, permettant à l'ouvrier de garnir la paume de sa main pour donner au cuir sa souplesse et son grain (ci-contre paumelle à larges dents). |
Le 23/01/1831, Claude Dargent est installé comme conseiller municipal. Le maire est à cette époque Claude Mevel, qui décèdera le 21 mai de cette même année.
Claude Dargent assiste à tous les conseils municipaux de l'année 1831, sauf au dernier, et on ne ne le retrouvera pas les années suivantes comme conseiller municipal. Pourtant il sera Saint-Servaisien jusqu'en 1834. Explication ?
L'explication nous en est donnée par le rappel de la loi 21 mars 1831 (Monarchie de juillet), et notamment de l'article 20, inscrit dans le compte-rendu de la délibération conseil municipal du 3/11/1831. Cet article stipule :
"Dans les communes de 500 âmes et au-dessus, les parens au degré de père, de fils, de frère, et les alliés au même degré, ne peuvent être en même temps membres du même conseil municipal."
Claude Dargent n'a donc pas pu être élu une 2è fois car son beau-père, Pierre Robée, était au conseil municipal...
et visait même la fonction de maire. Mais le préfet ne l'a pas retenu dans cette fonction.
Le 25/3/1833, Claude Dargent, "tanneur et corroyeur", et son épouse Marie Félicité Vangrevelynghe, demeurant et domiciliés à Keryven, louent des terres à Keryven en St-Servais et au Richou en Bodilis, "tel que le tout est actuellement tenu par les preneurs". Le propriétaire est Mathurin Le Bris. Ce bail commencera le 29/9/1835 à l'expiration du bail courant en date du 10/1/1826.
A Keryven, il s'agit des 3/4 d'une prairie, nommée Prat-Keryven, sur le bord droit du grand chemin allant de Landerneau à Landivisiau. Au Richou, ce sont un champ et une garenne.
Le 3/7/1833, ils louent une prairie, Foennec ar Pont, à Keryven, propriétaire Guillaume Gueguen.
A ces dates, ils ne semblent donc pas avoir l'intention de quitter St-Servais.
Après le décès de sa première femme, Marguerite Perrine Clémentine ROBEE, Claude Dargent épousa Marie Félicité WANGREVELYNGHE, née le 22 avril 1812, à Brest. Le mariage eut lieu à St-Pol-de-Léon, le 1er décembre 1832. De cette union naquirent 11 enfants :
| Naissance | Décès | Profession | Mariage | ||||
| Marie-Florimonde | 23/09/1833 | St-Pol-de-Léon | 09/09/1913 | Landerneau | (à 79 ans) | . . . . . . . . . | célibataire |
| Emile Sébastien Rupert | 27/03/1835 | Voas Glaz, Pencran | 10/02/1838 | Voas Glas, Pencran | (à 2 ans) | . . . . . . . . . | . . . . . . . . . |
| Jean Erasme Florimont | 02/06/1837 | Voas Glas, Pencran | 1914 | Espagne | (à 77 ans) | ingénieur | de HEREDIA y CRESPO |
| Emile Nicolas | 11/05/1839 | Voas Glas, Pencran | 04/12/1861 | Quimper | (à 22 ans) | soldat | . . . . . . . . . |
| Marie Philomène | 29/01/1841 | Landerneau | 26/04/1842 | Landerneau | (à 14 mois) | . . . . . . . . . | . . . . . . . . . |
| Marie Hyacinthe Victorine | 09/02/1843 | Landerneau | 28/05/1906 | Pleyber-Christ | (à 63 ans) | religieuse | célibataire |
| Anna Marie Augustine | 15/08/1845 | Landerneau | 16/04/1849 | Landerneau | (à 3 ans) | . . . . . . . . . | . . . . . . . . . |
| Pierre François, dit Francis | 25/07/1847 | Landerneau | 14/03/1907 | Landerneau | (à 59 ans) | photographe | célibataire |
| Félix Marie Antoine | 14/06/1849 | Landerneau | 02/01/1910 | Landerneau | (à 60 ans) | sculpteur | Hyacinthe Françoise CABIOCH |
| Amélie Alphonsine | 13/10/1851 | Landerneau | 21/10/1854 | Landerneau | (à 3 ans) | . . . . . . . . . | . . . . . . . . . |
| Amélie Dalila Marie | 25/08/1857 | Landerneau | 24/09/1858 | Landerneau | (à 12 mois) | . . . . . . . . . | . . . . . . . . . |
A la naissance de Marie-Florimonde en 1833, Claude Dargent exerçait encore son métier à St-Servais car il est écrit sur l'acte de naissance : "le père absent, profession de corroyeur, domicilié à St-Servais". Nous le retrouverons ensuite à Landerneau à différentes adresses : au Voas Glas, Rue Laffayette, Rue de Ploudiry.
Il est décédé le 16 avril 1866, Rue des Boucheries 27, à Landerneau, à l'âge de 72 ans.
Le corroyeur intervient sur du cuir déjà élaboré, dans le but de l'affiner et de lui donner une forme.
Le tannage est l’étape l'étape précédente où les peaux ont été traitées pour devenir du cuir. Ce processus chimique stabilise les fibres de collagène, les rendant résistantes et durables. Le corroyage suit, perfectionnant la texture et le grain du cuir, prêt pour des applications variées.
Les opérations de tanneries ont pour objet de transformer la peau des mammifères. Seul le derme est transformé en cuir : on doit éliminer d'une part l'épiderme et les poils (par l'ébourrage), d'autre part le tissu sous-cutané (par l'écharnage) après avoir préparé les peaux pour ces opérations. Les procédés anciens étaient le tannage à la chaux, le tannage à l'orge et le tannage à la jusée.
Le tannage à la chaux était le procédé le plus utilisé.
La transformation d'une peau en cuir durait plus de deux ans. Le procédé impliquait de respecter méthodiquement 9 étapes successives :

1 - La transformation des peaux en "cuirs verts" ou "peaux de sel" :
Les peaux fraîches étaient très putrescibles. Il était donc nécessaire de leur faire subir une préparation spéciale destinée à assurer leur conservation. Le traitement consistait en une déshydratation plus ou moins grande des peaux.
Le salage d'une peau consistait dans un premier temps à l'étaler sur le sol, côté chair au-dessus. On la saupoudrait ensuite de sel. On disposait ensuite une seconde peau "chair contre chair". L'opération était renouvelée pour plusieurs dizaines de "couples" de peaux qui formaient des piles soigneusement disposées. L'eau contenue à l'intérieur des peaux était ainsi attirée vers l'extérieur tandis que le sel pénétrait simultanément à l'intérieur des pores. Au bout de deux jours, les peaux salées avaient perdu 20 % d'eau. Ainsi traitées, les peaux pouvaient se conserver plusieurs mois. Elles portaient alors le nom de "cuirs verts".
2 - Le reverdissage :
Arrivées en tannerie, les peaux étaient mises dans un bassin de reverdissage pour une durée de un à deux jours afin de les dégorger du sel qu'elles contenaient ainsi que de leurs impuretés et résidus divers. Cette durée pouvait être portée à cinq ou six jours. Dans ce cas, l'eau était renouvelée quotidiennement.
3 - Le passage au pelain vieux :
Les peaux nettoyées puis égouttées étaient mises dans un pelain, c'est-à-dire dans une grande cuve de bois ou de pierre et remplie jusqu'à environ la moitié d'un mélange d'eau et de chaux morte. Cette chaux morte donnait à ces bacs le nom de "pelains vieux" ou "morts pelains". Les peaux y restaient environ 10 à 12 jours et étaient retirées tous les 2 jours.
4 - L'ébourrage :
C'est à ce stade que se situe le "travail de rivière". Si le poil quitte facilement les peaux en sortant du mort pelain, on les jette à l'eau pour les nettoyer de la chaux dont elles peuvent être couvertes ; on les retire ensuite et on les pose sur un chevalet pour les ébourrer. L'ouvrier-tanneur utilise un "couteau de rivière" qui est un couteau long à deux manches qui n'a point de tranchant qui râcle le côté pileux des peaux pour en ôter les soies. Lorsque l'épilation est complète, les peaux sont soigneusement lavées et mises à égoutter.
5 - Le passage au pelain vif :
Il faut ensuite remettre les peaux dans un pelain qui tienne le milieu entre le mort et le vif ; elles doivent rester environ 6 semaines, en observant de les en retirer au plus tard tous les 2 jours, et de les laisser en retraite au moins le même temps ; ce terme expiré, on doit les plonger dans un pelain vif et les y laisser environ 5 à 6 jours et autant de retraite, et cela pendant un an et même 18 mois. Le temps que les peaux sont en retraite doit être pour la plus grande partie employé à remuer le pelain, afin que la chaux ne s'amasse point au fond, qu'elle soit bien délayée.
Antoine Boucher, tanneur à Pont-Croix en Landivisiau, se livrant à l'écharnage d'une peau en 1943.
Dessin de Jacques Burel.
6 - L'écharnage :
Les peaux ayant séjourner suffisamment dans les pelains, il faut les porter à la rivière et les y laver ; on les pose ensuite sur un chevalet pour les écharner, ce qui se fait avec un couteau à peu près semblable à celui dont on se sert pour ébourer à l'exception que ce dernier doit être tranchant. Cet ustensile porte le nom de "faulx". Cette opération consiste à enlever le tissu sous-cutané du derme. Un autre rinçage suit parfois afin d'enlever définitivement toute la chaux car ses effets sont antinomiques avec ceux des substances tannantes.
7 - Le passage dans les basseries :
Les peaux sont ensuite suspendues sur des cadres de bois puis plongées dans des fosses appelées basseries. Les peaux passent progressivement dans des basseries contenant des solutions de plus en plus concentrées en matières tannantes comme le tan qui est l'écorce de chêne, concassée et réduite en grosse poudre dans les moulins destinés à cet usage.
8 - La mise en fosse :
Une fois imprégnées les peaux sont mises à plat dans une fosse où elles sont empilées et alternées, à chaque peau, une couche d'écorce de chêne moulu. Ces fosses sont souvent rectangulaires, mais parfois rondes. Cette phase s'appelle la nourriture des cuirs. Ils peuvent séjourner dans ces fosses de 1,5 an à 2 ans. Le tan est renouvelé 3 ou 4 fois.
9 - Le séchage :
Après avoir été retiré des fosses, à l'aide de longues pinces, les cuirs sont mis à sécher pendant 15 jours et sont battus. Le séchage est une étape délicate car s'ils sont entreposés dans un local trop humide, ils risquent de moisir tandis qu'une exposition au soleil risque de les rendre cassants. Le séchage implique un local sec et constamment ventilé. Au cours de cette phase délicate les cuirs sont examinés avec soin pour déceler la moindre coupure qui pourrait altérer la qualité et faire baisser le prix de vente. Ils sont également brossés pour éliminer la poudre de tan. Les cuirs subissent ensuite un battage qui a pour but d'enlever toute aspérité de la surface du cuir. Ils sont étendus sur des grandes tables de bois ou de pierre, puis frappés avec vigueur à l'aide de maillets. Après un dernier repos d'environ un mois, les cuirs sont prêts à être commercialisés.
Le site de Mestual à Landivisiau qui est encore miraculeusement intact est le dernier ensemble homogène de ferme-tannerie. Ici une partie des séchoirs. Nous voyons les volets que les tanneurs ouvraient en fonction de la direction des vents. Les cuirs étaient fixés à des poutres à l'aide de grandes perches. Cette opération étaient appelée la "levée des bannières" (photo A. Croguennec - août 2001)
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| André J. Croguennec - Page créée le 23/3/2026, mise à jour le 21/10/2026 | |